Mercuriale : les prix ne fléchissent pas : Une «deuxième vague» de hausses?

Toujours de la stupeur face aux prix affichés par la mercuriale après une semaine du début du mois de Ramadhan.  Le retour à la « normale » des prix des fruits et légumes et ceux des viandes, habituellement observé à partir de quelques jours du début du mois de jeûne, n’a été au rendez-vous à l’entame de la deuxième semaine de ce mois sacré. Les prix sont toujours élevés, voire maintenus à la hausse, même si une baisse toute relative est observée dans certains marchés informels.

Les dispositifs mis en place et annoncés en grande pompe pour réguler le marché n’ont pas fonctionné. Manque d’anticipation des responsables du Commerce et de l’Agriculture ou absence d’initiatives «sérieuses» qui ont misé sur les expériences du passé pour s’inscrire dans une logique qui ne s’est pas vérifiée ? Les prix des produits alimentaires, notamment les fruits et légumes, ont connu plutôt un penchant inverse, « renversant » tout le monde,  les ménages,  mettant à l’épreuve leur pouvoir d’achat déjà fragile et les pouvoirs publics qui n’ont cessé d’appeler les commerçants à plus de sagesse et sens de responsabilité.

Des appels qui n’ont trouvé d’échos  chez aucun  des intermédiaires de la sphère commerciale qui mettent en avant la «sacro-sainte» loi de l’offre  et la demande. «Les prix sont libres !», dit-on.  Et tout le monde est d’accord sur ce point et aucun texte juridique ne le banni des transactions commerciales qui souvent imposent un prix «hors normes» à un produit très demandé ou mis sur le marché en quantité insuffisante. Mais tel n’est pas le cas en ce début de Ramadhan : les  fruits et légumes, de même que les viandes rouges et blanches sont disponibles à profusion et les étals des marchands de ces commerces sont bien achalandés. Malgré cette abondance qui devrait tirer les prix vers le bas, on assiste au scénario inverse dans lequel les prix «résistent» et sont, «plus souvent qu’à leur tour», dirions-nous, sur une tendance  haussière. Certaines voix  autorisées considèrent même que  c’est «une seconde vague de hausses des prix».

Pour Mustapha Zebdi, président de l’Association de défense du consommateur (APOCE), dans une déclaration à TSA, «une seconde vague de hausses des prix, c’est une… première», avant de rappeler que, «habituellement, on a tendance à voir les prix régresser avant un retour à la normale, avec des hausses sur d’autres produits dès la seconde moitié du Ramadhan, comme l’habillement et les produits entrant dans la préparation des gâteaux». Un phénomène qui n’obéit à aucune règle commerciale et qui  pose des questionnements pour identifier les raisons qui ont nourri le terreau favorable à la surchauffe de la mercuriale. Ainsi, la pomme de terre, elle, fait, plus que de la résistance. Du prix de 75 à 80 DA, dinars, affiché pendant plusieurs semaines, elle a atteint au bout de la première semaine de Ramadhan, 100 dinars le kilo. Pourtant, la consommation de ce produit baisse durant le mois de jeûne puisque les fast-foods, pizzerias et autres activités de restauration rapide sont fermés.

L’opération de déstockage du tubercule, entamée en retard sur les prévisions, par l’Office national interprofessionnel des légumes et des viandes (Onilev), pour réguler le marché national et stabiliser les prix n’a visiblement pas encore donné les résultats escomptés. Le marché a réagi plus vite que  les ministères Commerce et de l’Agriculture qui ont mis du temps pour déstocker le tubercule, qui devait se faire bien avant le début du mois de carême, pour gêner  entournures les circuits de la spéculation. Cette opération vient d’être lancée par la Chambre nationale de l’agriculture (CNA)  qui a annoncé mardi 20 avril l’ouverture d’un point de vente de la pomme de terre à 40 DA/Kg au niveau de la Société algérienne des foires et exportations (Safex) à Alger, dans le cadre des efforts visant à assurer la disponibilité des produits agricoles de large consommation durant le Ramadhan.

Plusieurs localités ont également ouvert de point de vente de la pomme de terre déstockée au même prix, tandis que « la fraîche » n’a pas bougé de son piédestal. L’indispensable tomate, belle et fraîche, se maintient, sans peine, dirions-nous, à 150 dinars, tandis  que celle de qualité moindre  est à 130 DA, parfois même 120 DA. Elle n’est pas sous tension, mais la mainmise des spéculateurs sur le produit fait que son prix ne baisse pas en cette deuxième semaine du mois sacré. Pour Mustapha Zebdi, le ministère du Commerce aurait pris une mesure radicale pour sanctionner les commerçants spéculateurs. «Nous avons eu des informations selon lesquelles le ministère du Commerce a donné instruction aux directeurs de wilayas en vue de prendre des mesures draconiennes allant jusqu’à la fermeture des marchés même de gros si la spéculation se vérifiait. Cette fermeture peut aller jusqu’à une semaine».

Le président de l’Association de défense du consommateur (APOCE),  se dit favorable à cette mesure et juge que  «c’est un moyen de pousser certains commerçants à réfléchir à deux fois avant de spéculer sur tel ou tel autre produit. Il est temps de prendre des mesures fermes et de passer la vitesse supérieure en matière de répression contre les spéculateurs». Il pointe du doigt le manque de réactivité  des pouvoirs publics en temps opportun. 

Les responsables « surpris »

Mais la mesure consistant à fermer les marchés ou même de commerces ne semble pas avoir l’aval de M. Hadj-Tahar Boulenouar, le président de l’Association des commerçants et artisans algériens (ANCA) qui émet de sérieuses réserves. Dans une déclaration à TSA, il estime qu’«Il ne s’agit pas de renforcer les contrôles, mais plutôt d’inonder le marché pour couper l’herbe sous les pieds des spéculateurs. Si la mesure de fermeture des commerces en cas de spéculation avérée apparaît réelle, elle sera d’abord contre-productive, avec le risque de voir des commerçants lésés et sacrifiés à cause de quelques spéculateurs», argumente-t-il, soulignant qu’ « elle fera ensuite accentuer la spéculation, de sorte que si un marché est fermé dans un endroit les consommateurs s’orienteront vers d’autres marchés renforçant de fait la demande».

Il avoue que «chez nous, les responsables sont surpris au même titre que les citoyens par les hausses des prix, alors qu’ils disposent de mécanismes et de chambres d’agriculture dans chaque wilaya ». Le président de l’ANCA affiche son scepticisme envers les effets d’annonce. «On annonce que la production est au rendez-vous et qu’elle sera mise sur le marché. Mais on ne fournit pas les quantités et le calendrier de la mise sur le marché », dit-il, estimant qu’il ne faut pas tout mettre sur le dos de la spéculation pour expliquer la hausse des prix. Alors que pour Mustapha Zebdi, président de l’APOCE, «c’est aux pouvoirs publics d’enquêter sur cette question. La hausse des prix constatée durant le week-end n’était pas spontanée. Il y a eu une défaillance dans la régulation», dit-il.

Mohand Ouarab