La scolarité en temps de Covid 19 : « Dur, dur d’être un élève ! »

Cette année scolaire est à marquer d’une pierre noire pour plusieurs raisons. Elle n’a débuté que le 20 octobre 2020 après prés de sept mois de «vacances forcées». Lors de la précédente, en effet, les enfants et les adolescents se sont retrouvés du jour au lendemain « assignés à résidence » pour cause d’épidémie de Cobvid-19.

Ils ne pouvaient même pas sortir pour « jouer et se dépenser », n’ayant d’autres choix que de se «ruer » sur les programmes de télévision et autres réseaux sociaux. « Même aujourd’hui, mon fils reste collé devant l’écran de longues heures durant la journée. Avant, il faisait de la natation et du judo, mais depuis le mois de mars dernier, toutes les activités sportives sont arrêtées. Il a pris du poids, mais refuse toujours de sortir dehors tellement il a peur d’attraper le virus», dit la maman d’un élève en cinquième année du primaire.

Elle n’est pas la seule à se plaindre de cette situation. «Difficile de trouver les mots pour rassurer les enfants qui ont peur que leurs parents tombent malades», dit une enseignante.   «Contrairement à ce que nous supposons, les enfants ont leur monde dans lequel ils sont responsables et font ce qu’ils peuvent pour défendre leurs parents et toutes les personnes qu’ils aiment», explique un inspecteur de l’éducation à la retraite. «Quand j’avais commencé ma carrière d’instituteur en 1965 à Tiaret, mes élèves ne voulaient pas que je me déplace à vélo car, pour eux, c’était dangereux. J’ai cessé de me rendre à l’école à Bicyclette», se rappelle-t-il.

La rentrée scolaire ne s’est pas toujours déroulée dans les meilleures conditions. Les élèves dont les enseignants ont été emportés par la Covid 19, étaient sous le choc. « Je me rappellerai toujours de la rentrée scolaire 2020. Mon fils est rentré en larmes car son enseignante est décédée, emportée par le virus. La mort pour un enfant c’est traumatisant », dit la mère d’un enfant de 8 ans. « Il continue encore aujourd’hui à me parler d’elle», ajoute-t-elle.

Les classes ont toutes été  scindées en deux, une mesure préventive prise pour pouvoir respecter les gestes barrières et la distanciation physique, mais, dans certains cas, des enfants qui avaient l’habitude d’être ensembles ont été séparés. Une autre source d’inquiétude et de stress pour les enfants qui, malheureusement, ne sont pas pourtant pris en charge sur plan psychologique. Les Unités de Dépistage et de suivi (médecine scolaire) ne peuvent pas prendre en charge tous les élèves stressés car les psychologues ne sont pas en nombre suffisant.   

Une semaine de vacance

Cette année, les vacances scolaires d’hiver s’étendent du 28 janvier au 7 février 2021. Une petite semaine pour laisser les enfants « souffler un peu ». «Cela fait quatre mois que les enfants étudient dans des conditions difficiles. Ils sont très fatigués et méritent amp^lement cette pause », dit un directeur d’école à Birkhadem. Même les enseignants avouent  qu’ils  sont « déjà saturés », la faute à cette période d’épidémie. «Le métier d’enseignant n’est pas de tout repos. Il faut dispenser des cours, corriger les devoirs et préparer les cours du lendemain. C’est le seul métier qui s’exerce aussi à la maison», explique un inspecteur de français dans le primaire. Cette pénibilité ne cesse d’être mise en avant par les syndicats des enseignants qui réclament une retraite après 25 ans de travail effectif. «Même avec 4 mois de congé par an, l’enseignant est très vite « usé » par son métier », dit un professeur de mathématiques dans le moyen.

Ces vacances si importantes pour les enfants tombent au plus mauvais moment pour les parents qui sont alors confrontés au problème de la garde des enfants. «Quand mes enfants avaient cours, je m’étais organisée pour rester à la maison les jours où ils n’ont pas classe. JE suis autorisé à travailler à partir de chez moi durant deux jours par semaine. Maintenant, je ne vois pas comment je vais faire durant cette semaine où les enfants sont libres», se plaint une banquière qui habite à Douéra.

