Science : Comment expliquer l’effet nocebo ?

Est-ce qu’on peut se convaincre qu’une substance est nuisible sans qu’elle ne le soit vraiment ? ou dit autrement comment expliquer l’effet nocebo ?

 

On définit cet effet comme la part négative des effets secondaires d’un médicament non explicables par un mécanisme physiologique ou pharmacologique. Il est le fruit de la conviction qu’une substance ou une pratique peut être nuisible.

On connait davantage son effet inverse, l’effet placebo, qui n’est absolument pas un mythe. Effectivement, l’effet global d’un médicament est toujours la résultante de son action pharmacologique et de son effet psychologique (placebo), disent les spécialistes. Alors que dans certaines situations, l’action pharmacologique est prédominante, dans d’autres, le rapport s’équilibre, et même, dans de moindres cas, l’effet placebo peut être plus élevé ! Notamment quand il s’agit de lutter contre la douleur. «Dans le syndrome de l’intestin irritable, la réponse au placebo peut être supérieure à l’effet antalgique d’un médicament», ajoutent-ils.

Toutefois, la durée d’action de l’effet placebo est généralement beaucoup plus courte que celle de la composante pharmacologique : elle ne dépasse pas quelques semaines. Et sa réponse est nettement plus variable. «L’action pharmacologique et l’effet psychologique paraissent agir indépendamment l’une de l’autre», expliquent les médecins. Les données de l’IRM fonctionnelle cérébrale semblent indiquer que l’effet des médicaments et celui des attentes opèrent sans qu’il y ait d’interférence. On peut penser que les médicaments d’une part, les attentes des patients d’autre part, produisent des effets additifs en agissant sur différentes régions du cerveau. La recherche sur ce sujet doit se poursuivre. La réponse au placebo varierait même d’un individu à l’autre…

Mais si le corps est capable de «se soigner», il peut aussi se «rendre malade». C’est l’effet nocebo, qui fonctionne sur le même mécanisme que l’effet placebo. En 2014, sur 76 étudiants qui ont été emmenés, pour une expérience, dans le laboratoire du Plateau Rosà, sur un glacier de la frontière italo-suisse, ceux qui avaient été avertis des effets probables du mal des montagnes ont été plus fréquemment sujets à des maux de tête, et donc victimes de l’effet nocebo. Le plus étonnant est que si l’aspirine soulageait les maux de tête chez des volontaires des deux groupes, l’aspirine placebo fonctionnait… uniquement sur le groupe nocebo !

En 2017, des chercheurs montraient dans une vaste étude portant sur plus de 10.000 patients que certains effets secondaires attribués aux statines (médicaments permettant d’abaisser la cholestérolémie) peuvent être provoqués par les appréhensions liées à ce traitement plutôt que par le médicament lui-même. L’effet nocebo «peut être très puissant», soulignait à l’époque le responsable de l’étude de l’Imperial College de Londres. «Les patients peuvent ressentir des douleurs bien réelles (…). Notre étude montre que c’est justement la crainte d’éprouver des effets indésirables qui peut provoquer l’augmentation des douleurs et de la faiblesse musculaires, plutôt que les médicaments eux-mêmes». Une piste que la recherche médicale doit continuer d’explorer.

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