Limitation de l’activité commerciale : Temps moroses pour les commerçants

Les vendredis passent et se ressemblent pour les Algériens.  Cette journée sacrée a toujours été dédiée aux emplettes, à la prière et aux visites familiales. Mais depuis le 15 mars dernier, le vendredi est devenue une journée «comme les autres».   La capitale n’est plus ce quelle était depuis le début du confinement. Beaucoup de magasins sont fermés et les clients se font rares car les déplacements inter-wilayas sont limités.

 

On a l’impression que le nombre de ces habitants a sensiblement baissé. Des commerçants disent que c’est le résultat des 24 opérations de relogement qui ont été réalisées. « La vie est plus active aujourd’hui dans les communes de banlieue où ont été construites des centaines de cités. Le commerce est plus florissant là-bas», explique un vendeur de vêtements à Bab El Oued.

Mais, contrairement à ce que pensent les commerçants d’Alger-centre, les affaires ne sont pas plus florissantes lesdites communes de banlieue. Les gérants des magasins se plaignent eux-aussi  de la mévente. « Les clients se font rares et sont devenus très exigeants. Les clients ont l’embarras du choix pour ce qui concerne les produits alimentaires. Ils vont là où les prix sont les plus alléchants», dit le propriétaire d’une superette à Birkhadem.

Pour pouvoir vendre, les commerçants s’alignent sur les prix les plus bas et certains ne s’en sortent pas. «Les propriétaires des magasins situés sur les artères animées peuvent baisser les prix. Ils se rattrapent sur la quantité de produits vendus. Moi, suis dans un quartier calme, je suis obligé de pratiquer des prix légèrement  tirés vers le haut. Les clients sont véhiculés, alors ils vont en ville pour acheter moins cher », dit un vendeur de fruits et légumes à Ouled Belhadj, un quartier excentré de la commune de Saoula.

L’épidémie du Covid 19 a changé les habitudes des algériens qui ne consacrent plus le vendredi aux emplettes. Les commerçants sont désorientés et ne savent pas quand achalander leurs magasins. « Je suis vendeur dans ce marché depuis 1976. J’ai toujours réalisé de bons chiffres d’affaires les vendredis. Cette année, les clients viennent tous les jours et désertent le marché les vendredis », dit le vendeur de pomme de terre au marché  communal de Bab El Oued. « Il ajoute : «  Les gens évitent de se regrouper pour se prémunir du coronavirus ».

 

Les magasins de vêtements et de chaussures sont vides 

Les Algériens éprouvent désormais des difficultés pour se vêtir. L’épidémie du Covid 19 a pratiquent paralysé le commerce de l’habillement. Les importations ne sont plus assurées et les rares ateliers de confection sont à l’arrêt faute de tissus et de fil. Les clients sont nombreux à la recherche de vêtements pour enfants. Ces derniers  sont obligés de porter ce qu’il y-a sur le marché. « Les enfants de moins de 16 ans ne sont pas autorisés à entrer dans les boutiques. Ce sont leurs parents qui choisissent les vêtements.  Les enfants sont portés sur le habits à la mode qui coûtent évidemment plus chers », dit le gérant d’un magasin de vêtements pour enfants à Douéra. Les parents ne sont pas pour autant satisfaits de cette situation.  «Non, cette situation ne m’arrange guère. Les enfants d’aujourd’hui sont très exigeants. Comme ils ne viennent pas avec moi, je suis obligée souvent d’échanger les habits que je leur achète. Je reconnais que les filles sont insupportables. Elles ne veulent que les vêtements de marque», dit une maman de 5 enfants que nous avons croisée dans un grand magasin de vêtements à la rue Bab Azzoun à Alger.

Les parents se plaignent, car ils doivent passer dans plusieurs boutiques pour trouver ce qui convient pour leurs enfants. « Les enfants grandissent et grossissent. Je suis obligé de profiter de ma pause déjeuner pour  trouver des habits à leurs tailles et croyez moi que ce n’est pas facile actuellement », dit cette fois un père qui : « En a marre de chercher où trouver les effets vestimentaires qui iront aux enfants ». Les vendeurs ne sont pas satisfaits eux-aussi de la situation. «Nos magasins ne sont pas bien achalandés. Nous passons la majorité de temps à remballer les vêtements que les clients échangent car ils n’ont pas convenus à leurs enfants » », se plaint un vendeur d’habits pour enfants à la rue Larbi Ben M’Hidi.  Ce dernier interlocuteur regrette que les adultes ne viennent que rarement pour acheter des vêtements pour eux-mêmes :« Les rayons femmes et hommes  ne sont que rarement visités. Les adultes se contentent d’habiller leurs enfants ».

