Animaux : Le repos n’est pas le propre de l’Homme

Les animaux dorment-ils ? De l’éléphant au ver de terre, il est probable que toutes les espèces animales présentent des phases de sommeil.

 

Cela semble sans doute évident lorsqu’on regarde un chat ou un chien en train de dormir. Peut-être un peu moins si on pense à un oiseau, à un lézard. Et que dire d’un ver de terre ou d’une coccinelle ? «C’est un sujet de recherche relativement récent, en retard par rapport à d’autres domaines de la biologie», estime Philippe Mourrain. Ce professeur de psychiatrie et sciences comportementales à l’université de Stanford, aux États-Unis, étudie le sommeil à travers deux espèces animales, la souris et le poisson-zèbre. «Ce domaine a longtemps souffert d’une vision anthropomorphique, issue de notre compréhension du sommeil fondée sur l’enregistrement de l’activité cérébrale chez l’homme. Or il est aussi possible de se baser sur une définition plus comportementale, physiologique», commente le chercheur.

Trois critères centraux semblent faire l’unanimité pour parler alors de sommeil : une réduction drastique de l’activité musculaire, des réactions plus lentes – voire absentes – à un stimulus externe (bruit, mouvement…), et, surtout, une homéostasie. Autrement dit, lorsqu’on empêche un animal de dormir, celui-ci doit compenser plus tard avec une phase de repos plus longue et plus profonde.

Forts de cette définition comportementale, les chercheurs ont pu observer le sommeil chez un grand nombre d’espèces : des mammifères, bien sûr, mais aussi des poissons, des reptiles, des insectes… Jusqu’à des organismes beaucoup plus éloignés de l’être humain dans l’arbre du vivant. Caenorhabditis elegans, un ver tout juste long d’un millimètre, présente ainsi des phases de léthargie durant lesquelles il répond moins bien aux stimulations extérieures… et encore plus faiblement si son précédent temps de repos a été perturbé. Plus récemment, en 2017, ces trois mêmes critères ont été observés chez une méduse du genre Cassiopea, un organisme pourtant dépourvu de cerveau… et de système nerveux central.

Pour nombre de chercheurs, il y a fort à parier que toutes les espèces animales présentent des phases de repos. Il arrive que des études ne trouvent pas de traces de sommeil chez telle ou telle espèce, mais il s’agit souvent d’animaux complexes à étudier; cela ne signifie pas pour autant qu’ils ne dorment pas. En réalité, il est souvent malaisé de dire si un animal est simplement immobile ou s’il est en plein sommeil ! Les scientifiques développent de nouveaux outils destinés à étudier le repos chez des espèces qu’il est d’ordinaire difficile de suivre dans la nature. Oneiros, un appareil de la taille d’un morceau de sucre que l’on peut fixer sur un animal, permet ainsi de mesurer jusqu’à 26 paramètres liés au sommeil : activité cérébrale, mouvement des yeux, température corporelle… Plusieurs études en cours utilisent actuellement cet outil pour «filer» diverses espèces dans leur milieu naturel.

Proies et prédateurs

Chez les mammifères, dont le sommeil est plus facilement mesurable, plusieurs études ont déjà relevé des corrélations entre la durée du sommeil et divers facteurs, comme la taille et le régime alimentaire. Les espèces plus imposantes semblent ainsi dormir assez peu : moins de 5 heures par jour pour l’éléphant, le cheval et la girafe, contre généralement 10 à 20 heures pour les petits rongeurs et les chauves-souris.

Par ailleurs, à taille équivalente, les proies paraissent avoir un sommeil plus bref que celui de leurs prédateurs, ces derniers pouvant profiter de grandes plages de repos sans craindre pour leur vie. «Ces corrélations souffrent pourtant de contre-exemples, et il est toujours possible de trouver d’autres explications. Par exemple, les espèces de petite taille ont peut-être tout simplement besoin de se nourrir plus souvent, avec alors un sommeil plus fragmenté et donc globalement plus long», tempèrent les chercheurs.

Parallèlement aux études sur la durée du sommeil, un autre domaine de la recherche connaît aujourd’hui de nombreux rebondissements : le sommeil paradoxal. Selon des scientifiques, l’intérêt grandissant que suscite cette question n’est pas forcément mérité : «Les gens s’y intéressent beaucoup car c’est une phase que l’on associe aux rêves. En réalité, il s’agit peut-être de la partie la moins importante pour la physiologie du sommeil. Scientifiquement, toutes les fonctions démontrées du sommeil sont liées au sommeil à ondes lentes, non au sommeil paradoxal, qui n’est peut-être qu’une phase de transition avant l’éveil».