Flambée des prix des produits alimentaires : Les petites bourses «dans le rouge» !

 Les prix des pâtes alimentaires, de l’huile, des  fruits et légumes et même des  détergents, ne cessent d’augmenter depuis le début de l’année 2021.  « Le salaire de mon mari est de 6 millions de centimes, mais c’est insuffisant pour une famille nombreuse comme la notre. Nous avons 5 enfants. Je dois faire attention à toutes les dépenses», se plaint une femme  au foyer. 

Les prix des pâtes alimentaires enregistrent pour le moment, une légère hausse, mais les familles aux bas revenus ressentent ces nouvelles dépenses. «Nous devons manger, nous vêtir et surtout régler les factures du gaz, de l’eau et de l’électricité. Ce n’est pas facile…», dit un gardien dans une école primaire. Malgré toutes les difficultés auxquelles il fait face, il s’estime heureux : il a droit à la carte Chiffa qui lui permet de se soigner gratuitement. 

Les fabricants, eux, évoquent des raisons économiques pour justifier ces hausses. Le porte-parole du Groupe Cevital explique par exemple, que les augmentations des prix de l’huile de table sont la conséquence de la hausse des prix de la matière première et de la dévaluation du dinar. «Ces raisons sont sûrement pour quelque chose, mais comment expliquer qu’un bidon de 4 litres d’huile qui coutait 640 dinars soit désormais vendu à plus de 900 dinars», dit le gérant d’une superette à Alger, pour qui c’est surtout un «problème de spéculation». Il n’est d’ailleurs pas le seul à attribuer ces subites augmentations aux spéculateurs qui sont  accusés de faire flamber les prix à l’approche du mois sacré du Ramadhan.  

Le docteur Mustapha Zebdi, Président de l’association de protection, et d’orientation du consommateur et son environnement rejette les explications des fabricants des produits alimentaires. «Les arguments donnés par les différents opérateurs économiques concernant les hausses des prix ne tiennent pas la route. Il ya aussi  la défaillance et le retard de réaction des organismes de régulation», dit-il. Pour faire baisser les prix, il propose le plafonnement de ceux des produits alimentaires. Il souhaite aussi la suppression de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les mêmes produits.

Les pâtes sont rares dans les magasins

Les pâtes alimentaires ne sont plus disponibles surles étalages des épiceries et de superettes. Ces derniers temps, l’offre a sensiblement diminué dans les magasins au grand désarroi des ménagères. Certaines marques ont complètement disparues des étalages. « Chaque vendredi c’est la journée couscous à la maison. Voilà trois mois, nous avons été obligés de changer de marque de couscous car nous ne trouvons plus la marque à laquelle nous étions habitués», se plaint une dame rencontrée dans une épicerie à Bab El Oued.

La rareté des pâtes alimentaires a provoqué la hausse des prix et les citoyens s’en plaignent évidemment. «Les pâtes alimentaires sont la nourriture des familles à faibles revenus et ce sont elles qui ressentent le plus les hausses de prix», dit un épicier à Saoula. Il ajoute : « Les prix des légumes secs et du riz ont connu une hausse qui a été décidée par des spéculateurs qui agissent dans l’ombre. Du jour au lendemain les prix ont enregistré une augmentation chez les grossistes, ce qui contraint les détaillants à la répercuter sur le prix de détail».

Les raisons de ces hausses sont multiples, mais la plus importante, c’est le mercantilisme des spéculateurs. On évoque  la suppression des subventions  sur la farine de blé tendre destinée pour justifier les prix actuels à la vente. Cette farine n’est plus subventionnée que pour la fabrication du pain. «Les pâtes alimentaires sont fabriquée avec de la farine de blé dur d’ici», dit un boulanger d’Alger centre. On avance aussi d’autres arguments comme la fermeture de plusieurs minoteries ou l’augmentation des frais de transports.

Dans cette affaire d’augmentations soudaines ou tout le monde se rejette la balle, les épiciers et les gérants des superettes refusent d’être pointés du doigt. «Nous vendons nos produits en dégageant une petite marge bénéficiaire. Même si les prix ont augmenté, je garde toujours la même marge», dit un épicier de Boufarik.  

Des parents se privent des produits onéreux

Ainsi, ces augmentations des prix des produits alimentaires ont compliqué la vie des familles, la vie au quotidien devient difficile, les dépenses de plus en plus importantes. «Je vis avec le cholestérol et je dois faire attention à mon alimentation. Je ne peux préparer mes repas  qu’avec l’huile d’olive ou d’une autre huile végétale très raffinée. Les deux sont trop chères», se plaint une dame qui se prépare à subir une opération du cœur.  

Des exemples pareils sont nombreux. Ils sont nombreux, en effet, ceux qui sont réduits à faire des choix douloureux. Les parents sont obligés désormais de réduire leurs dépenses et faire en sorte d’éviter au maximum les gaspillages.  L’arrêt des  activités commerciales et industrielles durant plusieurs mois a eu des effets néfastes. Des centaines de milliers de travailleurs se sont retrouvés en chômage. 

Dans les marchés de la Capitale, les clients dépensent avec parcimonie. Les temps sont durs pour tout le monde. « Je me prive pour faire plaisir à mes enfants. Je fais des économies sur le budget de l’alimentation », dit une dame que nous avons abordée au nouveau marché de Bab El Oued. Elle est rentrée chez elle, avec quelques achats. Si les marchands de légumes arrivent à tirer leur épingle du jeu, d’autres commerçants se plaignent. «Chez nous, on ne considère pas les fruits comme des aliments indispensables. On en achète quand on a vraiment les moyens, sinon, on est nombreux à nous en priver», s’emporte un vendeur d’oranges. Il ajoute : «Elles sont succulentes mes oranges et ne valent que 140 dinars le kilogramme. Je comprends les clients. Moi aussi, avant d’être un marchand, je suis un consommateur et en ces temps difficiles, je n’achète plus que les choses nécessaire».

Les bouchers et les vendeurs de poissons se plaignent eux-aussi de la baisse de leurs chiffres d’affaires. « Je n’arrive plus à m’en sortir. Les clients se font rares et je n’arrive plus à gagner ma vie », dit un boucher qui gère pourtant une boucherie idéalement située dans une rue   piétonne à Bab El Oued.

Pour lui, les consommateurs sont pratiquement devenus végétariens. En effet, le citoyens « priorise » désormais ses dépenses : «Je ne peux pas me permettre d’acheter de la viande à 1500 dinars le kilo, alors que j’ai d’autres dépenses importantes», dit un père de famille.  

Djafar Amrane