Cette dame qui vient de s’installer dans cette localité à penser à mettre ses enfants chez des personnes qui s’occupent d’enfants chez elles, mais ces dernières sont tellement sollicités qu’elles ne peuvent répondre à toutes les demandes. « Je ne peux pas garder chez moi plus de 3 enfants, surtout qu’il faut faire très attention en cette période d’épidémie », dit une veuve qui garde des enfants chez elle pour ajouter « quelques sous » à la pension que lui a laissée son défunt mari et qui ne lui suffit pas pour subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. Mohamed est un cas spécial. Son épouse est très malade, ayant a été victime d’un accident vasculaire cérébral voila quatre mois. La nourrisse qui gardait ses enfants a déménagé et il n’a pas trouvé une remplaçante. Une situation qui l’a obligé à prendre un congé sans solde pour pouvoir rester auprès de ses enfants.

Les enfants, eux, sont évidemment ravis de ces vacances, même s’ils regrettent un peu que ce congé ne dure qu’une semaine. «Nous sommes fatigués et stressés par ce climat d’épidémie. Cette semaine de vacances va nous permettre de nous reposer un peu, mais c’est peu », dit une candidate au bac qui aurait aimé se reposer durant 15 jours pour recharger ses batteries. Pour nombre d’entre-eux, c’est vraiment « dur, dur d’être un élève ! ».

Les cours particuliers

Et avec toutes ces perturbations, les professeurs qui donnent des cours de soutien sont très sollicités. Les parents, inquiets pour l’avenir de leurs enfants, n’hésitent pas à leur payer des cours de particuliers pour « les mettre à niveau ». « Déjà qu’en temps normal, les élèves n’arrivent pas à suivre leurs cours en classe, je sais qu’en cette période, sans les cours particuliers mes enfants rateraient tous leurs examens », dit un père de famille qui habite à Alger centre. Il dépense 5000  dinars pour  préparer son fils à l’examen d’entrée en sixième. « L’ambiance n’est pas aux études en classe. J’ai l’impression d’étouffer car je ne supporte pas bien la bavette et je n’arrive pas à comprendre tout ce que dit notre maitresse», explique un enfant de 10 ans qui ajoute : «Par contre chez la dame qui me donne des cours de soutien, je comprends très vite».

Ce sont les élèves qui préparent l’examen du baccalauréat qui sont le plus attachés aux cours de soutien. « Contrairement à ce que croient les gens, le bac se prépare dès la première année du secondaire. Je dirai même plus : le bac se prépare dès la première année du primaire », dit un ingénieur en mécanique qui se ruine pour payer des cours de soutien à ses cinq enfants. «Les enseignants sont mal formés. Ils n’ont aucune base pédagogique ou psychologique. Ils sont des techniciens de l’enseignement. Avec le temps, ils acquièrent les ficelles de l’art d’enseigner. Malheureusement, ils auront entre temps atteint l’âge de la retraite. Tous mes enfants prennent des cours particuliers chez des professeurs retraités», précise-t-il. Il appartient à la catégorie de parents qui ne jurent que par les cours particuliers. «J’ai retiré mes enfants d’une école privée car j’ai constaté qu’ils n’apprenaient rien. Avec  des cours particuliers, leur niveau s’est amélioré», dit une dame qui exerce comme médecin dans un hôpital de la Capitale.

En cette période d’épidémie de la Covid 19, les cours particulier sont devenus une solution « incontournable » pour de très nombreux parents qui veulent mettre tous les atouts du coté de leurs enfants pour qu’ils réussissent, ne reculent devant aucune dépense. Les prix pratiqués par les professeurs sont pratiquement identiques. Il faut compter 500 dinars de l’heure pour les cours prodigués aux élèves du primaire. Pour les cours destinés aux enfants du moyen, c’est 800 dinars de l’heure. Quant aux candidats au bac, chaque heure de cours est facturés à 1000 dinars en moyenne. D’autres professeurs, « auréolés » des succès obtenus auparavant avec leurs élèves, se font payer encore plus cher. «Il y a des professeurs de mathématiques, de physique, de chimie ou de sciences naturelles demandent jusqu’à 2500 dinars par heure de cours », dit un étudiant en médecine qui suit encore des cours d’anatomie pour parfaire son français.

Les professeurs, eux, refusent d’être pointés du doigt et d’être traités de « profiteurs », pour ne pas dire de « voraces». «La société a changé et la solidarité entre ses membres à beaucoup diminué. Tout le monde cherche à gagner de l’argent, alors je ne vois pas pourquoi les enseignants se priveraient», soutient un professeur de mathématiques.

Djafar Amrane