Telephones intelligents : Google « n’abandonne pas la partie »

Google a présenté mardi 19 octobre le Pixel 6, sa nouvelle gamme de téléphones intelligents, un marché que le géant des technologies n’a jamais réussi à percer.

La star du nouvel appareil, c’est son processeur, baptisé « Tensor », le premier conçu par Google, et « la plus importante innovation mobile dans l’histoire de notre entreprise », a assuré Peter Prunuske, directeur des produits Pixel. 

« C’est le point culminant d’années d’investissement dans l’intelligence artificielle », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse.

Le groupe californien domine largement la recherche en ligne et l’économie mobile, avec son système d’exploitation Android, utilisé dans 80 % des téléphones intelligents et tablettes dans le monde. 

Il a une longueur d’avance dans les voitures autonomes, talonne Amazon et Microsoft dans l’infonuagique (informatique à distance) et son application Google Maps est devenue un synonyme de GPS.

Mais du côté des téléphones intelligents, les Pixel n’ont réalisé que de « médiocres performances » en termes de pénétration du marché, note Brad Akyuz, du NPD Group.

En cause, selon l’analyste, des imperfections techniques, mais aussi le duopole Apple-Samsung, solidement installé.

Aux États-Unis et au Canada, Google détenait en septembre moins de 2 % de parts de marché, loin derrière l’Américain Apple (53 %) et le Sud-Coréen Samsung (28 %), d’après le site Statcounter. Dans le monde entier, il ne figure même pas au classement.

Roman d’apprentissage

« Pixel excelle du côté des logiciels, mais cela n’a pas été suffisant pour se différencier de ses rivaux, comme Samsung, qui a toujours su réagir rapidement », relève Brad Akyuz.

Il rappelle notamment que les logiciels photo des téléphones intelligents de Google ont longtemps été plus sophistiqués, au point de produire des images de qualité « similaire, voire meilleure » que celles d’autres appareils ayant deux ou trois objectifs.

« Samsung a rapidement rattrapé son retard, et les caméras multiples sur les Galaxy sont de bien meilleurs arguments de vente auprès des consommateurs qui ne s’intéressent pas à ce qui se passe dans les coulisses informatiques ».

Le géant californien espère revenir dans la course avec ses Pixel 6 et Pixel 6 Pro, qui vont être commercialisés à partir de 779 et 1040 dollars canadiens.

Google mise cette fois sur son expertise dans l’apprentissage automatisé ou « machine learning », censée rendre l’expérience de l’utilisateur bien plus intuitive.

Elle « vous offre des possibilités que seul un téléphone Google permet, comme la fonctionnalité Traduction instantanée qui permet de traduire les messages et les vidéos (également disponibles hors-ligne) », assure le descriptif du nouvel appareil.

Les Pixel 6 sont aussi présentés comme plus résistants et plus sécurisés grâce à une nouvelle puce qui protège « efficacement contre les cyberpirates ».

« Une nouvelle chance »

Google tente de percer depuis bien avant le lancement de son premier Pixel, en 2016.

La firme avait acquis le fabricant de téléphones Motorola en 2012 pour 12,5 milliards de dollars, mais s’était résolu à le revendre deux ans plus tard au Chinois Lenovo, pour moins de trois milliards de dollars.

« Nous nous sommes bien étendus depuis la première génération (de Pixel) », a souligné Peter Prunuske. 

« Nous sommes maintenant présents sur plus de dix marchés […] et nous avons connu une croissance significative lors des cinq dernières années ».

Le groupe technologique bénéficiera peut-être de la désertion du marché par LG. Actuellement numéro 4 aux États-Unis, le Sud-Coréen a annoncé en avril qu’il ne fabriquerait plus de téléphones intelligents.

« Avec LG sur le départ, le marché se cherche un numéro 3 solide (pas forcément en termes de volume), et Google va avoir une nouvelle chance de se placer sur le terrain des téléphones haut de gamme », estime Brad Akyuz. Gare au succès, avertit cependant l’expert : « Les problèmes d’approvisionnement actuels, qui affectent même les leaders du secteur, pourraient représenter un défi conséquent pour Google si jamais la demande était élevée».