Lutte contre le cancer en Algérie : Beaucoup reste à faire

Comme chaque année, en ce mois d’octobre, de nombreuses associations organisent des activités dans le cadre de la lutte contre le cancer du sein. Cette pathologie continue de faire de plus en plus de victimes an Algérie.  

 

Les cancers de la femme sont délicats, car ils concernent souvent des mamans qui ont des enfants en bas âge. « Sauver une maman c’est aussi permettre à des enfants de vivre pleinement leur vie auprès de leurs deux parents», dit Ali Sahbi, un spécialiste en oncologie. Selon des estimations fiables, chaque année, l’Algérie enregistre 10 000 nouveaux cas de cancer du sein. Il s’agit d’une importante incidence qui fait de cette maladie un véritable problème de santé publique qu’il fa         ut prendre en charge. Le traitement d’un  seul cas de cancer nécessite plus de 20 millions de dinars : les  drogues de chimiothérapie, les séances de radiothérapie et les interventions chirurgicales sont très onéreuses. L’Algérie a fait de grands efforts pour la prise en charge des personnes atteintes du cancer et plusieurs centres dédiés à la lutte contre cette pathologie ont été ouverts au nord et au centre du pays. Mais malgré tous ces efforts, beaucoup reste encore à faire.

En effet, les malades ne cessent de rappeler les conditions peu confortables dans lesquelles elles sont prises en charge. Elles se plaignent entre autres des délais pour avoir un rendez-vous de consultation. «Il y a aujourd’hui des scanners dans presque toutes les villes et le diagnostic est posé rapidement. Mais il faut ensuite trouver une place dans un établissement public pour la prise en charge médicale. J’ai eu la chance de trouver une place au centre Pierre et Marie Curie d’Alger, 3 mois après le diagnostic dans un centre de radiologie privé », dit une dame qui éprouve des difficultés en cette période de Covid 19 pour se soigner. Elle ajoute : «Comme il y a l’épidémie du Covid 19, on m’a donné des comprimés comme chimiothérapie. Je préfère la perfusion car c’est moins toxique car les comprimés que je prends chez moi ont beaucoup d’effets indésirables».

Les jeunes filles âgées de moins de 25 ans sont nombreuses à souffrir de cette terrible maladie. Elles reçoivent des soins, mais il manque l’écoute pour le soutien moral. Le rêve de toute femme est de devenir un jour maman. Or, dans beaucoup de cas, ces malades ne le seront pas. «La société algérienne est sans pitié envers les personnes atteintes de pathologies lourdes. Qui va épouser une femme même guérie d’un cancer ? Il faut changer les mentalités», dit une grand-mère qui est en phase de rémission. « Ma vie est derrière moi, mais il faut doter les jeunes filles atteintes du cancer du sein de prothèses mammaires. C’est un droit », ajoute-t-elle.

Il faut rappeler que 2% des cas du cancer du sein concernent des hommes qui sont pris en charge dans des services de chirurgie générale. Des médecins lancent un appel pour créer au moins un centre national dédié au cancer du sein chez les hommes. «On compte au moins 200 cas de cancer du sein chez les hommes. Pour une fois ce sont les hommes malades qui sont les oubliés de la politique de santé», dit un quinquagénaire qui se traite pour un cancer du sein à l’hôpital de Blida.

50 000 nouveaux cas par année

Plus de 50 000 nouveaux cas de cancer ont été recensés en 2020 en Algérie. Durant la même période, 20 000 décès dus au cancer ont été signalés. Ces chiffres sont avancés par le Professeur Kamel Bouzid, Chef du Service d’oncologie au Centre Pierre et Marie Curie d’Alger. Il estime qu’en 2025, quelques 60 000 nouveaux cas seront diagnostiqués. «Les chiffres seront encore plus importants en 2030», dit-il.

L’Algérie comptabilise chaque année un nombre plus importants de personnes atteintes du cancer. Selon des spécialistes en épidémiologie, «il s’agit là d’un cas de mutation pathologique dans un pays». Le plan de santé mis en place par les pouvoir publics a permis de venir à bout de nombreuses  maladies infectieuses comme la tuberculose, la Poliomyélite et le choléra qui ont été vaincus. Certes des cas sont recensés encore, mais au début de l‘indépendance, ces cas se chiffraient par centaines de milliers. Et de nouvelles maladies, dites du siècle apparaissent : diabète, hypertension, maladies cardiaques, cancer…

En 1986, l’Algérie avait recensé 4000 cancers. Là aussi, des spécialistes interviennent pour mettre les choses au point : «Certes 4000 cas ont été recensés en Algérie en 1986. Cela ne veut pas dire qu’il n’y avait que 4000 malades qui avaient le cancer. Beaucoup de patients sont décédés chez eux et les moyens de poser les diagnostics étaient dérisoires et en nombre limité. Aujourd’hui le scanner est devenu un examen courant. Les laboratoires d’anatomie-pathologie existent partout sur le territoire», explique un médecin spécialiste en anatomie-pathologie.

