Bandes organisées dans les cités : Des outils pour une lutte sans merci !

La violence est devenue banale dans les quartiers des villes algériennes. Se sont les jeunes qui en usent le plus pour s’affirmer et s’imposer dans un milieu où c’est toujours la loi du plus fort qui règne et, il faut en tenir compte, la décennie noire a introduit de nouvelles formes de violence qui est désormais présente partout. Les conflits entre jeunes se règlent à coups de couteaux et d’épées.  

 

Dans les quartiers de nombreuses villes, les jeunes désœuvrés sont souvent obligés d’intégrer les bandes des quartiers pour « se sentir protégés ». «Un pour tous et tous pour un», c’est la devise de ces associations de malfaiteurs dont certaines font régner la terreur.  Mises sur pied pour, disent-ils, «protéger leur quartier», ces bandes tombent très vite dans les vols et  le trafic de drogue. Elles «gèrent» aussi les parkings sauvages.  «Ces bandes gèrent en réalité une véritable économie souterraine. Beaucoup d’argent circule de main en main. La violence qui règne dans ce milieu n’est pas gratuite et les bandes défendent en réalité leur territoire et leurs moyens de subsistance», dit Ali Amari, un sociologue qui a mené plusieurs études sur ce sujet.

La terreur a fini par devenir une réalité dans des cités. Aucune bande n’accepte de céder le moindre pouce de son territoire et encore moins de son «patrimoine». Tous les espaces situés autour d’une cité sont de facto squattés et transformés en parkings sauvages. Les automobilistes qui refusent de payer des «droits de stationnement», souvent exorbitants sont roués de coups et parfois il y a même eu mort d’homme. Certains quartiers sont devenus un véritable Eldorado du trafic de drogue. «Le trafic de drogue rapporte beaucoup à ces bandes qui envoient de jeunes naïfs sur le terrain. Selon des estimations fiables, des chefs de bandes gagnent jusqu’à 32 000 dinars par jour», ajoute M Amari.

Ces bandes protègent aussi par la force, les emplacements que leurs éléments gèrent dans les marchés illégaux. Ces étals sont de véritables mines d’or et génèrent de grands bénéfices pour ceux qui les exploitent pour vendre les fruits, les légumes, les vêtements ou les ustensiles de cuisines. En réalité, ces espaces de vente ne servent que de couverture pour le trafic de drogue ou le recel des bijoux volés.

Cette gangrène a grandi jusqu’à devenir aujourd’hui un vrai fléau social. Les membres des bandes se sont habitués à l’argent facile, ils ne peuvent se résigner à tout abandonner du jour au lendemain. Mais, selon des sources bien informées, l’existence de ces bandes est désormais une affaire de temps.

 

Une loi contre les bandes de quartiers

Il faut reconnaitre que durant plusieurs décennies, les pouvoirs publics ont occulté ce phénomène dangereux.  Ces bandes dites de quartiers sont montés d’un cran en matière de vols, de trafic de drogue ou de recel de bijoux volés. Les vols à l’arrachée ou à la roulotte ont significativement baissé et les malfaiteurs sont passés aux cambriolages, aux vols de voitures. Et pour ne courir aucun risque, ils ont « opté » pour le car-jacking : vol de voiture s’accompagnant de menaces ou de violence sur le conducteur. Le propriétaire de la voiture est pisté puis avec des techniques différentes et la ruse, il est jeté hors de son véhicule à un carrefour.

Habitués de vivre en marge de la société, les chefs de bandes restent toujours à l’écart et ce sont les «petites mains» qui payent pour les pots cassés. « Les jeunes voleurs ne reculent devant rien désormais », dit un policier à la retraite.

Ce phénomène commence à inquiéter les citoyens et les autorités du pays. Une économie forte ne peut se développer dans un pays gangréné par un tel fléau. Devant l’ampleur du phénomène, les autorités ont opté pour une loi pour lutter contre les bandes des cités. Devant l’urgence absolue, c’est par décret présidentiel que la loi ainsi élaborée est entrée en vigueur après sa parution sur le journal officiel au début du mois de septembre 2020. Le décret qualifie de bandes des cités : «tout groupe, sous quelque dénomination que ce soit, composé de deux personnes ou plus, appartenant à un ou à plusieurs quartiers d’habitation, qui commet un acte ou plus dans le but de créer un climat d’insécurité, à l’intérieur des quartiers ou dans tout autre espace, ou dans le but d’en assurer le contrôle, en usant de violences morales ou physiques, exercées à l’égard des tiers, en mettant en danger leur vie, leurs libertés ou leur sécurité ou en portant atteinte à leurs biens, avec port ou utilisation d’armes blanches apparentes ou cachées ».

