Barrages, stations de dessalement et économie d’eau : La « bataille » de l’eau !

La pluie est enfin là et d’importantes précipitations ont été enregistrées au début du mois de décembre. Ces pluies, toujours salutaires, ont encouragé les fellahs à se mettre au travail. Les citoyens sont eux-aussi ravis, car les coupures d’eau commencent à les inquiéter. 

 

Ainsi, le spectre de la sécheresse s’estampe petit à petit. Certes le problème de la disponibilité de l’eau n’est pas encore réglé, mais les prémices d’une solution durable sont là, même si les pluies, qui sont tombées avec abondance, restent insuffisantes.

« Le niveau des barrages est en nette hausse grâce aux dernières précipitations enregistrées à travers différentes régions du pays», a révélé le ministre des Ressources en eau, Arezki Baraki lors d’un point de presse improvisé en marge des travaux de l’Assemblée Populaire Nationale (APN) tenus le  jeudi 3 décembre 2020. Le ministre s’est montré optimiste  en rappelant  que les barrages continueront à recevoir de grandes quantités d’eau d’ici au mois de mars prochain.

  1. Baraki s’est montré par ailleurs rassurant : «Nous avons mis au point une stratégie et des programmes ordinaires et d’urgence pour la prise en charge des besoins de la population en eau potable et l’alimentation des différents secteurs (agriculture, industrie et services) en ressources en eau».

Il faut dire que la baisse de la pluviométrie que vient de traverser le pays a eu un effet négatif sur l’approvisionnement en eau des foyers, de l’industrie et de  l’agriculture. Des céréaliers n’ont pas emblavé leurs champs cette année et perdront ainsi une saison entière.  Dans les wilayas proches de la côte; les céréaliers pourront pour leur part semer même au mois de décembre. «Les régions proches de la mer ont un taux d’humidité important. Par ailleurs, dans le nord du pays, le climat est tempéré. On peut emblaver en décembre et moissonner à la fin du mois de juin», dit un ingénieur en agriculture.

La baisse du niveau des barrages n’est pas pour réjouir, mais, pour les ingénieurs, c’est une occasion à saisir pour les nettoyer. «Quand le niveau des barrages baisse, il faut saisir cette occasion  pour les curer. Ça coûte moins cher de nettoyer un barrage quand il est vide », dit un ingénieur en hydraulique. Les ouvrages hydrauliques sont nombreux en Algérie et leur entretien est important. Justement pour les curer, le gouvernement avait lancé une entreprise chargée de produire le matériel nécessaire à l’entretien des ouvrages hydrauliques. C’est en effet l’entreprise  nationale des équipements industriels qui fabriquera  ses équipements. « En nettoyant les barrages on augmentera leurs capacités», ajoute l’ingénieur en hydraulique.

 

Gestions parcimonieuse de l’eau

Le spectre de la sécheresse a souvent plané sur le pays, faisant même craindre le pire aux responsables des Ressources en eau. Des mesures draconiennes ont été prises par  les sociétés  distribution de l’eau. Les coupures son devenues quotidiennes, sans pour autant priver complètement d’eau les citoyens. «Tous les soirs à 21 heures, l’eau ne coule plus dans les robinets. Au réveil, pourtant, le précieux liquide est disponible. De telles coupures ne me dérangent pas», dit une mère de famille qui habite au centre ville de Saoula, une commune de la proche banlieue d’Alger. Certes, revenir au « stockage » d’antan est contraignant, mais, les gens disent avoir « pris le pli » et s’être préparé à faire face à la situation. A Alger, les coupures d’eau concernent tous les quartiers de la capitale de manière équitable.

Pour parer aux effets d’une possible sécheresse, les responsables des Ressources en eau ont mis au point un plan d’urgence qui consiste notamment à gérer les quantités d’eau en réserve de manière parcimonieuse. C’est ainsi que la consommation humaine a été privilégiée. « L’Algérie va se doter de nouvelles installations de dessalement d’eau de mer. Il n’est plus question de revenir aux coupures d’eau régulière», explique un responsable de la SEAAL. Il évoque aussi l’interconnexion de tous les barrages algériens : «Tous les barrages sont reliés. Ainsi nous pouvons transférer l’eau d’un barrage à un autre».

 

Barrages et dessalement de l’eau de mer.

La disponibilité de l’eau en Algérie est un vrai casse-tête pour les pouvoirs publics. Située au Sud de la Mer Méditerranée, l’Algérie a toujours connu une détresse hydrique. Depuis la nuit des temps, l’Algérien a fait avec un manque d’eau plus ou moins important. Dans la mémoire collective est inscrite une règle climatique : le pays connait une sécheresse tous les 10 ans et les anciens  prenaient  en compte ce phénomène décennal. Devenus experts dans la céréaliculture, les  habitants de l’Afrique du Nord, ont su tirer profit de la nature et de ses caprices. Chaque année, ils faisaient des provisions pour tenir deux ans. Les sécheresses étaient alors cycliques et ne duraient pas longtemps.

Les années 80 du siècle dernier ont été marquées par une longue et grave sécheresse. Le déficit en pluviométrie avait accentué une grave crise  économique  induite par la baisse des prix du pétrole en 1986. Les autorités ont alors pris plusieurs mesures pour lutter contre ce phénomène et de grands projets ont été ainsi lancés car l’Algérie enregistrait un manque flagrant en  barrages. Depuis, les choses se sont nettement améliorées. Ainsi, en 2020, plus de 105 ouvrages sont exploités en attendant la réalisation de 34 autres d’ici 2030.  « En plus de la réalisation de tous ces barrages, les services techniques du ministère des Ressources en eau ont tenu à interconnecter tous les ouvrages. Quand un barrage est rempli, on peut transférer son excédent vers un autre ouvrage», explique Ali Slimani un ingénieur en hydraulique.

Mais même avec plus de 100 barrages, il arrive que l’Algérie traverse une période de détresse hydrique. L’expérience a démontré que les barrages seuls n’arriveront jamais à assurer un approvisionnement suffisant pour les besoins des foyers, de l’agriculture et de l’industrie. Au début des années 2000, les pouvoirs publics ont donc opté pour le dessalement de l’eau de mer, même si celle-ci est une technologie complexe et onéreuse. «Le dessalement de l’eau de mer permet de palier au manque d’eau en temps de sécheresse», dit Akila Bouzid, une biologiste spécialiste dans le traitement de l’eau.

Pour le moment, il y a vingt-et-une stations de dessalement réparties sur les 14 wilayas côtières.  Le grand projet «Mostaganem, Oran et Arzew» (MAO) qui dessert les wilayas de l’ouest a nécessité pas moins de 6 stations de dessalement (5 à Oran Et une à Mostaganem). Dès son inauguration, les habitants de l’Ouest ont constaté un changement radical concernant l’alimentation en eau. «Nous ne manquons plus d’eau comme par le passé. Il arrive qu’il y ait des coupures, mais elles sont supportables», dit un habitant de la commune d’Ain Turk.

Pour le moment, les 21 stations produisent 17% de la consommation nationale en eau. D’autres projets sont à l’étude et devront à terme  renforcer les ressources en eau en Algérie. Les pouvoirs publics exploitent toutes les opportunités pour mettre l’eau à la disposition de tous les citoyens, qui sont  invités à leur  tour à œuvrer pour préserves cette précieuse ressource.

Djafar Amrane