Ramadhan : Spéculation, hausse des prix et gaspillage… : «Discipliner» le marché et… les citoyens ?

Que faire ? C’est la question à laquelle les pouvoirs publics, auxquels revient la tâche de réguler le marché, sujet à de disfonctionnements majeurs, balloté entre la pénurie de certains produits de large consommation et la spéculation à grande échelle, et qui n’ont trouvé pas encore trouvé une réponse. La question revient chaque fois que le mois de Ramadhan s’annonce. Les années passent, le scénario ne change pas et se répète avec les mêmes « justificatifs ».

Cette année encore, la règle non écrite, est respectée à la lettre. La  Spéculation, l’offre ne suit pas la demande et pour boucler la boucle, la boulimie des achats des consommateurs, sont au rendez-vous. Le prix  des fruits et légumes, notamment, la tomate qui n’a pas à rougir de son prix (150 à 160 Da/kg suivie de la courgette (80 et 120 Da /Kg), légumes indispensables pour la chorba.

Pour les viandes blanches, le poulet a pris des ailes depuis plus d’un mois, il caracole entre 340 et 360 DA /kg et les « rouges » ne sont pas en reste, elles prennent quelques dinars au passage. Les fruits secs, très demandés en cette période, sont inabordables pour les smicards et pour les poissons, il faudra y repasser, la sardine est affichée à 1.200,00 DA. Les autres espèces, poissons blancs, les prix affichés frisent l’insolence face au faible pouvoir d’achat des ménages. L’huile de table se fait aussi rare depuis d‘un mois.

Les divers intervenants dans la filière, ministère du Commerce, grossistes et détaillants n’arrivent toujours pas à trouver un terrain d’entente sur le problème de la facturation et celui de la marge bénéficiaire. Le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement, Mustapha Zebdi, dans une déclaration sur les ondes de la Radio nationale estime qu’ « Il y a un problème de confiance qui se pose entre l’opérateur économique et les pouvoirs publics ».

Il préconise la révision du système fiscal à même d’inciter l’opérateur économique à déclarer les opérations commerciales. Le cas de la crise de l’huile de table est édifiant selon lui.  Il explique que la marge bénéficiaire qui se limite à 5 DA, provoque la réticence des commerçants. « Il est impératif d’imposer la facturation dans les transactions commerciales afin de parvenir à une économie transparente » suggère-t-il. L’huile de table est subventionnée. Son prix est fixé par décret et ne peut aucun cas  être augmenté.  Et comme les marges bénéficiaires  sont si faibles sur l’huile, que grossistes et commerçants préfèrent ne pas la mettre en vente.  Conséquence : des stocks importants sont à l’abri dans les hangars des fabricants et dépôts des grossistes et point d’huile dans les rayons des superettes et étals de l’épicier pour les consommateurs.

Une situation qui sera préjudiciable, si elle perdure, pour les sociétés de raffinage qui vont se retrouver avec un grand stock d’huile et une trésorerie dans le rouge, menaçant et l’emploi et son activité pérenne. L’autre produit à prix réglementé, le lait en sachet, qui donne  des  soucis aux consommateurs et aux pouvoirs publics. Il est rare chez les commerçants et les vendeurs des produits laitiers. Des images ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des foules faisant la queue devant un camion de distribution pour s’approvisionner en lait en sachet. Les mêmes scènes sont reproduites un peu partout dans les grandes villes du pays. La crise de la distribution du lait en sachet s’installe dans la durée. Les autorités publiques donnent l’impression qu’ils sont impuissants devant ces disfonctionnements réels ou supposés du marché. 

Il est temps de maîtriser le marché !

Des voix s’élèvent pour dire  qu’il est temps de maîtriser le marché et d’imposer une discipline qui concerne aussi bien le consommateur que le commerçant et l’opérateur économique. Le président de l’Association de Protection et Orientation du Consommateur et son Environnement (APOCE), Mustapha Zebdi, avait prédit, dans une déclaration à notre confrère « Maghreb Emergent », une flambée (conjoncturelle) des prix des biens et produits de large consommation pouvant atteindre les 50%, et ce malgré les décisions du ministère du Commerce, quant à la multiplication des marchés de gros ou encore la lutte contre la hausse des prix via le lancement d’une campagne de soldes.

Une prévision qui s’est avérée pertinente en l’absence des «outils » de contrôle et de régulation des marchés qui baignent dans une anarchie totale plombée par le marché informel. La perturbation dans la distribution de produits subventionnés, justifiée parfois par l’obligation de la facturation, ou par une hausse de leurs prix à leur sortie d’usine, ou objet d’une spéculation, sont-elles l’explication à la dérèglementation du marché qui faussent toutes les prévisions. Des explications sont lancées çà et là : chute de la valeur du dinar, hausse des coûts du fret ou encore augmentation des prix des matières premières sur le marché international. Le résultat reste toujours que cela se répercute directement sur les ménages subissant de plein fouet les conséquences qui érodent de plus en plus leur pouvoir d’achat, aggravées par une consommation excessive, une opportunité pour la hausse des prix  pour ce mois béni. Le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement, Mustapha Zebdi, estime la valeur de la consommation durant le mois de Ramadhan, dépasse largement 50% qui peut être expliqué par le changement du mode de consommation notamment des viandes et des gâteaux traditionnels. Dans une de ses récentes déclarations sur les ondes de la Radio nationale, il confie que la surconsommation et la frénésie d’achats sont le fruit du problème de culture et de conscience qui se posent au sein de la société algérienne.

Lors d’un Conseil des ministres consacré aux questions de conjoncture, le 4 avril dernier, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné « le suivi de près la consommation et les stocks » pour éviter toute pénurie pendant le mois de ramadan. Il a également insisté sur « l’application stricte » des mesures de la lutte contre le gaspillage, en adoptant une politique de sensibilisation efficace.

Tandis que pour le ministère du Commerce  et pour éviter d’éventuelles hausses de prix durant le mois sacré, il a annoncé la mobilisé 9.000 agents de contrôle, opérant en brigades mixtes avec les services de la Sûreté, des Douanes et des services agricoles. Peine perdue ! Le marché à ses lois qui sont souvent « impénétrables ».

Mohand Ouarab