Le prix de la sardine et des poissons en general se sont envolés : Rareté ou spéculation ?

Poisson du pauvre par excellence, la sardine est devenue un produit rare et son prix n’a cessé d’augmenter depuis quelques temps atteignant les 1000 dinars et parfois plus dans nombre de marchés de la Capitale. Quasiment plus personne n’en achète.

Selon cette ménagère, croisée dans un marché à Saoula, une localité proche d’Alger, «une famille nombreuse ne peut pas se permettre de dépenser au moins 2000 DA pour manger quelques sardines, c’est de la folie». Elle repart chez elle avec deux belles dorades d’élevage : «La dorade est un poisson noble et sa chaire est succulente. Cette dorade toute fraiche coûte 1000 dinars le Kilogramme. Il faut être fou pour acheter de la sardine au même prix».

Les consommateurs accusent les spéculateurs d’être derrière la hausse des prix du poisson. «Rien ne peut arrêter les intermédiaires parasites.  Ils s’engouffrent  dans tous les secteurs. Ils gagnent un argent fou sans payer le moindre impôt. Avant d’arriver sur les étals, le poisson changent plusieurs fois de main », explique un vendeur de poisson à la pêcherie d’Alger. Il ajoute : « Je travaille chez un mandataire. Avec mon salaire, je ne peux consommer du poisson. Les marins m’offrent de temps à autre  quelques poissons, quand la pêche est bonne». La majorité des restaurants ne proposent plus de sardine dans leurs menus.  «À combien je vais vendre un plat de sardine. Mes clients réclament la sardine pourtant. Quand les prix baisseront j’en préparerais alors», dit un restaurateur qui ne vend que des plats à emporter à cause de l’épidémie du Covid 19. 

Les poissonniers ruent dans les brancards. La sardine est très demandée. « Je réalisais de bons chiffres d’affaires en vendant uniquement de la sardine. Il m’est arrivé d’en vendre une tonne en une matinée», se rappelle un poissonnier de Bab El Oued. Les vendeurs évoquent la raréfaction des ressources halieutique en Algérie. «Les chalutiers reviennent avec de petites prises, c’est pourquoi les prix ont augmenté», explique un grossiste à la pêcherie d’Alger.

Les marins-pêcheurs pointent la spéculation et la tutelle avance la rareté de poisson sur les côtes, ce qui fait qu’il est difficile de se faire une idée des raisons qui ont mené à cette hausse inédite les prix de le sardine. 

Au niveau des poissonneries  et de celui des autres vendeurs, notamment les détaillants, le prix de kilogramme de la sardine varie de 900 et 1 000 dinars, et parfois encore plus.

Du côté des marins-pêcheurs, en plus de la spéculation et les pratiques des intermédiaires spéculateurs «qui raflent leur pêche et l’écoulent sur le marché à les prix exorbitants »,  on avance les conditions climatiques défavorables, qui engendrent les sorties en mer espacées, et par conséquent une offre très peu importante.

 Pour le président de syndicat national les marins-pêcheurs, Hocine Bellout, rapporté par le quotidien le Soir d’Algérie, il s’agit les pratiques mafieuses les « rabatteurs », qui on tendance à monopoliser l’achat et le vente de poisson à l’échelle nationale. Il explique à ce propos que ces spéculateurs « exercent un monopole et font la loi dans les ports de pêche au su et au vu de tout le monde». Il souligne que «ces gens n’on rien à voir avec le secteur et ne détiennent ni fascicule de pêche ni registre de commerce».

Côté tutelle, s’exprimant au cours de mois écoulé sur cette question, le ministre de le pêche et les produits halieutiques Sid Ahmed Ferroukhi a expliqué que le flambée qu’a connue le marché de le sardine en cette période de l’année revient à les facteurs naturels et environnementaux. Selon lui, les ressources halieutiques sont à leur limite, ce qui est constatée même durant le période de pêche qui est comprise entre le mois de mai et celui de novembre. Pour prévenir cette hausse les prix, le premier responsable de secteur préconise de trouver les alternatives à le pêche sur le littoral en élargissant l’activité au large. Cela permettra également de fournir d’autres variétés de poisson notamment le poisson bleu errant.

Les algériens boudent le poisson surgelé

Le consommateur algérien ne jure que par le poisson frais. Les amateurs des produits de la mer, sont en majorité des habitants des wilayas côtières, qui ont acquis au fil du temps des habitudes culinaires particulières. Ils préfèrent ainsi le poisson péché à la ligne à celui attrapé dans les filets. La différence parait pourtant minime, mais par pour les fins gourmets. En effet, le poisson pêché à la ligne est remonté sitôt ferré. Le filet par contre est remonté au bout de plusieurs heures, ce qui amoindri ses qualités gustatives. Les captures des gros chalutiers ne font pas aussi l’unanimité auprès des fans du poisson juste pêché. Les poissons pris dans les chaluts sont écrasés et se détériorent rapidement. Certains férus vont jusqu’à charger les pécheurs d’une mission qu’ils jugent importante : leur réserver des poissons en l’état, c’est-à-dire sans les couvrir de glace. « Mes aïeux sont originaires de Cherchell. Notre famille et la mer, c’est une vieille histoire. Nous consommons encore la sardine grillée à 8 heures. Un poisson non frais, je n’en veux pas », dit Nacer un cherchellois de souche.

