Réduction IRG, pouvoir d’achat et …. Spéculation : Des mesures en attendant la régulation du marché

La « fièvre » qui frappe de plein fouet la mercuriale et les produits de large consommation ne semble pas vouloir baisser. La spéculation touche tous les produits vitaux et pas seulement les produits agroalimentaires. L’inflation  a fait baisser d’au moins de 50% le pouvoir d’achat des ménages et des mesures sont annoncées pour tenter de le «requinquer».

A l’issue de la réunion de conseil les ministres du dimanche 3 octobre 2021, le président Abdelmadjid Tebboune a souligné le nécessité de prendre toutes les dispositions pour préserver le pouvoir d’achat les Algériens et a ordonné « immédiatement » la réduction de l’impôt sur le revenu global (IRG). Il a également ordonné l’augmentation de point indiciaire dans la fonction publique. Sur le plan de le lutte contre le spéculation, le président Tebboune a insisté sur le coordination entre les ministères de commerce et de l’agriculture en vue d’assurer un contrôle maximal sur les produits agricoles, les légumineuses et les pâtes alimentaires et a chargé le ministre de le justice d’élaborer le projet de loi relatif à le lutte contre le spéculation avec les peines allant jusqu’à 30 ans. « Il s’agit d’un crime à part entière », a-t-il lancé lors de la réunion.

Les syndicats et les associations de protection du consommateur ont applaudi ces décisions qui viennent à point nommé pour l’exercice de l’année prochaine. Cependant, ils mettent le doigt sur le dérèglement du marché.  Commentant ces décisions, d’une même voix, ils jugent que sans  des mesures de régulation du marché et de lutte contre la spéculation, les décisions annoncées n’auront pas d’impact réel sur le pouvoir d’achat des Algériens. Selon des déclarations rapportées par les medias, le coordinateur national du Syndicat national autonome des professeurs d’enseignement secondaire et technique (Snapest),Meziane Meriane, dans un rappel, affirme que «la baisse de l’IRG a de tout temps fait partie de nos demandes pour augmenter le pouvoir d’achat. Nous avons déjà eu à démontrer que les salariés payaient plus d’impôts que les grands riches puisque les salariés paient à la source alors que les autres paient au forfait. Il y avait urgence à rectifier cette injustice. C’est une aberration qu’un fonctionnaire paie 23 millions d’impôts par un an et un gérant d’une grande surface ne paie que 10 millions. Il faut rappeler que depuis 2012, les salaires n’ont pas augmenté, avec l’inflation on a perdu plus de 50% de pouvoir d’achat et donc il faut trouver des mécanismes pour venir en aide aux salariés dont les salaires ne couvrent plus que les dépenses de quinze jours. Il faudra trouver un moyen de stabiliser le marché puisque la plus grande crainte, c’est que les augmentations soient absorbées par l’inflation».

Du côté du Snapap, son porte-parole assure que «nous sommes pour ces décisions mais le taux de la baisse de l’IRG et de l’augmentation du point indiciaire n’est pas encore connu, c’est pour cette raison qu’en tant que syndicat nous appelons à être associés dans une rencontre bilatérale. Il faut que les syndicats soient associés à la prise de décision », ajoutant que «les augmentations des salaires ne peuvent pas être suffisantes dans un contexte d’inflation et de spéculation».

30 années de réclusion pour les spéculateurs !

Mustapha Zebdi, président de l’Association de protection du consommateur (Apoce), pour sa part, explique que «ces deux annonces sont été bien accueillies par l’Apoce. Notre organisation revendique depuis des mois une vraie lutte contre la spéculation. On a pu remarquer pendant la pandémie que la spéculation avait touché des produits vitaux et non pas seulement les produits agroalimentaires à l’image des concentrateurs ou de l’oxygène médical. Il est inadmissible de sanctionner un opérateur qui spécule sur des produits de luxe comme celui qui spécule sur des produits vitaux ».  « Que la sanction atteigne les 30 années de réclusion, c’est une décision que nous apprécions», a-t-il ajouté.

Pour les directives données en Conseil des ministres, Mustapha Zebdi explique que «le manque de coordination entre les ministères de l’Agriculture et du Commerce fait partie des failles que nous avons déjà pu constater vu qu’il y a plusieurs organismes de régulation qui sont sous la tutelle de l’agriculture, ce qui impose une meilleure coordination. Pour le pouvoir d’achat, certes la baisse de l’IRG et la hausse du point indiciaire vont augmenter les revenus des salariés mais le contrôle du marché et sa régulation doivent être obligatoires pour ne pas que l’augmentation soit vite absorbée par l’inflation. Ce sont des mesures qui vont freiner la spéculation et apporter des revenus supplémentaires aux salariés mais les mesures de régulation doivent aller de pair. L’augmentation ne sera ressentie que s’il y a un arrêt de l’hémorragie causée par la spéculation».

Selon le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane, les mesures prises lors du dernier Conseil des ministres, comme le relèvement du point indiciaire dans la Fonction publique et la baisse de l’Impôt sur le revenu global (IRG), permettront une augmentation des salaires et une amélioration du pouvoir d’achat des citoyens. «Il est prévu une révision structurelle de l’IRG et une augmentation du point indiciaire. Ce qui permettra une augmentation très significative des salaires», a indiqué le Premier ministre, à Oran, en marge de sa visite d’inspection de certaines infrastructures en cours de réalisation dans le cadre des préparatifs des Jeux méditerranéens 2022. Ces décisions s’inscrivent, a-t-il souligné, dans le cadre de l’accompagnement de l’État aux personnes à revenus moyens et faibles dans le but d’améliorer leur pouvoir d’achat.

Le chef de l’exécutif a évoqué, également, la criminalisation de l’acte de spéculation et de monopole. Aïmene Benabderrahmane, repris par l’APS, a affirmé que la flambée des prix dans les marchés, qui a affecté le simple citoyen, est le résultat de «pratiques criminelles». Il a souligné que «les pouvoirs publics criminaliseront toutes les formes de monopoles et les atteintes au pouvoir d’achat des citoyens». Il a annoncé qu’une loi sera promulguée dans les deux prochaines semaines. Le Premier ministre a fait état de l’arrestation de plusieurs opérateurs qui ont stocké d’énormes quantités de pommes de terre et d’autres produits pour les destiner à la spéculation.

Pour rappel, l’IRG salaire, perçu à la source, occupe une place importante dans la fiscalité ordinaire. Selon les statistiques de la Direction générale du Trésor, les recettes tirées de l’IRG sur salaires étaient estimées à 774,512 milliards de dinars en 2019, soit environ 12% des recettes budgétaires, 28% des recettes fiscales ordinaires et 62% de contributions impôts directs.

Mohand Ouarab