Le texte de loi précise que l’agression verbale ou physique expose leur auteur à des sanctions pénales. La violence morale est établie par : « toute agression verbale susceptible de causer la crainte ou la panique chez autrui, telles que la menace, l’injure, la diffamation, la terreur ou la privation d’un droit ». Les armes blanches sont définies comme : « toutes machines, tous instruments ou ustensiles tranchants, perçants ou contondants et tous objets susceptibles de porter un préjudice ou des blessures au corps humain ou qui peut constituer un danger à la sécurité publique, tels qu’ils sont fixés par la législation et la réglementation en vigueur, relatives aux armes».

L’ordonnance comporte aussi un volet répressif : «Est passible d’une peine d’emprisonnement de trois (3) ans à dix (10) ans et d’une amende de 300.000 DA à 1.000.000 DA, quiconque crée ou organise une bande de quartier, s’enrôle ou participe sous quelque forme que ce soit dans une bande de quartier, tout en connaissant son objectif, recrute une ou plusieurs personnes pour le compte d’une bande de quartier».

Depuis l’entrée en vigueur de cette ordonnance, l’étau se resserre contre les membres des bandes des quartiers. «J’ai remarqué que la peur a changé de camp. Ce sont Les membres  des bandes qui rasent les murs désormais, depuis que les policiers leur font la chasse», dit un commerçant de Bab El Oued.

 

Tarir les ressources des trafiquants de drogue

Les services de sécurité redoublent donc de vigilance pour mettre un terme à ce phénomène qui perturbe la vie des citoyens.  Les malfaiteurs semblent avoir décidé pour leur part de se faire discrets et le nombre des  agressions a sensiblement baissé. Même les exploitants des parkings sauvages ne réclament pas de paiement de manière agressive. C’est une véritable guerre que doivent mener les services de sécurité pour parvenir à débarrasser les habitants de cette gangrène qui est apparue durant les 10 dernières années.

Mais les éléments des services de sécurité ne peuvent agir que dans la légalité. Même s’ils connaissent les malfaiteurs, ils ne peuvent les appréhender qu’en flagrant délit ou en ayant des preuves irréfutables.  Ils adoptent alors la méthode du tarissement des ressources. En effet, ces bandes sont spécialisées surtout dans le trafic de drogue et le recel et les services de sécurité mènent depuis quelques mois une guerre sans merci aux narcotrafiquants. Ils ne frappent pas à la base car les petits dealers ne les intéressent pas. Ils visent les gros trafiquants.

Durant la troisième semaine du mois de septembre 2020, la Brigade de recherche et d’intervention relevant des services de la police judiciaire de la wilaya d’Oran a mis fin aux activités d’un réseau criminel spécialisé dans le trafic de drogue et a saisi plus de 4.500 comprimés de psychotropes. Sept individus ont été arrêtés. Un cultivateur qui s’est spécialisé dans la culture du chanvre indien a été arrêté à Ighgil Ali dans la wilaya de Bejaia. Comme le Haschich s’est raréfié chez les dealers, cet individu a voulu gagner beaucoup d’argent en cultivant lui-même le chanvre indien. Le 10 septembre 2020, trois individus dont une femme ont été arrêtés à Bechar. Lors de l’arrestation, 4 kilogramme de résine de cannabis ont été saisis au domicile d’un des suspects.

Par ailleurs, les  services de la Sûreté nationale ont organisé 3581 actions de sensibilisation et de prévention contre les stupéfiants durant le 1er semestre 2020. Ces actions sont destinées à éveiller les esprits des citoyens et notamment les jeunes. La lutte contre la toxicomanie ne se limite pas à la traque des trafiquants. Il est en effet important de sensibiliser les jeunes sur les dangers des drogues. «Que peuvent faire les dealers s’ils n’ont pas de clients. Ces derniers sont dans la majorité des cas, des jeunes oisifs. Les services de sécurité savent  comment lutter contre la toxicomanie», dit  le même policier à la retraite.

Djafar Amrane

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