Espace : La Lune «rouille»… à cause de la Terre !

Trahie par des mesures spectrales, la présence d’oxydes de fer sur le satellite naturel de la Terre intrigue fortement les planétologues. Ils se formeraient grâce à de l’oxygène terrestre voyageant à chaque pleine Lune…

 

En se plongeant dans les données collectées par la sonde indienne Chandrayaan-1, qui a orbité autour de la Lune entre 2008 et 2009, des chercheurs de l’université d’Hawaï, aux États-Unis, ont fait une surprenante découverte. Les mesures spectrales indiquent en effet la présence d’«hématite», un oxyde de fer de formule chimique Fe2O3… très commun sur Terre et plus connu – dans sa forme la plus stable tout du moins – sous le nom de rouille. Le minéral très fortement oxydé et de couleur grise à rouge-brune se retrouverait tout particulièrement au niveau des pôles et sur la face visible de la Lune.

 

Un minéral qui ne devrait pas exister

Comment est-ce possible ? Si l’astre sélène regorge de roches ferreuses, son environnement n’est en revanche pas du tout propice aux réactions d’oxydation qui requièrent des molécules, en particulier l’oxygène, captant des électrons. C’est même le contraire, puisque le vent solaire souffle sur la Lune des espèces dites réductrices – à savoir l’hydrogène – qui cèdent des électrons. «Je n’y ai pas du tout cru au début», précise Shuai Li, auteure principale de l’étude dans un communiqué de la Nasa. [L’hématite] ne devrait tout simplement pas exister en raison des conditions qui règnent sur la Lune.

 

La queue magnétique de la Terre

Pour expliquer sa présence, les chercheurs américains avancent cette hypothèse : l’oxydation du fer lunaire se produirait grâce à l’oxygène transporté depuis la Terre vers son satellite naturel. Pendant la pleine Lune, lorsque celle-ci se trouve à l’opposé du Soleil par rapport à la Terre, de faibles quantités d’oxygène présentes dans la haute atmosphère pourraient en effet être entraînées et voyager vers la Lune grâce au champ magnétique terrestre et sa «queue» de forme allongée. Cette configuration protégerait du même coup l’astre sélène du vent solaire, en permettant au fer, à chaque cycle et depuis peut-être des milliards d’années, de s’oxyder. Ce mécanisme expliquerait ainsi les concentrations relativement élevées d’hématite dans les hautes latitudes et au niveau de la face visible. «Cette découverte pourrait bouleverser nos connaissances sur les régions polaires de la Lune», déclare avec enthousiasme Shuai Li dans un communiqué de l’université d’Hawaï. Elle suggère aussi, ajoute la planétologue, que «la Terre jouerait un rôle important dans l’évolution de la surface lunaire».