Film : Enola Holmes : sympathique, drôle et féministe

Enola Holmes, la jeune sœur de Sherlock Holmes, doit résoudre une énigme de taille lorsque sa mère disparaît sans avertissement, le jour de ses 16 ans. Elle démontre qu’elle aussi a des talents de détective.

 

Sous la plume de l’auteure américaine Nancy Springers, la jeune Enola Holmes montre de remarquables qualités pour tirer son épingle du jeu en tant que femme, dans l’Angleterre des années 1880. Sa mère l’a élevée en faisant fi des normes de la société. Tout en ayant un ton léger, l’adaptation cinématographique du premier roman de la série va plus loin, accordant une place encore plus marquée à la lutte pour l’émancipation des femmes.

Millie Bobby Brown (Eleven dans Stranger Things) est pétillante dans le rôle de l’adolescente qui doit défier les conventions et faire preuve d’ingéniosité pour arriver à ses fins. Helena Bonham Carter est le choix parfait pour interpréter sa mère, Eudoria Holmes, une femme éprise de liberté prête à tout pour bouleverser l’état des choses. Même si elle disparaît dès le début, son influence se fait sentir jusqu’à la fin dans de nombreux flash-back, qui révèlent comment elle s’y est prise pour rendre sa fille indépendante. Ses leçons portent leurs fruits. Enola est douée pour déchiffrer des messages codés, possède un sens aigu de l’observation, se moque du jugement des autres, a du courage à revendre et (ce qui s’avérera très pratique) maîtrise plusieurs techniques du jiu-jitsu.

Elle doit aussi affronter ses deux frères, qu’elle n’a pas vus depuis plusieurs années. Mycroft (Sam Claflin) représente à merveille l’esprit fermé au changement des hommes de l’époque. Sherlock, interprété par l’homme de fer (Superman) Henry Cavill, se heurte à ses convictions. Le voir défié par sa sœur, qui fait enquête de son côté, s’avère fort divertissant.

Régulièrement, même pendant des moments critiques, Enola (« alone » à l’envers) regarde la caméra et s’adresse aux spectateurs. Cette astuce du réalisateur Harry Bradbeer contribue à alléger l’atmosphère, tout comme la musique enjouée de Daniel Pemberton. Car même si le film s’adresse à un jeune public et suit essentiellement les aventures rocambolesques de l’adolescente et d’un jeune homme dont la vie est en danger, il aborde des thèmes d’actualité. Enola et le jeune Lord Viscount Tewksbury (Louis Partridge) doivent tous les deux, à leur façon, trouver leur chemin dans un monde en ébullition, où beaucoup d’éléments, dont les privilèges accordés à certaines classes de la société, sont remis en question. Le message n’est pas subtil. Mais cette production originale de Netflix donne le goût de suivre les personnages dans de nouvelles histoires tout aussi tumultueuses.

In La Presse