Science : Pourquoi ne peut-on pas se chatouiller?

Tout le monde a sûrement déjà essayé, mais se faire des chatouilles soi-même n’a rien d’aussi intense. Pas de rires. Pas de torsions dans tous les sens. Pas d’envie que cette sensation s’arrête net, vu qu’elle n’a tout bonnement pas commencé. Bref, c’est un fait: on n’est pas sensible à ses propres chatouilles. Comment peut-on expliquer ce phénomène? 

Le comportement le plus classique face aux «guilis» se traduit par une crise de fou rire incontrôlable, accompagnée de tortillements frénétiques qui ont vraisemblablement pour but de se libérer de son bourreau chatouilleur. Ce type de réaction a même un nom: la gargalesis. En comparaison, un autre type de chatouille existe, appelé cette fois-ci knimesis, et serait en revanche bien moins carabiné. Elle correspondrait plutôt à un léger effleurement, comme quand une plume caresse le bras. 

Que se cache-t-il derrière ce que l’on appelle donc la gargalesis? Selon des spécialistes, les chatouilles stimulent à la fois la partie du cerveau qui gère l’humeur et l’émotivité, ce qui explique les rires qui les accompagnent, mais aussi la zone responsable de la peur. Ainsi, les chatouilles seraient à la limite entre le plaisir et la panique et ce, pour une bonne raison.

Pour les scientifiques, la réaction excessive lors de chatouilles a en fait un but simple: montrer sa soumission face à un adversaire plus fort. Les disputes à base de chatouilles seraient une sorte de forme ancestrale de conflits, ajoutent-ils, et, en éclatant de rire, on montre à son opposant qu’il a gagné et que sa force est supérieure, ce qui peut éviter d’autres ennuis si le combat continue. Ce serait donc un mécanisme de défense primitif, trace d’un vieux réflexe de survie hérité des aïeux.

Ce n’est pas pour rien que les zones les plus chatouilleuses sont aussi exposées. Le cou, les côtes ou encore les pieds: ces parties du corps peuvent facilement être touchées lors d’un affrontement, et peuvent donc, lors d’un contact, faire rire et paniquer, pour sa sécurité. En quelque sorte, le message est: on a perdu, l’adversaire est plus fort, il faut  lâcher l’affaire.

Mais pourquoi n’est-on pas sensible à ses propres chatouilles? Encore une fois, le cerveau est à l’œuvre. Plus précisément, c’est le cervelet, la partie postérieure et inférieure de l’encéphale, qui s’active lorsqu’on s’apprête à s’auto-chatouiller. Responsable principalement du contrôle moteur au sens large, cette zone envoie l’information au cortex cérébral, qui, prévenu qu’un guili-guili va avoir lieu, peut ignorer la sensation. En d’autres termes, le cerveau anticipe la stimulation, et préfère ne pas y faire attention.

Là encore, la nature est bien faite. En effet, imaginons que tous les frottements volontaires d’une partie du corps sensible aux chatouilles provoquent directement tortillements et rires fracassants. Marcher deviendrait un réel enfer! La plante des pieds, constamment stimulée, enverrait des signaux au cerveau semblables aux pires chatouilles. 

En ignorant l’autostimulation, le cerveau peut se concentrer pleinement à analyser toutes les autres sensations entraînées par des éléments extérieurs, comme une piqûre d’insecte, par exemple. L’effet de surprise est lié à la réaction gargalesis et, a contrario, une stimulation prévisible et anticipée n’a ainsi pas autant d’effets. On en revient finalement à la source de la chatouille: c’est un véritable mécanisme de défense face au danger. Se faire soi-même des guili-guilis n’est donc clairement pas détecté comme une menace.