Ils ont été plus de 2 millions de candidats aux examens de fin d’année (5e, BEM et BAC) : La dernière ligne droite !

L’organisation des examens pour plus de deux millions de candidats n’est pas une mince affaire. Cela nécessite même une organisation pointue.

Même si les deux dernières années scolaires ont été caractérisées par de grandes difficultés, le ministère de l’Education nationale a réussi à assurer les cours aux élèves et surtout à organiser les examens de fins de cycles. Parvenir à faire passer trois imposants examens à 853.391 élèves du primaire,  625.223 collégiens et  731.723 lycéens, nécessite une longue préparation et une logistique importante.  «Il faut savoir que les examens de fin d’année se préparent dès la rentrée scolaire. L’Office nationale des examens et concours est une institution du département de l’Education. Je peux même dire que c’est son bras armé. Cet organisme est doté de tous les moyens pour justement organiser les examens de fin d’année, entre autre», dit un inspecteur de l’Education à la retraite.

Il ajoute : « Des milliers d’établissements scolaires sont concernés par ces examens. Il faut équiper les centres d’examens et les centres de correction, sans oublier que des centaines de milliers d’enseignants sont mobilisés pour ces opérations. Il faut aussi remettre les sujets d’examens dans tous les centres et ensuite transporter les copies vers les centres de correction. Pour un non-initié c’est une juste une affaire d’organisation, en réalité, cela nécessite une véritable logistique de guerre pour réaliser les examens de fin d’année». 

À l’approche des échéances, les responsables du département de l’Education nationale mettent les bouchées doubles. Les examens se déroulent en un mois en général. « Ce n’est pas par hasard que sont choisies les dates des examens. Il faut prendre en considérations l’âge des candidats, le climat et les conditions de scolarité. En premier lieu, il est question de mettre les candidats dans les meilleures conditions », dit Rachid Salah, un professeur de psychopédagogie. Il ajoute : « Durant les deux dernières années, les élèves ont évolué dans un climat pédagogique difficile. Ils n’ont pas terminé le programme à cause de l’épidémie de la Covid 19. Les concepteurs des sujets d’examens ont pris en considération tous ces paramètres ».

Les épreuves du Baccalauréat se déroulent chaque année à la fin du mois de juin. « Les responsables du département de l’Education préfèrent laisser ces épreuves pour la fin. Cet examen nécessite de grands moyens, car il faut aussi  laisser le temps aux responsables du ministère de l’Enseignement supérieur pour entamer les inscriptions des lauréats après les vacances des étudiants», explique un cadre au ministère de l’Enseignement supérieur.

Les épreuves du baccalauréat ont commencé le 20 juin 2021. Depuis six ans, la  fermeture du réseau Internet est devenue une nécessité. « Nous devons prendre des mesures pour éviter toute fuite, comme cela a eu lieu en 2016. Lors de la première heure qui suit le début des épreuves, Internet est coupé», explique un inspecteur de mathématiques dans le secondaire.

L’examen du Brevet d’Enseignement Moyen (BEM) s’est déroulé du 15 au 17 juin 2021. Les épreuves se sont déroulées dans de bonnes conditions. Les candidats ont même trouvé que les questions étaient à la portée de n’importe quel élève moyen. «Les questions ont porté sur les leçons du premier et du deuxième trimestres. Nous n’avons pas en effet terminé tout le programme », dit un candidat au BEM.  

Liesse dans les écoles primaires

Samedi, 19 juin 2021. Il est 15h45. Une grande foule d’élèves et de parents, sont agglutinés depuis plus d’une heure, devant l’Ecole Mesbahi Hamidou à Méridja, dans la commune de Saoula. Tous les regards sont braqués vers le portail de l’établissement scolaire. Les jeunes élèves n’arrivent pas à retenir leur émotion. C’est le cas de ce blondinet. Il est blotti contre sa maman qui a des difficultés pour le rassurer. « N’aie pas peur mon chéri. Je sais que tu vas réussir. Calme-toi », lui dit sa maman. Il ne peut s’arrêter de pleurer : « J’ai peur de ne pas passer au collège ». Sa maman le serre plus fort. L’attente parait interminable pour tout le monde. Le portail reste fermé. Des parents font les cents pas pour tuer le temps. « Ce n’est pas si grave. Ce n’est que le premier examen de mon fils, mais je m’inquiète. Il a travaillé certes, mais a-t-il tout porté sur sa feuille d’examen», dit le père d’un élève qui, dit-il est excellent en classe. L’enfant est pris de panique à son tour et se met à pleurer.

