Vaccin et vaccination anti-Covid-19 : Rumeurs et cacophonie !

Le temps est très  précieux et l’agenda très serré. La date « fin courant janvier » fixée par le président de la République, pour le début de la campagne de vaccination anti Covid-19, arrive presque à expiration. Il ne reste que quelques jours pour que le mois de janvier boucle son cycle et la polémique sur la date d’arrivée du vaccin russe contre la Covid-19 en Algérie se poursuit.

 

Le Dr Djamel Fourar, porte-parole du comité scientifique chargé du suivi de l’évolution de l’épidémie de coronavirus en Algérie a assuré, le 11 janvier dernier, sur les ondes de la Chaîne III que l’arrivée de ce vaccin est imminente. «C’est imminent. Ce sera probablement demain (mardi 12 janvier) ou après-demain (mercredi 13 janvier). Cela reste tributaire des actions qu’entreprend l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) avec le partenaire russe pour acquérir le vaccin. Au cours de cette intervention, le Dr Fourar a assuré que la campagne de vaccination en Algérie sera lancée dès la «réception du vaccin, qui sera gratuit». Il souligne cependant la «grande tension au niveau mondial» sur les demandes pour le vaccin contre la Covid-19.

Une grande tension qui était prévisible depuis que les Etats et les laboratoires pharmaceutiques privés se sont lancés dans la recherche d’un vaccin pouvant venir à bout de la Covid-19. Sans attendre la validation du vaccin par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou tout autre organisme ou institution, de nombreux Etats à travers le monde ont anticipé et ont passé commande auprès des laboratoires qui ont annoncés l’arrivée « imminente » sur le marché d’un vaccin anti Covid-19. C’était au mois de mai 2020 et déjà les firmes Pfizer-BioNTech et Moderna avaient enregistré des commandes fermes de millions de doses du vaccin Covid 19. Le vaccin Comirnaty (à ARNm BNT162b2) mis au point par les laboratoires Pfizer-BioNTech, a été autorisé fin décembre par l’Agence européenne des médicaments (AEM) et la Commission européenne. L’Agence américaine du médicament a été la première à autoriser le 18 décembre  la mise sur le marché du vaccin du laboratoire Moderna (à ARN messager), auquel l’Agence européenne des médicaments (EMA) a également donné son feu vert. Mercredi 30 décembre, l’agence britannique du médicament (MHRA) a donné son feu vert au vaccinAZD1222 mis au point par le laboratoire AstraZeneca en collaboration avec l’université d’Oxford.

Spoutnik V, le vaccin russe développé par le National Research Center for Epidemiology and Microbiology du ministère de la Santé russe (Centre Gamaleya) a commencé à être distribué à Moscou, dès le 5 décembre 2020. Il est administré en deux injections et repose sur une technologie à base virale. Selon un communiqué publié le 11 novembre 2020, il serait efficace à 92% et peut être conservé sous forme lyophilisée, au frigo, entre 2 et 8°C.

Le groupe chinois Sinopharm a annoncé, mercredi 30 décembre, que l’un de ses vaccins contre la Covid-19 était efficace à 79,43 %. Deux doses sont nécessaires à un minimum de 28 jours d’intervalle pour garantir l’efficacité de ce vaccin «inactivé». Il s’agit du premier pharmacien chinois à communiquer des données concernant l’efficacité d’un vaccin en préparation, mis au point à Pékin par le laboratoire CNBG. Cinq vaccins chinois sont actuellement en cours d’essais cliniques de phase 3. Le candidat-vaccin «CoronaVac» du laboratoire Sinovac Biotech est le plus avancé.

En juin 2020, la Chine administrait déjà le vaccin de la société CanSinoBIO à de nombreux militaires. Depuis, de nombreuses villes (Yiwu, Shaoxing, Ningbo, etc) ont mis à disposition le vaccin du laboratoire Sinovac Biotech dans le cadre de campagnes de vaccinations d’urgence, notamment pour les personnels soignants ou les personnes voyageant à l’étranger pour le travail. Le Royaume-Uni a été le premier pays à lancer une campagne de vaccination le 8 décembre sur recommandation de l’Agence de réglementation des médicaments britannique) : Margaret Keenan est devenue la première personne au monde (hors essais cliniques) à recevoir un vaccin autorisé contre la Covid-19. Les 27 Etats membres de l’Union européenne ont pu lancer leurs campagnes de vaccination le 27 décembre, après validation des autorités sanitaires de chaque pays.