Les marchants de chaussures ruent eux-aussi dans les brancards. Les fabricants de chaussures sont si rares qu’ils n’arrivent pas à satisfaire les importantes demandes. Comme les importations sont suspendues pour cause de pandémie, cela se répercute de manière négative sur les détaillants et les grossistes. « Les chaussures pour enfant sont très demandées, mais nous n’avons pas quoi proposer à nos clients. Comme vous le constatez, je n’ai exposé que des chaussures de sport. Je n’ai aucune paire de chaussure de ville », se plaint un vendeur de chaussures à la Place du 1er mai à Alger. Cette fois aussi, ce sont les parents qui se chargent de la corvée d’achat de chaussures pour leurs enfants. « Je ne trouve plus les chaussures que préfèrent mes enfants. Quand je leur en achète, ils boudent et refusent de les porter », dit un père de famille.

En attendant des jours meilleurs, les commerçants et les clients doivent prendre leur mal en patience.

 

Les consommables de la  bureautique introuvables

 Des commerçants spécialisés dans la vente des produits d’informatique  ont été carrément obligés de fermer leurs magasins. « Pourquoi, voulez-vous que je continue à ouvrir mon magasin ? Je n’ai rien à vendre. En ouvrant je ne gagne rien, par contre j’augmente mes charges », dit un vendeur de produits de bureautique. Le gérant d’un autre magasin a ouvert mais pour assurer le service de réparation.

« Les ventes sont nulles. Je gagne ma vie en réparant les ordinateurs et  les imprimantes. J’ai plus de travail que d’habitude car les clients ne trouvent pas de produits neufs, alors ils réparent leurs vieilles machines. Je gagne de quoi vivre certes, mais je réalise des bénéfices plus  conséquent quand je vends des produits neufs », dit le gérant d’un grand magasin de produits d’informatique à la rue Hassiba Ben Bouali à Alger.

Les vendeurs d’ordinateurs sont très nombreux à la rue Asselah Hocine. Cette artère située en plein centre de la capitale est la destination de tous les Algérois en quête d’un ordinateur, d’une imprimante ou d’un écran. Ils sont sûrs de trouver ce qu’ils cherchent. Depuis le mois de septembre 2020, une crise frappe de plein fouet ce secteur. Les clients sont très nombreux, mais les vendeurs n’ont pas grand chose à leur proposer. «Je vends le stock qui me reste. Je propose aux clients des ordinateurs de marque. Je montais moi-même des ordinateurs performants que je cédais à des prix avantageux. La pièce de rechange est rare, alors j’ai cessé de monter des ordinateurs. Je répare les machines tombées en panne quand je leur trouve les pièces nécessaires», dit un technicien qui travail dans un magasin de matériels informatiques.

La crise s’est réellement installée, alors  des vendeurs ont trouvé des astuces pour gagner un peu d’argent. Comme les importations sont au point-mort, les cartouches d’encre pour imprimantes sont indisponibles. C’est là qu’intervient le génie de certains informaticiens : ils ont trouvé le moyen de remplir d’encre les cartouches à usage unique. « J’ai trouvé une astuce pour remplir pratiquement toutes sortes de cartouches d’encre pour imprimante. Il m’arrive de bien gagner ma vie. Ces cartouches neuves coûtent parfois plus de 6000 dinars. Je les remplis à 1000 dinars. Le client réalise des économies et moi gagne de quoi tenir le coup », dit- un jeune homme. La vingtaine à peine entamée, ce jeune homme  arrive à régler pleins de problèmes en recourant au système D.  Il adapte aussi des pièces de rechange sur des ordinateurs de marque. « Les grandes marques utilisent des pièces de qualité certes, mais elles coutent très chères. En cette période de crise, j’utilise les pièces à bon marché pour faire redémarrer ces ordinateurs », ajoute notre interlocuteur.

Djafar Amrane