Tout à coup, la foule se dirige vers le portail. Bien avant qu’il soit ouvert, les parents ont compris que le gardien se prépare à afficher les résultats. « Vous n’entendez pas. Le gardien est entrain d’ouvrir la porte. Il va afficher les listes des lauréats », dit une maman. Effectivement, au bout de quelques instants, le gardien apparait avec un dossier à la main. Sans  rien dire, il monte sur une chaise et se met à placarder les 6 listes qui comportent les lauréats dans cet établissement. Même si la tâche parait aisée, il trouve des difficultés pour la réaliser dans de bonnes conditions Des élèves le dérangent. Ils veulent être parmi les premiers à voir les résultats. Chaque liste est imprimée sur du papier autocollant. Il suffit au gardien d’enlever la bande protectrice avant de la coller.

Des yeux s’écarquillent. Des visages s’illuminent. Des élèves poussent des cris de joie. Des mamans lancent des youyous stridents. « Bravo mon fils. Tu es admis avec la mention bien. Je suis contente de toi. Tu vois, tu as paniqué pour rien », dit la femme dont l’enfant pleurait. Nacer Yazid fait partie des lauréats. Il respire beaucoup mieux depuis qu’il a vu son nom sur la liste. « Je suis content. Je vais aller au collège », s’écrie-t-il. Son visage s’est brusquement illuminé. Il affiche un large sourire. Il n’est pas si timide qu’il veut le paraitre.

Dans toutes les communes du pays, les lauréats ont fêté l’événement comme il se doit. Les commerçants ont écoulé tous leurs stocks de limonade. « Je ne comprends rien. Je n’ai plus aucune bouteille de limonade », dit un épicier de Saoula. Les parents des lauréats se sont montrés généreux. Les enfants réclament les cadeaux tant attendus.  « N’oublis pas ta promesse. Tu vas m’acheter un téléphone portable. Je vais allez dans l’école des grands », dit un enfant à son père. Les lauréats préparent aussi des surprises à leurs instituteurs qu’ils vont quitter. « Notre professeure nous a accompagnés depuis la première année du primaire. Je ne l’oublierai jamais», dit une lauréate avec une pointe de tristesse.

Une nouvelle mode est entrain de s’installer dans les établissements scolaires. Des fêtes sont organisées à chaque fin d’année scolaire. Les lauréats aux examens sont récompensés lors de ces cérémonies. La mode est arrivée aujourd’hui dans  les écoles primaires. Les mamans des candidats sont sollicitées pour préparer ces fêtes. Elles doivent acheter à cette occasion de nouveaux habits. Pour les garçons il faut un pantalon noir et une chemise blanchece. Pour les filles, il faut des tenues mariant le blanc et le noir. Les mamans trouvent des difficultés pour confectionner le chapeau de fin d’études. Il s’agit d’un chapeau appelé mortier. « On ne le trouve pas dans le commerce. Je ne veux pas que mon fils ne soit pas heureux le jour de l’annonce des résultats. J’ai acheté ce qu’il faut dans une mercerie. Mon fils aura son mortier et je tacherai à ce que son chapeau soit beau », dit la maman d’un jeune homme de 10 ans.

Orientation et inscription à l’université

La grande majorité des élèves de quatrième année moyenne, se retrouveront l’année prochaine en première année secondaire. Ils connaitront alors une autre progression dans leur scolarité. Dès la fin des corrections, des commissions d’orientations se réuniront pour étudier les dossiers des lauréats. Ces derniers seront envoyés selon les vœux exprimés sur les fiches et aussi sur les notes obtenues au brevet et durant l’année scolaire. La véritable orientation aura lieu après la fin de la première année secondaire. Ce sont les filières scientifiques et de gestion qui sont le plus prisées.

Les futurs lauréats du baccalauréat seront pour leur part invités à faire leur préinscription via le portail Internet du Ministère de l’enseignement supérieur. Chaque candidat cochera 4 choix selon la moyenne obtenue au bac. Il faut ensuite faire l’inscription définitive. Pour cela, le déplacement à l’université est nécessaire.

Chaque année, le nombre des candidats augmente. Pour faire face, le département de l’Education ouvre de nouveaux centres d’examen. Il faut aussi multiplier les places pédagogiques dans les établissements scolaires et dans les universités.

Djafar Amrane.