Les citoyens face à la pandémie, le confinement, la baisse des revenus… : « Les temps sont durs ! »

Depuis le début du confinement, le 13 mars 2020, nombre de commerces connaissent un phénomène nouveau : la mévente. Pourtant, «l’Algérien est un client qui n’est pas près de ses sous en général. Plus il a de moyens financiers, plus il dépense», dit un vendeur de produits électroménager à Birkhadem.

 

Ce commerçant qui a ouvert en 1975 a toujours bien gagné sa vie, surtout que son magasin est bien situé à Birkhadem. Mais depuis le 13 mars dernier, les affaires vont moins bien. Et son cas n’est pas isolé, tous le monde semble logé à la même enseigne. Les secteurs de l’habillement, de la chaussure, du linge de maison, le produit électroménager et les services sont pratiquement paralysés. Hormis pour le secteur des produits alimentaires, le chiffre d’affaires des commerçants de nombre de commerces a « ressenti le coup » ! Et cela se répercute sur les achats des commerçants auprès des grossistes. Autant dire que «toute la chaîne est grippée».

Les salariés ne sont pas dans une meilleure situation avec la baisse de leur pourvoir d’achat. Avec  toutes les restrictions, il devient de plus en plus difficile de régler dans les temps les factures d’électricité, de l’eau, de gaz et de téléphonie. Surtout que nombre de citoyens trouvent que ces factures sont de plus en plus élevées. En fait, il s’agit d’un phénomène induit par le confinement. «Comme les gens restent chez-eux, ils ont tendance à rester plus longtemps devant les écrans de télévision et d’ordinateurs. Les femmes lavent  leur linge plus souvent. C’est pour cela que les factures paraissent salées», explique Salah Rachedi un spécialiste en économie d’énergie. Il ajoute : « Les premiers kilowatts d’électricité et les premiers mètres cubes d’eau et de gaz sont facturés à des prix préférentiels. Quand les consommateurs dépassent ces seuils, ils doivent payer leurs consommations avec une majoration de 50% ». Par ailleurs, les consommateurs dépensent plus quand ils ne travaillent pas, c’est un phénomène connu des économistes.

 

Les produits alimentaires plus chers

Il n’en reste pas moins qu’après une longue accalmie, les consommateurs découvrent une hausse soudaine des prix des produits alimentaires. En effet, ces derniers temps, les prix affichés dans les magasins de détail  reflètent le mercantilisme des commerçants qui veulent gagner toujours plus. Ce sont les légumes secs qui sont touchés par cette fièvre spéculative. Très consommés en hiver pour leurs valeurs nutritives et surtout leurs prix abordables, les légumes secs coûtent désormais plus chers. Les haricots blancs sont proposés entre 250 et 300 dinars le kilogramme. Les lentilles valent entre 220 et 280 dinars le kilogramme. Les pois cassés très appréciés par les consommateurs sont pour leur part proposés entre 220 et 260 dinars. Une hausse allant de 20 à 80 dinars a été appliquée à cette catégorie de produits. Le prix du café a connu aussi une hausse importante, elle est située entre 50 et 70 dinars pour un paquet de 250 grammes, soit 200 dinars par kilogramme en moyenne. L’huile n’est pas épargnée aussi. Son prix a connu une augmentation allant de 50 à 100 dinars pour chaque bidon de 5 litres. Le lait en poudre, les confitures, le chocolat, le beurre, la margarine et les fromages sont désormais alignés sur des prix boostés par la spéculation.

Ainsi, en ces temps d’épidémie, les budgets des familles sont mis à rude épreuve. Les factures sont nombreuses, souvent « salées », et les dépenses multiples.

Les commerçants justifient ces augmentations par la hausse des prix chez les grossistes. «Je ne vais pas travailler à perte. Quand les prix augmentent, je dois suivre le mouvement pour faire du bénéfice.  Les grossistes ont augmenté les prix depuis le mois d’octobre dernier. J’ai continué à écouler mes stocks avec les anciens prix, mais maintenant je travaille avec mes dernières commandes dont les prix ont augmenté», dit le gérant d’une superette à Birkhadem.

Le Président de la fédération nationale des grossistes en alimentation, Saïd Kebïli estime pour sa  part que «de nombreux détaillants utilisent Facebook pour créer la panique avant d’augmenter les prix». Il se demande même pourquoi les prix des produits alimentaires locaux ont augmenté alors que les fabricants n’arrivent pas à écouler les énormes stocks qu’ils ont.  Les réseaux sociaux sont en effet exploités par des spéculateurs. Ils lancent de fausses nouvelles sur de prétendues pénuries pour pousser les consommateurs à réagir en achetant massivement. Les consommateurs souhaitent l’intervention des pouvoirs publics pour mettre un terme à la spéculation.

 

Quand l’argent vient à manquer… 

Les temps sont donc difficiles pour tout le monde et la vie se complique, car les dépenses se multiplient et les rentrées d’argent se raréfient. Les commerçants sont les premiers  à subir les effets de cette crise, les clients se faisant rares à cause, pour eux aussi, de revenus insuffisants. Les gens se limitent à l’essentiel. Par exemple, «les clients n’achètent plus les fruits comme par le passé. Il m’arrivait d’écouler une tonne de Clémentine en une seule journée. Cette année, quand j’arrive à vendre 100 kilogrammes, je m’estime heureux», dit un vendeur de fruits au marché de Birkhadem qui est pourtant un espace de vente très renommé.

La gestion des budgets des foyers n’est pas chose aisée en cette période de vaches maigres. Pour boucler les fins de mois, les parents sont obligés d’opter pour une «économie de guerre». Il faut en effet arriver à bien « hiérarchiser» les dépenses et se limiter à l’indispensables. « Nous nous passons de beaucoup de choses, comme la viande et les desserts. Nous consommons des pâtes et des légumes secs. Nous devons en même temps faire des économies car nous ne savons pas de quoi sera fait demain», dit une mère de famille. Elle précise : «Toutes les économies sont bonnes à faire. Par exemple, pour diminuer  la facture d’électricité, je lave le linge la nuit quand l’énergie est moins chère. Nous faisons attention à notre consommation d’eau aussi ».

Les familles où il ya des malades touchés par la Covid 19 sont confrontées à des situations délicates. Les services des urgences sont très sollicités. Les consultants doivent faire les analyses et passer le scanner dans les cliniques privées où les prix pratiqués sont hors de portée des petites bourses. « Le scanner à lui seul coûte 8000 dinars. Les analyses ne sont pas  données aussi, il faut compter au moins 5000 dinars. Il faut plusieurs analyses dont le test Covid 19 », explique une dame dont le mari et ses deux enfants on été touchés par le coronavirus.

Et pour faire face aux différentes et multiples dépenses, des parents sont obligés de contracter des dettes. « Mes deux garçons ont été touchés par la Covid 19. Pour les soigner j’ai dû débourser plus de 8 millions de centimes alors que je n’ai qu’une pension de retraite de 20 000 dinars par mois. J’ai emprunté de l’argent auprès de mes voisins et je ne sais pas comment je vais faire faire pour les rembourser», dit un travailleurs dans le secteur privé.

Dans certaines familles, les femmes ont été obligées de vendre des bijoux pour faire face aux dépenses imprévues. «Mon mari gère une petite imprimerie et il ne travaille plus depuis 5 mois. J’ai vendu deux bracelets et une chaine en or et je lui ’ai donné l’argent, sans lui révéler ce que j’ai fait», dit une épouse qui n’a pas supporté de voir son mari sans le sou.

En attendant des jours meilleurs, chacun fait face aux difficultés «comme il le peut».

Djafar Amrane.