Revendications et débrayages dans l’Education nationale : Le bras de fer perdure

Les élèves ont repris leurs cours normalement après quelques jours de vacances à l’occasion du 67e anniversaire du déclenchement de la glorieuse Guerre de libération. Une reprise perturbée par un mouvement de protestation. Le débrayage cyclique, lancé par le Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur de l’Education (Cnapeste) donne le ton.

Il a appelé ses adhérents à observer une grève cyclique de deux jours, tous les mardi et mercredi. Le syndicat affirme la réussite de ce mouvement de débrayage à son premier jour, le ministère de l’Éducation nationale, lui, annonce un taux de suivi très minime, estimé à 3,6%. Au-delà de la guerre des chiffres, le mouvement de débrayage cyclique risque de conduire le secteur de l’Education nationale dans une zone de turbulence dont il sera très difficile d’en sortir sans grands dommages. Les parents d’élèves, notamment ceux des classes d’examens, pour leur part, prônent la « sagesse » et attendent avec une angoisse certaine la suite des évènements. Le Cnapeste menace d’aller vers d’autres actions similaires, en cas de non-prise en charge de ses revendications. Des revendications, tout comme les débrayages, reviennent de manière cyclique.

«La grève était inévitable et nos revendications remontent à plus de 10 ans. Avant d’aller vers la protestation, nous avons épuisé toutes les voies de recours. La base du Cnapeste était pour le débrayage bien avant la rentrée scolaire, c’est-à-dire lorsque le secteur de l’éducation connaissait des mouvements de protestation un peu partout à travers le pays. Mais en ce qui nous concerne et après de multiples réunions nous avons décidé de différer tout mouvement de protestation à la rentrée sociale pour une simple raison : accorder le temps nécessaire aux pouvoirs publics afin qu’ils puissent répondre, à tout le moins, aux principales revendications des enseignants. Malheureusement après six mois, nous sommes toujours au point de départ. Nous n’avons eu droit qu’à des promesses, rien de concret, ce qui a suscité la colère des enseignants affiliés au Cnapeste et qui ont, à l’unanimité, voté pour le mot d’ordre de grève », ainsi a justifié Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapeste, le mot d’ordre de grève lancé par son organisation syndicale, dans un entretien accordé à notre confrère El Watan. Le Cnapeste a opté pour une grève cyclique de 2 jours par semaine, «pour dénoncer la situation catastrophique dont souffre l’école algérienne ». Les membres du syndicat ont déjà rencontré le ministre de l’Education lors d’une réunion de dialogue, mais selon le porte-parole du Cnapeste, «les réponses de la tutelle manquaient de clarté et ne répondaient pas exactement aux attentes du syndicat et des fonctionnaires de l’éducation. Le syndicat a notamment exigé des décisions concrètes sur des mécanismes de soutien au pouvoir d’achat des fonctionnaires, et ce, en revalorisant les salaires du personnel de l’Education.  Le syndicat décidera à l’issue de la réunion de son Conseil national du sort de la grève cyclique de deux jours par semaine renouvelable, le 05 et le 06 novembre prochain. Parmi les revendications phares du Cnapeste, le règlement du dossier de logement et l’application urgente du décret présidentiel 14-266 du 28 septembre 2014, avec effet rétroactif. Le dossier de la retraite anticipée sans condition d’âge et de la médecine du travail, la revalorisation de la prime d’indemnisation du Sud et des Hauts-Plateaux, calculée jusqu’à aujourd’hui sur la base d’un salaire de base datant de 1989. Et le paiement des arriérés de salaires et des primes non honorées jusqu’à aujourd’hui.

Revaloriser les salaires, une nécessité

Dans un communiqué rendu public à l’issue d’une réunion tenue les 15 et 16 octobre dernier, le CNAPESTE avait exprimé son inquiétude face au recul alarmant du pouvoir d’achat et à la gravité de la situation sociale actuelle », soulignant la nécessité de revaloriser les salaires des enseignants. Le CNAPESTE a également soulevé des revendications socioprofessionnelles liées notamment au logement, à la retraite, aux œuvres sociales, à la médecine du travail, la révision de la prime de zone et la garantie des libertés syndicales. Le ministre de l’Education nationale, Abdelhakim Belabed a entamé le 26 octobre dernier des rencontres bilatérales avec les syndicats agrées du secteur dont le CNAPESTE et procédé à l’examen des propositions émanant des partenaires sociaux, en prévision de l’élaboration d’un projet de statut garantissant la stabilité du secteur et répondant aux attentes des travailleurs ». Ces rencontres sont intervenues après l’installation de la commission technique chargée du dossier du statut des fonctionnaires du secteur de l’Education nationale conformément aux orientations du Président de la République, Abdelmadjid Tebboune appelant à une étroite coordination avec les partenaires sociaux et la prise en charge de leurs préoccupations ». La grève à laquelle a appelé le Conseil national du personnel enseignant du secteur tertiaire de l’éducation (Cnapeste) a été largement suivie dans les lycées, avec un taux qui varie entre 70 et 95%, selon ses initiateurs. C’est ce qu’a affirmé au Quotidien d’Oran le porte-parole du syndicat, Messaoud Boudiba. Ce dernier a précisé que la mobilisation a été assez forte au premier jour de la grève dans le secondaire, et ce, à travers le territoire national. Un peu moins suivie dans le moyen avec un taux qui varie entre 40 et 75%. Et relativement faible dans le primaire avec un taux oscillant entre 10 à 30%. Et de souligner que les taux les plus élevés ont été enregistrés là où le syndicat compte beaucoup d’adhérents, notamment dans le secondaire. Des pourparlers interviennent au moment où le secteur est gagné par une grève. Il part ainsi à l’écoute des divers acteurs, à différents niveaux, afin de parvenir à des solutions. Un geste qui affiche «la bonne volonté» du premier responsable du secteur de désamorcer la crise et éviter la prise d’otage des élèves. Après avoir reçu un premier groupe de syndicats de l’éducation, pour entamer l’étude de plusieurs questions déjà exposées par les syndicalistes, le staff de Belabed a reçu, mardi dernier, comme prévu, un deuxième groupe de syndicalistes de l’éducation, en l’occurrence le Satef. C’est ce qu’a affirmé, Boualem Amoura, porte-parole de ce syndicat, affilié à la CSA, dont les membres menacent de hausser le ton. Ces derniers, à l’exemple de l’Unpef, du Snapest, du Snte, de Cela, se sont regroupés à leur tour pour «évaluer les réactions et décider de quelle manière va s’élever la protesta, afin de faire aboutir leurs revendications socioprofessionnelles». Le Satef, par la voix de Boualem Amoura, affirmé qu’ «il suivra la décision qui va être prise par ce groupement de syndicats ». Une décision lourde de sens, si les syndicalistes de l’éducation, n’obtiennent pas satisfaction à leurs revendications.

Mohand Ouarab