Covid-19, confinement, couvre-feu, manque de moyens… : Sport et détente en stand by !

Vendredi, 18 décembre 2020. A la fin du journal télévisé du 20 heures, un présentateur annonce les résultats de la quatrième journée du championnat d’Algérie de football. Il commente en même temps des images de tous les matchs qui ont eu lieu la veille ou le jour même, sur des vidéos qui montrent des joueurs qui courent derrière le ballon devant des tribunes vides.

 

Cette quatrième journée est passée inaperçue comme les précédentes d’ailleurs. Même quand ils sont à la maison, les fans de la balle ronde ne suivent pas les rencontres pourtant retransmises par la télévision publique. «Voir un match, seul devant son écran ce n’est pas intéressant. Je préfère être avec mes amis et surtout ceux qui supportent l’équipe adverse, pour justement les taquiner», dit un quinquagénaire qui est un fan du Mouloudia d’Alger. Son ami, un usmiste pure jus,  intervient : «C’est plutôt le contraire qui se produit ces dernières années. Nous autres Usmistes avons une équipe très forte qui bat toutes les autres. Vous avez de la chance avec cette épidémie, nous ne nous rencontrons plus au café du quartier pour vous taquiner à chaque fois que le Mouloudia perd».

Ces échanges de piques entre deux «frères ennemis» sont toujours «d’actualité», mais avec une moindre intensité. « C’est dans les stades que les échanges sont acerbes entre les équipes », dit un septuagénaire qui continue à aller au Stade pour  supporter le premier Club  musulman en Algérie. « Quand mon père m’emmenait au stade au début des années 50 du siècle dernier, je n’avais pas encore dix ans. On supportait tous le Mouloudia, le club jouait chaque semaine une véritable rencontre internationale car c’était contre les équipes des colons», ajoute-t-il. Il est toujours un fan de football, quand bien même le niveau a baissé selon lui.

Le football est la raison de vivre de milliers d’Algériens, mais depuis l’apparition de l’épidémie du Covid 19, ils sont obligés de se contenter de suivre les rencontres importantes à la télévision. « Quand l’Equipe nationale joue un match, le stade où elle est évolue est toujours envahi par des dizaines de milliers de supporteurs. L’Algérie s’est qualifiée à la phase finale de la prochaine coupe d’Afrique des nations sans que cela ait suscité de liesse populaire », se plaint un inconditionnel de l’Equipe nationale. Il ajoute : « la FIFA a décidé que toutes les rencontres se déroulent sans spectateurs. C’est normal qu’une telle décision ait été prise, nous sommes en pleine période de Covid 19 ».

Les jeunes n’ont plus la possibilité de «décortiquer» les matchs, qu’ils soient locaux ou étrangers. C’est ainsi qu’ils meublaient leur temps avant la pandémie. «En Algérie, seul le football fédère les jeunes qui n’ont pas où aller après les cours ou le travail. Ils passent alors leur temps «parler football», dit un professeur d’éducation physique dans un lycée d’Alger.

 

Les salles de sports au ralenti 

Les amateurs des activités sportives éprouvent beaucoup de difficultés pour d’adonner à leur hobby. Fermées durant six mois, confinement oblige, les salles de sports ont ouvert de nouveau. Les propriétaires de ces espaces de loisirs ont souffert lors du confinement.  «J’ai passé les six mois les plus difficiles de ma vie durant le confinement. Durant toute cette période je n’ai fait que dépenser, sans avoir la moindre rentrée d’argent», dit la gérante d’une importante salle de sports pour femmes à Alger- centre. «Maintenant on a repris, mais cette reprise n’est pas  de tout repos. On est obligé de faire respecter les mesures barrières, mettre à la disposition de nos adhérents des masques et des produits hydro-alcooliques. On achète les masques et les gels et ce n’est pas donné, croyez-moi », dit le patron d’une salle de culturisme à Bab EL oued.

Par ailleurs, les salles sont tenues de n’accepter  que la moitié des adhérents à chaque séance.  Un jeune homme qui a investit dans une salle moderne à Boufarik et qui  comptait amortir son investissement en 5 ans, revoit ses ambitions à la baisse. «J’ai commencé mes activités en 2018 et cela a très bien marché jusqu’au 15 mars 2020. Après six mois de chômage, j’ai rouvert, mais je ne réalise depuis que 40% du chiffre d’affaires que je faisais en 2018», regrette-t-il. Pour maintenir leurs salles en activité, ceux qui s’y sont invèstis  espèrent un geste de la part des autorités publiques. «Le Ministère du commerce doit prendre en considération notre situation et étudier notre demande d’exonération d’impôt pour l’exercice actuel », dit une jeune fille qui gère une salle de fitness à Chéraga.

