Artiste, virtuose de l’imzad, enseignante de tifinagh : Tanfanagh Hamidou, la fille Imohag

Tanfanagh Hamidou est une jeune artiste targuie originaire de Tamanrasset où elle vit. Cette artiste née a choisi l’art non pas comme chemin vers la notoriété mais pour l’affirmation de l’identité et la culture de ses ancêtres, les hommes libres du désert. C’est une battante qui mène un combat sans relâche pour préserver la culture et l’héritage d’Imohag.

 

Comme la majorité des filles targuies, l’artiste Tanfanagh Hamidou a baigné, depuis son jeune âge, dans la tradition et la culture millénaire de ses ancêtres. Petite, elle était obnubilée par la virtuosité avec laquelle les femmes du Hoggar manient les instruments de musique traditionnelle, l’Imzad en particulier, dont les sonorités subtiles traduisent les états d’âme, les sentiments profonds, les questionnements de la vie et ses difficultés.

En grandissant, c’est naturellement cet instrument qu’elle adoptera pour exprimer la profondeur de l’art targui ; l’imzad est, pour elle, l’outil privilégié pour relever le défi de la continuité d’une culture et d’un héritage qui ont traversé les siècles. Entre les mains de Tanfanagh, l’instrument de musique quasi-sacré des Touaregs est une source de puissance et d’amour ; il est aussi l’outil par excellence d’expression des peines, des chagrins et des douleurs ; des sentiments que tout être ressent à la perte d’un proche, quand un malheur s’abat sur sa famille… ou quand la joie baigne sa tribu.

Tanfanagh a grandi au sein d’une famille qui a fait sienne la préservation de la culture ancestrale targuie. C’est ce qui lui a fait apprécier et aimer toute chose liée à Imohag. A 30 ans, elle continue de travailler dur non seulement pour mettre en valeur et faire connaître sa culture aux autres mais aussi et surtout pour la transmettre aux générations futures.

Très cultivée, ouverte d’esprit et s’intéressant à tout ce qui se déroule dans son vaste pays, Tanfanagh s’emploie à exceller dans l’art de l’imzad, un instrument très difficile à manier, et ce, afin d’en faire profiter les plus jeunes.

Tanfanagh raconte qu’elle a entendu raconter beaucoup d’histoires ayant rapport avec la culture, le patrimoine, le mode de vie et les épopées des anciens Touaregs ; elle dit aussi qu’elle a longuement écouté les propos sur le vent de modernité qui soufflait sur le pays depuis son indépendance qui a ouvert la possibilité aux familles d’offrir une scolarité régulière à leurs enfants. Et c’est sans complexe alors qu’elle rejoindra avec d’autres filles de sa tribu les bancs de l’école. Elle se rappelle de sa première journée à l’école où elle s’y est rendue à dos de chameau avec son père.

 

Au contact des grandes artistes

Tout a commencé en l’an 2000 lorsque Tanfanagh a entendu parler d’une association d’enseignement de l’imzad dont feu son oncle, Seddik Khatali, était l’un des fondateurs. Sans hésitation, elle le rejoint  et, très studieuse, elle s’appliquera des mois durant à apprendre ce qu’elle a décrit comme son «héritage».

Au sein de l’Association «Imzad», elle entre en contact et en communion avec les icônes de cet instrument : les grandes Khawlan, Cheima et Bayat dont elle se dit très fière d’avoir connues et côtoyées. Grâce à l’association, elle connaîtra et appréciera la poésie de l’immense Assouni Ankada et de l’inimitable Nighatabou Kiass, aujourd’hui disparus. Imbus de ses nouvelles connaissances et de l’enseignement des anciens, Tanfanagh va s’accrocher davantage à son art et continuer son combat pour la valorisation de la culture targuie. Ainsi, pendant près de deux décennies, elle se consacre à l’enseignement de l’un des arts les plus importants du Hoggar.

Et parce qu’elle se considère comme l’une des continuatrices de l’œuvre de ses prédécesseurs, Tanfanagh est entrée de plain-pied dans le monde de la poésie en rédigeant pas moins de 15 poèmes en tamashek d’une très haute facture littéraire.

Cette nouvelle passion l’a qualifiée pour être l’une des cadres de l’Association «Maison de la Poésie» de Tamanrasset et de participer au festival international de la poésie en Suisse ; elle représente également avec fierté la femme touareg dans des manifestations liées à la Journée internationale de la femme.

Et ce n’est pas tout : la jeune poétesse se consacre actuellement à l’étude du Tifinagh, sous la direction du Pr Mohammed Hamza, qui lui apprend à traduire et écrire dans cette langue ancestrale, ce qui lui a accentué son amour pour le patrimoine.

Tanfanagh reconnait, cependant, que son amour immodéré de l’imzad et de la culture touarègue lui vient de sa propre mère, véritable gardienne de la tradition, qui lui a appris -et qui lui apprend encore- bien des légendes sur la vie des Touaregs dans les vastes contrées de l’Ahaggar.

Tahar Karzika