Quand il ne trouve pas de poisson durant quelques jours, il prend des galets de la plage pour les plonger dans sa marmite. «Je mets de la tomate et des oignons avec les galets. Je ne peux me passer du gout de l’iode », ajoute l’homme qui porte toujours des pulls marins rayés de bleu et de blanc. Il est comptable, mais vit comme un marin. Ils sont ainsi des millions à refuser toute entorse aux habitudes culinaires qu’ils ont acquises : le poisson se consomme dès l’arrivée des chalutiers au port.

Pour mettre à la disposition des citoyens du poisson à prix abordable, les autorités encouragent la consommation de produits de la mer congelés ou surgelés. Les prix pratiqués dans les magasins spécialisés sont à la portée des bourses moyennes. Ce sont surtout les volaillers qui en proposent. « Le poisson congelé, c’est juste un produit d’appoint. Si je ne vendais pas du poulet, j’aurais fermé mon magasin de puis très longtemps. Les Algériens ne sont pas habitués à manger du poisson surgelé », dit un marchand de volaille à Bab El  Oued. Un restaurateur dans le même quartier se demande pourquoi les algérois ne consomme que du poison très frais. « Le poisson surgelé garde toutes ses qualités nutritives et gustatives. Le mettre au menu dans mon restaurant est considéré par les clients comme  un véritable crime. Je dis bien crime ». Il enchaine : « Les chinois viennent souvent chez mon voisin pour acheter des quantités de poissons congelés. Sommes-nous plus connaisseurs qu’eux ».

Les consommateurs pour leur part restent fidèles aux normes culinaires que leur ont transmises leurs parents. « Je ne consomme jamais des produits congelés. Ils perdent leur goût », dit un père de famille d’Aïn Benian. Les nutritionnistes encouragent les consommateurs à manger du poisson. Ils reconnaissent que  les produits surgelés perdent un peu de leur goût, mais ils tiennent à rassurer : « Le poisson congelé n’est pas si mauvais. Les vitamine et les omégas 3 qu’il contint sont préservés par le froid ».

Pêche en haute mer et élevage de poissons noble

Le poisson a toujours été, un produit réservé aux classes aisées. Ces dernières années, les prix ont connu une telle hausse que peu de gens peuvent se permettre désormais d’en acheter. Le prix de la sardine a connu une hausse que personne ne pouvait imaginer voila juste quelques mois. Elle se négocie entre 800 et 1000 dinars dans les marchés de la Capitale. Les consommateurs habituels s’en détournent et les restaurateurs l’ont supprimée de leurs menus.  Les consommateurs ne vont  plus dans les rayons poisson des marchés.  « Je sais que je n’achèterai pas de poisson, tellement les prix sont exorbitants »,  dit un père de famille que nous avons rencontré au marché Ali Mellah à la Place du 1er mai à Alger. Les poissonniers ruent eux-aussi dans les brancards, car quand les prix augmentent les clients se font rares et  leurs chiffres d’affaires baissent.

Le poisson demeure l’un des meilleurs aliments pour l’être humain. Sa chaire est riche en vitamine et surtout en omégas 3. En plus des apports nutritionnels, le poisson diminue l’apparition de nombreuses maladies comme le cancer et les cardiopathies. « Les qualités nutritionnelles sont connues depuis la nuit des temps. Le poisson a longtemps été l’aliment du pauvre, avant qu’il ne devienne au 20e siècle celui du riche.  Il faut en consommer une fois par semaine. Il aide le corps humain à se maintenir, à lutter contre les maladies et le vieillissement », dit Ahmed Aloui, un diététicien à la retraite. II a longtemps travaillé dans les établissements de la protection de l’enfance. « Le poisson est recommandé aussi pour les enfants », tient-il à rappeler

Mettre à la disponibilité du citoyen algérien du poisson et à un prix abordable, c’est l’insoluble équation que n’arrivent toujours pas à résoudre les pouvoirs publics. De grands efforts ont été consentis pour développer la filière de la pêche, mais les résultats n’ont jamais été au rendez-vous. Le ministre actuel de la pêche maritime et des produits de la pêche, semble vouloir mettre de l’ordre dans un secteur qu’il connait bien.  Il a déclaré la guerre aux spéculateurs et aux parasites qui s’enrichissent au détriment de la santé des Algériens. Pour augmenter les quantités de poissons proposés à la vente et  diminuer les prix, le ministre met l’accent sur la modernisation de la flotte algérienne.

Par ailleurs, comme la pêche est concentrée sur la zone côtière où les ressources ne cessent de diminuer, le ministre a révélé en janvier dernier lors d’une réunion d’experts : « Nous encourageons les investisseurs à activer en haute mer et eaux internationales pour approvisionner le marché national en produits frais. La Mauritanie, le Sénégal, les iles Comores et Djibouti, sont des zones qui intéressent les pécheurs algériens.  Le ministère les accompagnera dans cette démarche ».

En attendant la concrétisation de ce programme, des aides significatives sont accordées aux investisseurs dans l’élevage de poissons nobles (dorade et loup). Il est prévu aussi l’élevage de poissons d’eau douce dans les barrages construits pour l’irrigation  la consommation humaine.

Djafar Amrane