Covid-19 : stabilité de la situation épidémiologique : L’immunité collective… sans vaccin ?

Il a été constaté une petite hausse des contaminations par la Covid- 19, à travers le bilan rendu public  mardi 30 mars 2021, par le porte- parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus, Djamel Fourar. Les chiffres  dévoilés sur les dernières 24 heures,  par ce responsable a fait état de 115 nouveaux cas, soit 4 de plus que le jour d’avant, et 5 décès. 15 patients restaient, quant à eux,  en soins intensifs.

Une situation qui ne devrait pas tranquilliser, au moment où en Europe, et à travers le monde, de nombreux pays ont enregistré des pics alarmants de nouveaux cas de contamination, d’hospitalisations et de décès. Le même jour, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a décidé de la reconduction du confinement partiel pour une durée de 15 jours, à partir de jeudi 1er avril. Il y a lieu de souligner que seulement 9 wilayas, dont Alger, sont concernées avec réaménagement des plages horaires de 23h00 à 04H00.

Cela donne la tonalité de la situation sanitaire qui prévaut sur le territoire national où, pourtant une idée semble se frayer un chemin : l’immunité collective. Elle est de plus en plus admise par le corps médical, confortée en cela  par le nombre d’infections, dans une tendance à la baisse depuis plusieurs jours et la stabilité de la situation épidémiologique observée en Algérie.  Fait notable : la diminution des hospitalisations entamée fin janvier 2021 se poursuit pour l’ensemble des régions du pays. Pour les patients hospitalisés en réanimation, la même tendance est enregistrée, une baisse sensible à partir de la mi-février.

Il est primordial de savoir ce qu’est l’immunité collective dans son sens le plus large.  Elle correspond au pourcentage d’une population donnée qui est immunisée/protégée contre une infection à partir duquel un sujet infecté introduit dans cette population va transmettre le pathogène à moins d’une personne en moyenne, amenant de fait l’épidémie à l’extinction, car le pathogène rencontre trop de sujets protégés. Cette immunité de groupe, ou collective, peut être obtenue par l’infection naturelle ou par la vaccination.

L’hypothèse du Pr Djenouhat

 Pour autant, pour le Pr Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie et chef de service du laboratoire central EPH Rouiba, «il est fort possible que le taux d’immunité collective des Algériens ait dépassé les 50%, ce qui explique la baisse des cas d’infection», rapporte le vendredi 26 mars 2021, la Radio locale de Sétif, sur sa page Facebook. «Nous avons mené une étude sur le terrain auprès de 1000 donneurs de sang et nous avons découvert que plus de 50% étaient infectés et ne présentaient aucun symptôme», a affirmé M. Djenouhat, soulignant que le confinement partiel à domicile a contribué à l’augmentation de l’immunité collective, par exemple à Sétif, qui a connu deux grandes vagues d’infections, qui ont créé une forte immunité parmi les citoyens de la wilaya, qui a dépassé 50%. Selon lui, « 50% à 80% des citoyens pourraient être infectés par l’épidémie sans apparition de symptômes, ce qui explique la situation actuellement confortable».

Il a également souligné que le comité scientifique a complètement maîtrisé le nouveau virus en menant une enquête directe et rapide sur les premières infections et la situation est maîtrisée et pas inquiétante, en prenant en charge tous les cas, avec la nécessité de poursuivre les mesures préventives et d’éviter les dangers dus au laxisme. M. Djenouhat a estimé que « l’Algérie a évité la troisième vague de l’épidémie, grâce à la décision de fermer complètement les vols et les frontières». Il estime cependant qu’ «on est toujours devant un inconnu et nous continuons à apprendre du jour en jour. Une chose est restée inchangée depuis le début de la pandémie, c’est que les mesures barrières protègent contre la propagation du virus».

 Le Pr Abderrahmane Benbouzid, ministre de la Santé,  évoque, lui aussi le cas d’une «immunité collective de le population» dans une déclaration faite, vendredi 26 mars,  à le presse.  Il s’est en effet, réjoui de la diminution de nombre de cas infectés par le covid-19. Même son de cloche chez le premier responsable de l’agence nationale pour la sécurité sanitaire, le professeur Kamal Sanhadji, qui  explique «qu’il était possible de s’appuyer sur l’immunité collective», de sorte que les personnes infectées par le virus covid-19 ne soient vaccinées qu’une seule fois».

Il en est de même pour le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, qui estime que  «c’est probablement une immunité collective de par la maladie que nous avons faite de façon collective aux mois d’octobre, novembre, décembre et probablement en janvier». «Pour cette situation épidémique, il faudrait faire peut-être des études», a-t-il suggéré, indiquant qu’il y a eu un essai d’échantillonnage dans la population générale pour voir quel est le taux d’anticorps qu’ils ont vis-à-vis de la Covid-19.

«Cet échantillonnage s’est fait sur des personnes qui ont fait soit la maladie exprimée, soit une forme atténuée de la maladie, soit pas de maladie du tout, sans oublier qu’il y a des formes absolument inapparentes. Finalement, dans la population générale, étant donné qu’il n’y a pas eu de réinfection dans la mesure où nous avons fermé nos frontières et donc il n’y a pas eu d’apport extérieur, nous sommes restés avec notre coronavirus local, si je puis m’exprimer ainsi», a expliqué Dr Bekkat Berkani, qui a rappelé que le nombre de 1.000 cas recensés par jour était dépassé à un certain moment, «ce qui fait que finalement, nous sommes dans une espèce d’immunité de par la maladie.

Les questions  du corps médical

 Mais il faut bien le dire, c’est seulement une hypothèse. Pour le moment, c’est la seule explication valable. C’est pratiquement les mêmes arguments qu’a développés le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales au Centre hospitalo-universitaire Mustapha Bacha, rapportés par un confrère : «Même nous, en tant que professionnels de la santé, on se pose des questions puisque nous voyons ce qui se passe dans notre quotidien. La vie a repris et la plupart des activités médicales ont repris, et malgré cela, nous ne sommes pas dans une situation dramatique ou bien inquiétante. Ce qu’il y a, c’est qu’on n’a pas suffisamment de recul pour savoir exactement ce qui se passe en Algérie. Nous avons acquis une immunité», a-t-il déclaré, avant de poser la question de savoir quel serait le taux cette immunité. «Les sociétés savantes algériennes ne sont pas encore au chiffre près. Cependant, nous pensons qu’il y a une immunisation de plus de 60 % de la population», a-t-il révélé, non sans alerter que malgré tout, l’Algérie n’est pas à l’abri d’un autre pic de la pandémie de Covid-19 ou d’un autre variant.

Le Dr Mohamed Bekkat Berkani, pour sa part, relativise l’hypothèse, appelant le mardi, 30 mars 2021, à la mise en place d’une enquête scientifique permettant de déterminer si la population algérienne a atteint une potentielle immunité collective contre la maladie à coronavirus Covid-19. «Sur le plan épidémiologique, nous devrions savoir le comment du pourquoi nous sommes arrivés à ces chiffres qui sont très bas en matière de cas quotidiens», affirme le Dr Bekkat Berkani dans un entretien accordé à TSA.

En attendant de voir plus clair, les Algériens ne savent plus où ils en sont et qu’est ce qui se passe avec la crise sanitaire. Tout juste, par radio trottoir, que «la situation est maitrisée, pas de tension sur les hôpitaux, la situation sanitaire ne demande pas de mesures fortes, lourdes à supporter sur les plans social et économique».

Mohand Ouarab