Le prix de la pomme de terre caracole à 100 DA le kg : La spéculation impose… sa loi

Depuis quelques semaines, tous les produits agricoles frais ont vu leur prix augmenter. Une hausse soudaine qui a surpris les économistes et les ménages. La pomme de terre, qui est à la base de la nourriture chez l’Algérien et sur laquelle se rabattent les consommateurs en temps de disette n’a pas été épargnée.  De 65 dinars, elle est passée à 100 dinars le kilogramme du jour au lendemain, sans crier gare.

La hausse du prix de ce produit de large consommation mais aussi de tous les autres produits agricoles a, une nouvelle fois, mis à rude épreuve le pouvoir d’achat des Algériens, suffisamment affaiblis depuis l’avènement de la crise sanitaire de Covid-19. Les mesures prises par le département du Commerce pour stabiliser les prix des produits de large consommation n’ont eu aucun effet sur la mercuriale qui obéit, pour certaines périodes, à la sacro-sainte règle de l’offre et de la demande et souvent à la ….spéculation.

«La spéculation est l’ennemi principal de notre économie. J’ai donné des instructions au Premier ministre pour l’élaboration d’un texte de loi qui criminalise les spéculateurs avec des peines qui peuvent aller de 30 ans de prison jusqu’à la perpétuité. Je ne vais pas les lâcher !», a mis en garde le chef de l’Etat, rappelant la spéculation sur la semoule. «Nous avons découvert  près de 150 minoteries qui détournaient le blé», a dit le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dimanche 10 octobre lors de sa rencontre périodique avec les Médias.

Les services de la Direction du commerce ont saisi, ces derniers temps, d’importantes quantités de pommes de terre à travers plusieurs wilayas. Plus de 8 160 tonnes de pommes de terre destinées à la consommation ont été découvertes dans des entrepôts frigorifiques à Khemis-el-Khechna dans la wilaya de Boumerdès et pas moins de 1 200 tonnes de pommes de terre saisonnières stockées dans les chambres froides d’une entreprise publique à Aïn M’lila dans la wilaya d’Oum-el-Bouaghi. Des entrepôts qui ont été scellés le temps de l’enquête sur une probable rétention de ce tubercule dans le but de spéculer.

Au début du mois de septembre, le ministère du Commerce avait pris la décision d’autoriser les agriculteurs de vendre leurs produits directement aux consommateurs sans passer par les marchés de gros. Une initiative qui, pourtant, n’a pas eu l’effet escompté sur la mercuriale. Pis encore, les prix des produits agricoles frais ont continué à grimper, au grand dam des ménages. Dans le but de faire face à cette situation qui n’a que trop duré, une commission interministérielle a été installée récemment, entre le ministère de l’Agriculture et celui du Commerce. Cette commission vise justement à lutter contre le phénomène de la spéculation qui enflamme depuis quelques mois la mercuriale, et ce, à travers notamment «la maîtrise des prix des produits de base sur le marché». D’autre part, le ministère de l’Agriculture a lancé récemment l’opération de déstockage de la pomme de terre. Une démarche qui coïncide avec la période de soudure, allant de la mi-octobre à la mi-novembre, qui voit une baisse de la récolte de la pomme de terre fraîche. Cet approvisionnement intervient pour réguler le marché et stabiliser les prix à un seuil abordable pour les consommateurs. «L’Office national interprofessionnel des légumes et viandes (Onilev) a procédé jeudi dernier au déstockage de la pomme de terre stockée dans le cadre du système de régulation des produits agricoles de large consommation, et ce, dans le cadre de la régulation du marché pendant la période de soudure», souligne le communiqué du ministère de l’Agriculture, sans pour autant annoncer le prix de vente en détail du tubercule. La toute première opération de déstockage, précise-t-on, a été effectuée jeudi dernier, dans la wilaya de Mila. Un déstockage qui se poursuivra durant les prochains jours pour toucher d’autres wilayas du pays et alimenter les marchés de gros.

Pour rappel, le système de régulation des produits agricoles de large consommation intervient non seulement pour stabiliser l’approvisionnement du marché en ces produits mais aussi pour préserver les revenus des producteurs. Le cartel de la pomme de terre provoque-t-il la pénurie ?  Les grossistes  ont commencé graduellement à une augmentation des prix, et ce quelle que soit l’abondance du produit. Peu après c’est l’étape suivante qui voit un « juste prix imposé par la « loi de la spéculation »  pour atteindre des surprofits au détriment du portefeuille des citoyens et la perte certaine de la crédibilité de l’État ». 

Le tubercule, aliment de base de la modeste famille algérienne qui en consomme 100 kg/an, dépasse ainsi ces derniers jours la barre des 100 DA qui la rend inaccessible pour les petites bourses et même l’Algérien  de la classe moyenne. Les « gros »marchands, eux,  imputent cette hausse à des «facteurs exogènes et multiples». La sécheresse mais surtout la multiplication des intermédiaires et des spéculateurs, sont les  «premiers et seuls responsables» de cette envolée » se défendent-ils.

D’autres évoquent «la baisse des récoltes», la «cherté des engrais». Certains, plus au fait des transactions commerciales à l’export pointent du doigt le fait que « les agriculteurs préfèrent exporter leurs produits directement vers les pays voisins car cela leur permet de gagner plus». Toujours est-il que l’anarchie qui règne au sein du marché et de la mercuriale est source de spéculation.   Autorisés à vendre leurs produits, dans le cadre de l’opération « du producteur aux consommateurs »  les agriculteurs qui ramènent  la marchandise directement de leurs champs, tout proche des voies de communication, s’alignent sur les prix pratiqués par des commerçants. Ils pratiquent ainsi les mêmes prix en ne payant ni impôts, ni charges sociales  et autres frais liés à la pratique commerciale. Une autorisation qui profite aussi bien aux spéculateurs qu’aux petits revendeurs qui sont éloignés – et même n’en ont cure – des soucis des consommateurs.

Mohand Ouarab