Cette spécialité est très utile pour le diagnostic du cancer, puisque qu’elle permet de déterminer si un tissu cellulaire est cancéreux ou non. Le développement des moyens techniques permet en effet de faire des diagnostics sûrs.

Par ailleurs, pour les nutritionnistes, l’augmentation du nombre des cancers  est une réalité. Ils évoquent pour cela la mutation alimentaire des Algériens. «Nous avons hérité d’un patrimoine culinaire basé sur les céréales, les légumes, les fruits et peu de viandes. Ce régime est très bon pour la santé. Aujourd’hui nous mangeons comme le monde occidental, et nous avons ainsi importé leurs pathologies», explique Salem Abdi un nutritionniste algérien installé en Belgique.

Devant l’augmentation du nombre du cas de cancers, des campagnes de sensibilisation sont lancés pour inviter les Algériens à consulter le médecin dès l’apparition de signes particuliers. «Le cancer est une maladie grave et il n’y a encore pas de vaccins pour s’en prémunir. La meilleure des solutions, c’est de commencer le traitement dès l’apparition du cancer. Traité à temps le cancer est curable», dit Farid Chiari, un des premiers  radiothérapeutes algériens. Il espère aussi un changement des habitudes aliemntairees des Algériens : «Il est important de revenir au régime alimentaire de nos aïeux. On doit prendre les bons aliments pour sa santé».

 

Le cancer chez les enfants

Les cancers des enfants sont rares et curables dans plus de 80% des cas,  quand ils sont pris à temps. Selon des chiffres fiables, il y a entre 1500 et 2000 nouveaux cas chaque année en Algérie. Des spécialistes parlent de chiffres plus importants.  «Le seul cancer de la rétine est diagnostiqué chez 250 enfants chaque année. Je vous laisse tirer vos conclusions», dit un spécialiste en ophtalmologie, qui ajoute : «Le rétinoblastome est curable dans 97% des cas. Professeur Ourida Ouhadj est la responsable de l’Unité des cancers de l’œil au service d’ophtalmologie au centre universitaire Mustapha Bacha à Alger. Elle a fait de la lutte contre le rétinoblastome sa raison d’être. Très proche des enfants malades, elle fait tout pour sauver au moins un œil chez chaque jeune patient.

Avant 2017, la majorité des enfants malades étaient envoyés en Belgique, en France ou en Suisse. Maintenant, ils sont pris en charge en Algérie. «Nous avons les services qu’il faut, comme le Centre Pierre et Marie Curie, le service d’anatomie pathologie et celui d’ophtalmologie dotés de tous les moyens pour assurer le traitement», affirme professeur Ouhadj qui souhaite aussi la création d’un service dédié à la prise en charge du rétinoblastome. «Cette pathologie représente une charge de travail très lourde d’où la nécessité de recruter un bon nombre d’ophtalmologues pour assurer une bonne prise en charge. Il faut rappeler que les patients doivent bénéficier d’un suivi régulier et rigoureux après avoir été traité (durant six mois) et d’un contrôle une fois par mois durant une année».

En l’absence d’un hôpital dédié à l’enfance et de services d’oncologie pédiatrique, les jeunes malades sont pris en charge  de manière anarchique dans différents unités de soins. Ils sont le plus souvent hospitalisés dans des unités de pédiatrie où les praticiens prennent en charge plusieurs enfants atteints de différentes pathologies. L’unité de pédiatrie au Centre Pierre et Marie curie (CPMC) est souvent débordée.

Sur un autre plan, les enfants malades sont confrontés à un sérieux problème. En effet, comme les cancers pédiatriques sont rares, les laboratoires n’élaborent pas de drogues de chimiothérapie aux dosages spéciaux pour enfants. Ce sont les oncologues qui concoctent des chimiothérapies en adaptant les drogues destinées aux adultes. «Avec les pharmaciens du service, nous parvenons toujours à adapter les médicaments en notre disposition  pour élaborer  des chimiothérapies destinées aux  enfants que nous soignons. Tous les centres de lutte contre le cancer dans le monde agissent de la même manière», dit une infirmière au service de pédiatrie à l’hôpital Mustapha Bacha.

Djafar Amane