Pendant ce temps, en Algérie, une attitude de précaution est privilégiée. «Quelques pays ont engagé la vaccination pour un nombre réduit (de leurs ressortissants). Ils sont souverains. Pour nous, ce sera lorsque le vaccin aura été qualifié et on pourra même adopter l’attitude qui consiste à attendre que d’autres pays vaccinent. C’est une attitude de précaution. Nous attendrons que le vaccin soit éprouvé, que l’OMS le préqualifie et nous assure de sa sécurité pour nous engager», avait affirmé, lors d’une de ses sorties médiatiques, le Pr Abderrahmane Benbouzid, le ministre de la Santé, avant que sous le sceau de l’urgence, l’Algérie n’annonce que le choix s’est porté sur le vaccin russe Spoutnik V et le chinois et l’arrivée «imminente»  des premières doses  de Spoutnik V.

 

De la transparence et une communication fiable !

Deux semaines plus tard, point de Spoutnik V à l’horizon ! Une arrivée qui prend l’allure d’un feuilleton à rebondissements. «Ce qui est incompréhensible, c’est cette histoire de vaccin. Personne ne sait exactement ce qui est en train de se passer», dénonce le professeur Djidjeli dans un entretien accordé à TSA. «Les pays voisins, comme le Maroc, viennent de recevoir le vaccin et vont commencer la campagne. Pourquoi ? Parce qu’ils s’y sont pris au mois de mai», signale le professeur. «Les Européens c’est la même chose. Ils ont commandé le vaccin il y a plusieurs mois. Et on vient d’apprendre que le laboratoire AstraZeneca ne peut pas fournir tout le monde, même les gens qui ont commandé il y a plusieurs mois. Par quel miracle on vient nous dire que l’Algérie va commander chez AstraZeneca ? », s’interroge le professeur Nacer Djidjli.

Nous sommes loin des déclarations rassurantes du ministre de la Santé Abderahmane Benbouzid et son collègue, Lotfi Benbahmed, ministre en charge des industrie pharmaceutiques, et autres, Fawzi Derrar, directeur de l’IPA, les collègues membres du Comité scientifiques, notamment le Dr Bekkat Berkani, président de l’Ordre des médecins, le Pr Mahyaoui, le Pr Senhadji, président de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire qui à tour de rôle venait distiller la bonne parole  pour annoncer que la vaccin Spoutnik V «arrivera courant janvier», « dans les prochains jours », « c’est une questions de jours »… «Il y a énormément de zones obscures, de silences. On n’arrive plus à savoir exactement ce qui est en train de se passer. Quand un ministre vient nous dire que tel contrat de tant de millions de doses vient d’être annulé, sans aucune explication… On n’est pas citoyens de ce pays pour ne pas avoir droit à une explication ? », s’indigne encore le professeur Djidjeli, soulignant   « qu’il faut de la transparence et une communication fiable. Qu’on ne vienne pas nous dire simplement qu’il n’y a pas, sans autre explication», tranche-t-il.

Dernières informations livrées mercredi 27 janvier 2021 par certaines chaines satellitaires privées : des avions ont décollé d’Alger pour prendre livraison des premières doses de vaccin Covid-19  commandées par l’Algérie. Sans autre précision. De la Russie ou de la Chine ? Personne ne le sait. Silence radio! Absence totale de transparence et de communication fiable, alors que les Algériens ont le droit d’être informé. Le Dr Bekkat Berkani, président de l’Ordre des médecins, avoue pour sa part, au cours de l’émission matinale  de Ech Chourouk News du mercredi 27 janvier,  que «sincèrement, je ne sais pas quand le vaccin arrivera, peut-être dans les prochaines heures». Vivement que ce ne soit encore une rumeur !

Mohand Ouarab