Penurie d’huile de table et flambée des prix : Refus de la facturation, marge réduite ou spéculation ?

La boucle est presque bouclée. Pas de liquidité au niveau des  agences postales et souvent aussi aux guichets des banques, ni d’eau dans les foyers pendant plusieurs jours. Pas de lait en sachet au prix administré, également, dans les épiceries du quartier. Le poulet qui prend de la hauteur avec ses ailes qui font « envoler » son prix au kilogramme. Une multitude de problèmes qui altèrent  le quotidien des citoyens qui, la mort dans l’âme, ont fini par admettre et vivre avec ces impondérables qui perdurent depuis des mois.

Depuis une semaine et à quelques jours du mois sacré du Ramadhan,  c’est au tour de l’huile de table qui disparaît des étals et se fait désirer. Dans toutes les chaumières du pays, les discussions tournent autour de la pénurie de l’huile de table dans les superettes ou dans les magasins d’alimentation générale. Les citoyens s’inquiètent et craignent une véritable pénurie de ce produit de première nécessité qui  disparaît aussi soudain qu’il apparaît aussitôt des rayons mais avec une hausse des prix.  Par quel tour de passe-passe,  la situation est arrivée à ce stade de pourrissement  qui interpelle les autorités officielles ?

Le ministre du Commerce, Kamel Rezig, invité, mardi 23 mars, par la Radio nationale Chaîne I, a voulu rassurer les citoyens sur la disponibilité de l’huile de table, et en quantité suffisante. « Nos stocks suffisent jusqu’à fin juin», a affirmé le ministre qui accuse la bande qui avait créé la tension sur la semoule l’année passée de vouloir créer une nouvelle crise sur l’huile de table à coup de spéculation. Le premier responsable du secteur de Commerce livre des données chiffrées pour appuyer ses déclarations. « L’Algérie dispose actuellement d’un stock de près de 94 000 tonnes de produits bruts qui se trouvent dans les 6 usines que compte le pays. Nous avons près de douze marques d’huile de table, dont dix sont subventionnées et deux ne le sont pas. Le stock suffit jusqu’à fin juin. Notre consommation mensuelle est de 48 000 tonnes. Nous avons produit 51 000 tonnes en janvier et 53 000 tonnes en février, soit un excédent de presque 5 000 tonnes», a précisé le ministre qui pointe du doigt « la spéculation ».

Dans ce registre, il  lance un appel  aux citoyens les exhortant à ne pas tomber dans le même piège et vivre le même scénario que durant l’année passée, avec la semoule. Et les menaces pleuvent contre les spéculateurs avec la multiplication des opérations de contrôle qui ne  débouchent que sur la présentation devant la justice du menu fretin des spéculateurs. De son côté, Issad Rebrab, Pdg du Groupe Cevital, principal producteur d’huile de table en Algérie a voulu lui aussi rassurer quant à la disponibilité des stocks d’huile de table. Il niet toute pénurie du produit qui sort de ses huileries. «Nos stocks sont pleins et notre production n’a pas baissé malgré l’augmentation des prix des matières premières au niveau international», a-t-il fait savoir en marge des portes ouvertes sur l’exportation organisées par le ministère du Commerce qui se sont tenues mardi dernier à Alger.

Le problème est dans la facture

L’offre et la demande sont satisfaites, du moins sur le plan théorique ou se situe donc la faille qui fait que l’huile de table connaît un criant manque dans les rayons des magasins ? Selon le président de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (FNA), Khaled Belbel, « la perturbation dans l’approvisionnement en huile de table, constatée sur le marché national durant les dernières semaines, est due aux commerçants détaillants qui refusent de se faire facturer leurs achats auprès des grossistes et des producteurs».

Tout est donc parti du refus de la facturation ! Selon Khaled Belbel , cette perturbation est due au refus de ces commerçants d’appliquer les directives des services du ministère du Commerce, instaurant l’obligation de facturation sur toutes les transactions réalisées par tous les acteurs du marché, à tous les niveaux. Il accuse, dans une déclaration à l’APS, les commerçants au détail d’avoir causé cette pénurie des huiles de table sur le marché, en prétextant la rareté de ces produits au niveau des grossistes et des producteurs. 

Des accusations rejetées par un responsable des commerçants de détail, qui s’est exprimé lundi 22 mars, sur Ennahar TV, expliquant que l’imposition de la facturation réduit considérablement leur marge bénéficiaire. «Le producteur a répercuté automatiquement l’augmentation des prix de la matière première sur le marché mondial  et la dévaluation du dinar sur le prix de vente au détail, il faut que cette augmentation soit partagée entre les différentes parties», a-t-il souligné.

Il semble donc que le problème se résume à un important désaccord entre producteurs et commerçants. Selon le quotidien El Watan, le coût de production de l’huile a récemment connu une augmentation drastique et, donc, des répercussions sur le prix d’achat par les distributeurs. Ces derniers ne sont pas en mesure d’augmenter à leur tour le prix de vente aux consommateurs, plafonné par le gouvernement algérien en 2011. La solution à cette situation, adoptée massivement par les commerçants, a été de ne pas acheter d’huile. «C’est faux ! Ce sont les producteurs et les grossistes qui ne nous livrent qu’en petite quantité pour créer la pression et justifier des hausses de prix», dit un commerçant algérois.

Accusations et contre-accusations. Le gouvernement semble impuissant à proposer des solutions à une crise qui fait rappeler les émeutes de janvier 2011 qui ont suivi les augmentations brutales des prix de l’huile et du sucre. L’intention du gouvernement d’alors, d’imposer et de généraliser la facturation sur toutes les transactions commerciales censée combattre les circuits de l’informel avait mis le feu au poudre, contraignant les autorités à geler cette mesure et laisser le marché en proie à l’informel et au défaut de facturation. Mais, cela n’a jamais été une solution et le problème revient sur la table ! Faut-il revenir sur l’imposition de la facturation ? Un nœud gordien à trancher au plus vite pour préserver la paix sociale.

Mohand Ouarab