Comme chaque année à l’approche du mois de Ramadhan : Flambée des prix et spéculation !

A une semaine du mois de Ramadhan les prix des fruits et légumes, des légumes secs et des viandes, rouges et blanches, « volent » dans tous les sens. L’approche du mois sacré attise les appétits avides de gains faciles. Producteurs, grossistes, intermédiaires et détaillants, tout ce beau monde participe à la curée et ajoutent une pression supplémentaire sur le pouvoir d’achat des Algériens.

L’huile de table est toujours aussi rare sur les étals des supérettes ou chez l’épicier du quartier. Depuis quelques jours déjà, les prix de la mercuriale ont augmenté et les « assurances » des responsables du Commerce et de l’Agriculture promettant et la disponibilité des produits et la stabilité des prix, n’ont eu raison ni de la spéculation, ni de la sainte loi de l’offre et la demande. Les déclarations des ministres et autres responsables du gouvernement semblent n’avoir aucune incidence sur le marché, ou plutôt sur ceux qui sont blottis dans ses arcanes, qui dicte leurs propres lois, faisant échec  à toute campagne de contrôle. A en croire certaines sources, proches des sombres circuits de commercialisations et de certaines pratiques commerciales, le pire est à venir à la veille du mois sacré.

Dans une déclaration à Radio Sétif, le 28 mars dernier  le président de l’Association de Protection et Orientation du Consommateur et de son Environnement (APOCE), Mustapha Zebdi, a prédit une flambée des prix des biens et produits de large consommation en Algérie, notamment avec l’arrivée   du mois du Ramadhan. Les raisons ? Une explication bien simple est fournie  par Brahim Guendouzi, professeur en économie à l’université de Tizi Ouzou. Dans un entretien au quotidien El Watan, l’enseignant éclaircie les causes de l’emballement des prix de la mercuriale : «Les circuits de distribution dans l’agroalimentaire attirent une multitude d’intermédiaires occasionnels, encouragés par l’emballement de la demande sur les denrées alimentaires à l’occasion des fêtes ou du mois de jeûne, leur permettant de tirer des gains substantiels au détriment des consommateurs».

« Il est vrai aussi que le secteur de la distribution a eu à subir les contraintes sanitaires et de confinement imposées par la pandémie de Covid-19, engendrant des manques à gagner énormes sur le plan financier. Ceci a fait en sorte que l’activité commerciale en général est en butte à des difficultés organisationnelles ayant des implications sur les approvisionnements, la logistique et le stockage des produits, particulièrement ceux de large consommation. D’où la répercussion sur le niveau de l’offre et l’incidence sur les prix».

Régulation du marché  et moralisation de la transaction commerciale

Selon lui,  la question de la régulation des activités commerciales «est problématique du fait de la présence tentaculaire du secteur informel qui concentre un capital monétaire énorme lui permettant d’agir à tout moment sur l’ensemble de la chaîne de distribution, rendant le contrôle relativement difficile par les services de l’Etat. Ces derniers se contentent de superviser uniquement les produits subventionnés». 

Et même ces produits subventionnés n’échappent pas parfois à l’instabilité du marché et il est constaté une hausse de leurs prix dans les enceintes commerciales. «Il ne doit pas y avoir de raison qu’il y ait une hausse dans les prix des produits subventionnés, auquel cas, il s’agira d’une infraction à la réglementation», estime Mustapha Zebdi, président de l’association de protection des consommateurs (APOCE) qui considère qu’il y a une disproportion entre les justifications données sur certaines hausses et la réalité. « Il ne faut surtout pas que la hausse touche les produits de première nécessité. Ce n’est pas normal qu’à chaque début d’année on assiste à ces pressions supplémentaires sur le pouvoir d’achat des citoyens», déplore-t-il, suggérant de « prendre comme mesure de protection, un plafonnement des marges bénéficiaires sur les produits de première nécessité essentiellement les légumes et fruits de saison. «Il faut également que cette marge soit définie par les producteurs et les agriculteurs eux-mêmes», propose l’APOCE en appelant aussi à l’annulation de la TVA sur les produits de première nécessité. «Une hausse de la valeur de la TVA peut être envisagée pour les produits secondaires afin de compenser son annulation sur les produits de première nécessité… Nous avons besoin d’une réelle régulation du marché  et une moralisation de la transaction commerciale», indique Mustapha Zebdi.

Déjà, en son temps, l’ex ministre du Commerce, Saïd Djellab a fait les mêmes constations et donné des orientations, lors d’une rencontre avec les mandataires de  marchés de gros, aux responsables de son secteur à suivre l’activité des marchés de gros et à contrôler la traçabilité des marchandises, du producteur au consommateur. Le ministre avait écouté les préoccupations des mandataires de marchés de gros et les problèmes auxquels ils sont confrontés, qui ont un impact négatif sur le rendement de ces structures vitales et sur les réseaux de distribution des marchandises.

Said Djellab avait donné des instructions fermes aux responsables du secteur en vue d’œuvrer à la concrétisation des objectifs escomptés, en veillant au « bon fonctionnement de ces structures commerciales, en application des mécanismes mis en place par la tutelle pour le suivi et l’organisation des marchés de gros ». Le premier responsable du secteur avait estimé nécessaire de contrôler la traçabilité des marchandises, partant du producteur jusqu’au consommateur, pour éviter la spéculation et le monopole. Rien n’a été fait dans ce sens. On peut même dire que, depuis, les choses se sont empirées. Le marché est gangrené par l’informel et les spéculateurs se saisissent de la moindre occasion pour s’enrichir sur le dos des consommateurs.

Enfin, on apprend de la bouche du président de l’APOCE, Mustapha Zebdi que pour lutter contre les hausses déraisonnables des prix, « les autorités sont actuellement en train de mettre à jour les textes de loi pour faire face à la loi de l’offre et de la demande ». En attendant, les Algériens voient chaque jour les prix de la mercuriale leur jouer de mauvais tour, et certains de ses emballements  obéissent à de la pure spéculation et à l’absence de régulation du marché.

Mohand Ouarab