Les pratiquants des sports en salle espèrent pour leur part une reprise des activités dans les prochaines semaines. Ils craignent avant tout des problèmes de santé car ils on cessé l’exercice physique de manière brutale. «La pratique du sport est une affaire sérieuse. Personnellement je suis suivie pas un médecin du sport. Depuis que j’ai arrêté la nage à la piscine du Complexe Mohamed Boudiaf au complexe du 5 Juillet, j’ai pris du poids. Je fais ce que je peux chez moi, mais ce n’est pas suffisant», dit une femme au foyer qui entretien son physique et sa santé. Un neurochirurgien amateur de la nage est lui aussi dans l’expectative : « La nage est pour moi  un remède antistress. Cela m’aide énormément dans l’exercice de mon métier qui exige une minutie et une attention particulières lors des interventions chirurgicales. Heureusement que pour le moment, les interventions sont rares pour cause d’épidémie».

Il faut dire que le sport n’est plus une activité de loisir, surtout pour les habitants des grandes villes. Les citadins, de plus en plus sédentaires, sont très souvent guettés par le manque d’activité physique. Ils cherchent à compenser en faisant du sport», dit Karim Mostefaoui, un cardiologue d’Alger. Et ce sont les salles de sports en milieu urbain qui assurent une sorte de service publique pour les citadines et les citadins confrontés au stress de la vie moderne.

 

Les «amateurs» découragés

Côté vie des clubs sportifs amateurs, les dirigeants font face à de très nombreuses difficultés. Il y a bien sûr un protocole sanitaire qui a été mis au point pour assurer dans un premier temps la reprise des  entraînements et le Centre national de la médecine du sport (CNMS) et le ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS), ont élaboré un document recensant  les conditions nécessaires à réunir pour la relance des activités du sport amateur. Il s’agit d’ailleurs des mêmes exigences que celles recommandées pour le championnat professionnel de football.  Les concepteurs du protocole, tous médecins, ont mis l’accent sur la préservation des athlètes. Les clubs professionnels ont les moyens financiers et matériels pour faire respecter les mesures barrières et même s’ils traversent une période de crise, ils peuvent encore profiter d’une aisance financière, car ils ont encore un important reliquat : les dépenses n’étaient pas importantes durant l’exercice écoulé.

Les clubs amateurs, eux, vivent au jour le jour. Ils reçoivent des subventions des Directions de la jeunesse et des sports et ils peuvent aussi compter sur les subsides  accordés par les assemblées communales ou de wilayas. De temps à autres, de généreux donateurs mettent la main à la poche et aident les clubs qui se distinguent par leurs résultats. «Nous survivons avec les moyens dont nous disposons. Nous sommes toujours à la recherche de subventions et d’aides financières pour boucler  la saison. Cette année, nous n’avons pas encore repris les entrainements car pour respecter le protocole sanitaire, nous devons réaliser des tests Covid 9 plusieurs fois par semaine», dit le président d’un club amateur de football. Le protocole stipule que tous les athlètes et les entraineurs doivent faire le test PCR avant la reprise des entraînements, avant tout stage de regroupement et 72 heures avant les matchs. «Nous avons plus de 90 athlètes et il faut aussi prendre en considération les élèves de l’école de football. Chaque test coûte 1500 dinars. Un petit calcule, nous mène à 20 millions de centimes pas semaine. On ne les a pas et on a tout arrêté», conclut-il.

Si les clubs de football sont dans une telle « mouise », que dire alors de ceux où l’on pratique   des  disciplines qu’on pourrait qualifier de «peu populaires», comme les clubs de basketball, de handball, de natation, de gymnastique ou de jeux d’échecs ? «On ne peut ni s’entraîner, ni prendre part à un match officiel. Les caisses du club sont vides et les joueurs sont découragés et complètement démobilisés», dit le président d’un petit club de Basketball. Pour maintenir « la flamme », les les joueurs  organisent des rencontres amicales entre eux, entre amis, pour ne pas prendre du poids, pour attendre des jours meilleurs…

Saïd Ibrahim