Les dates de la rentrée scolaire fixées : Entre soulagement et appréhension !

C’était dans l’air depuis quelques temps. La «récréation» avait trop duré. De longs mois durant, établissements scolaires et universités ont fermé leurs portes en raison de la propagation de la Covid-19 qui a pratiquement mis à l’arrêt toutes les activités économiques et sociales du pays.

Le retour progressif à la vie «normale» avec un respect des mesures barrières, plus ou moins acceptées par la population, a été décidé par les hautes autorités,  sauf pour le secteur de l’Education nationale qui regroupe des milliers d’individus entre enseignants, élèves et personnel administratif, dans des espaces clos qui favorisent la contamination au coronavirus.

Mais, quand il faut y aller, il faut y aller.  Le communiqué du Conseil des ministres, rendu public dans la soirée de dimanche 4 octobre 2020 a annoncé la couleur. La nouvelle est tombée suscitant un grand apaisement sur le corps enseignant, les élèves et leurs parents. A l’issue de la réunion du Conseil des ministres, il a été décidé d’une rentrée scolaire graduelle. Priorité  est  donnée aux élèves du primaire qui rejoindront les bancs de l’école dès mercredi 21 octobre. Ils seront suivis, 15 jours après, soit le 4 novembre, par les « grands » du CEM et du lycée.  Cependant, Il a tout de même donné toutes les prérogatives au Comité scientifique de suivi de la pandémie de la Covid-19 pour examiner et revoir la situation concernant cette rentrée scolaire exceptionnelle si elle évoluait dans le mauvais sens. En fait une rentrée en sursis, vu que le président de la République a donné le pouvoir au Comité scientifique de suivi de la pandémie de décider d’un éventuel autre report au cas où. Le chef de l’Etat a, dans ce cadre, insisté sur la mise en place d’un protocole sanitaire strict qui devra permettre d’éviter la propagation du virus. Le communiqué a mis l’accent sur le «strict respect des conditions d’hygiène, conformément au protocole sanitaire, en prenant en compte la santé de l’élève, étant au centre de tout intérêt et de toutes les priorités.

 

Un protocole sanitaire « renforcé »

Le président Abdelmadjid Tebboune, a insisté sur l’impérative «désinfection des établissements scolaires 72 heures avant la rentrée avec le port du masque, obligatoire, pour le cycle secondaire». Des mesures devraient être prises prochainement pour renforcer le protocole sanitaire qui a donné ses preuves durant les examens du baccalauréat et du Brevet d’enseignement moyen. Le protocole sanitaire « renforcé » sera débattu et dévoilé à l’issue de la réunion regroupant les syndicats de l’Education nationale, et des représentants du ministère de la Santé qui vont se réunir dans les prochains jours. Nul doute que la décision des autorités publiques  de rouvrir les établissements scolaires, à partir du 21 octobre, va se poser la lancinante question de le protection sanitaire des enfants et « le stricte respect des dispositions du protocole sanitaire, notamment la distance physique entre les élèves, le port du masques, le désinfection des classes, au terme de cours »  comme le rappelle avec insistance, le Pr  Bekkat Berkani, membre de Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du  coronavirus. Le communiqué du Conseil des ministres rappelle aussi que la santé de l’élève est au centre de tout intérêt et de toutes les priorités. Est-ce suffisant pour  tranquilliser les syndicats et les parents d’élèves ?  La balle est entre les mains des pouvoirs publics qui ont la «  chose matérielle» dominer les difficultés liées à cette rentrée scolaire 2020/2021 à nulle autre pareille. Le porte-parole du Cnapeste, Messaoud Boudiba, se confiant à un confrère, tient à insister sur le grand défi d’accueillir dans des conditions sanitaires très menaçantes, malgré la décrue des cas infectés au Covid-19 enregistrée ces derniers jours, quelque 10 millions d’élèves et près d’un million de fonctionnaires. A propos des mesures sanitaires préventives, le syndicaliste relèvera qu’au vu de la surcharge des classes, qui ne permet pas d’appliquer la distanciation physique, le recours aux groupes est indispensable, et qu’il faudrait dans ce contexte mettre à disposition de l’école tous les moyens matériels nécessaires, dont l’exigence de l’ouverture de nouveaux postes budgétaires pour renforcer le personnel à tous les niveaux de fonction, en particulier dans le domaine de l’enseignement. Les enseignants ont déjà annoncé qu’ils  ne sont pas près de travailler les samedis ou d’assurer un emploi du temps double avec le très probable recours aux groupes ou le travail avec des groupes réduits d’élèves. Un bras de fer en perspective entre la tutelle et le corps enseignant ?

 

Une décision prise à la hâte ?

Des réserves sont émises par les syndicalistes et les parents d’élèves. Nous estimons qu’il y a aujourd’hui une grande nécessité de changer de méthode d’enseignement, d’alléger le programme et penser à enseigner uniquement les matières essentielles», souligne pour sa part, Meziane Meriane, coordinateur national du Syndicat des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapeste). De son côté, Boualem Amoura, secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef) estime que ces décisions lèvent au moins le doute sur la rentrée et permettent aux parents ainsi qu’aux élèves de se préparer en conséquence. «Néanmoins, nous sommes contre la séparation des dates de cette reprise. L’Algérie est une et indivisible. La rentrée doit être la même pour tous les élèves algériens ! De plus, pourquoi reprendre au primaire et arrêter après une semaine, sachant que les élections se tiennent dans les écoles primaires ? Est-ce une décision prise à la hâte ? Possible. Nous attendons maintenant les décisions et la feuille de route du ministère afin de mettre en œuvre le protocole sanitaire et la méthode d’enseignement à appliquer : Groupes ? Réduction de la séance à 45 minutes ? Travailler en alterné ? Travailler du samedi au jeudi ? La balle est maintenant dans le camp du ministère de tutelle», déclare-t-il. Ali Benzina, président de l’organisation nationale des parents d’élèves, lui aussi a soulevé cette réserve quant à la reprise des petits écoliers. «Nous saluons vivement la décision de reprise scolaire. Toutefois, nous avons une grande réserve par rapport à la rentrée au primaire pour deux raisons. La 1re est le fait que ces derniers sont très jeunes et difficiles à contrôler. Ils leur est difficile aussi de comprendre les mesures à appliquer et de respecter les gestes de prévention contre la Covid-19. Il aurait été plus facile à gérer de programmer la rentrée des lycéens et collégiens en premier», indique notre interlocuteur qui propose une rentrée graduelle pour les 6 millions d’élèves du primaire répartie sur 3 jours. Il dit également ne pas comprendre pourquoi permettre à ces petits écoliers de reprendre à la hâte et de les priver d’école après seulement une semaine de cours. Pour Khaled Ahmed, président de l’association nationale des parents d’élèves, l’essentiel est que les enfants reprennent le chemin de l’école. La décision a été prise. Reste à faire le plus difficile. Trouver le chemin de l’Ecole le plus sûr pour  assurer une année scolaire sans trop de dégâts.

Mohand Ouarab

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