1240 personnes interceptées en 10 jours par les gardes côtes :«El harga » reprend de plus belle !

Le chiffre donne le tournis. Les garde-côtes de la marine nationale qui révèlent ce nombre impressionnant de candidats à l’émigration clandestine interceptés,  indiquent qu’entre les 15 et 19 septembre derniers, ses services ont repêché dix corps et intercepté 485 harragas et de la période allant du 20 au 25 septembre, ils ne sont pas moins de 755 candidats à avoir tenté cette aventure périlleuse. 1240 harragas interceptés en dix jours.

 

D’autres, et ils sont des centaines, ont eu beaucoup «plus de chance». Pour le seul dernier week-end du mois de juillet dernier, le nombre de harragas algériens qui ont débarqué sur les côtes espagnoles dépasse les 800, selon les médias espagnols qui font dans le détail. Parmi eux, 454 ont débarqué à Murcie, 79 à Alicante, 6 à Ibiza et environ 300 à Almeria, précise, le média local El Confidential qui écrit que « cette flambée est annonciatrice d’un boom de l’arrivée des clandestins algériens en Espagne».

Depuis, ce chiffre a été revu à la hausse. La prophétie du journal s’est traduite sur le terrain. Chaque jour, l’Espagne voit arriver une nouvelle vague de harragas algériens. Déjà, en mai dernier, un rapport de la Commission européenne, révélé par El Pais, s’alarmait sur la route migratoire algérienne.

Ce rapport s’inquiétait de ce que «à moyen terme, la pression migratoire algérienne devrait rester élevée, étant donné que les réseaux de trafic ont adapté leur modus operandi et organisent des départs simultanés pour dépasser la capacité des autorités algériennes malgré les restrictions de la Covid-19». «Jamais auparavant autant d’Algériens n’étaient arrivés en Espagne en si peu de temps par voie maritime», assure le journal qui, citant des sources policières, parle d’opération «coordonnée depuis l’Algérie par les mafias de l’immigration clandestine pour tenter de déborder d’abord la marine nationale et la gendarmerie algériennes et, plus tard, les forces de sécurité espagnoles».

Les autorités espagnoles soupçonnent des réseaux maffieux à la tête de l’organisation de l’immigration depuis l’Algérie. « S’il est confirmé, comme nous le soupçonnons, qu’il s’agissait d’une opération coordonnée, nous sommes confrontés à un bond qualitatif de l’immigration en provenance d’Algérie », estime la même source.

Pour preuve, une sortie décalée d’Algérie d’une flottille composée d’au moins 65 bateaux a été détectée vendredi soir par les moyens aériens de l’opération Indalo qui veille sur la partie sud de la péninsule ibérique avec l’Agence européenne des frontières (Frontex), affirme El Confidential. « Le phénomène bat des records cette année », écrit le journal qui rappelle qu’avant la poussée enregistrée fin juillet dernier, les Algériens (2 703 immigrés clandestins) représentaient déjà 55 % des arrivées par la Méditerranée, dépassant de loin les Marocains (15 %).

Selon les derniers chiffres de l’agence européenne de contrôle des frontières Frontex, 5 225 Algériens ont emprunté la route de la Méditerranée occidentale et 865 celle de la Méditerranée centrale durant les huit premiers mois de 2020. Une situation alarmante qui pousse notre pays à renforcer sa coopération avec l’Europe dans la lutte contre l’immigration clandestine. Le 13 juillet dernier, une visioconférence a été organisée par l’Italie entre les ministres de l’Intérieur de différents pays d’Europe et d’Afrique.

Dans une déclaration conjointe, les ministres de l’Intérieur d’Italie, d’Espagne, de Malte, de France, d’Allemagne, d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, de Libye ainsi que de la Mauritanie ont exprimé «un clair engagement visant à prévenir et combattre le trafic de migrants». La réunion avait pour objectif d’intensifier la lutte contre l’immigration clandestine afin de «réduire la souffrance humaine, combattre l’exploitation des personnes vulnérables et les pertes de vies en mer et sur terre».

Mais, il est de notoriété publique que les statistiques livrées du phénomène sont largement sous-estimées.  Comment comprendre la «harga» ?. Quel est le profil des jeunes harragas ? Quels sont les causes qui les ont poussés à risquer leur vie ? A «brûler» les frontières maritimes dans des «botis», embarcations de la mort? Certains spécialistes des questions d’immigration clandestine expliquent que les causes des départs sont multiples: chômage, mal de vivre, soif de liberté, aspiration à une vie digne et parfois plus généralement les difficultés à acquérir un logement pour ne plus dépendre de ses parents.

Noureddine Khaled, enseignant-chercheur en psychologie au siège de l’Association pour l’aide, la recherche et le perfectionnement en psychologie (Sarp),  estime, dans un entretien à un confrère, que «croire que la ‘harga’ est un acte de désespoir est très réducteur», surtout lorsqu’il s’agit d’un phénomène complexe. Il explique qu’il ne s’agit pas là d’un «mouvement destructeur», mais plutôt d’«une tentative extrême et ultime de réalisation de soi».

Le chercheur rappelle que la pratique de la «harga», récente dans notre pays, est apparue au début des années 2000. Ce phénomène traduit, selon lui, «une nouvelle forme de contestation et de révolte» et représente «le symptôme criant d’un mal-être général dans une société bloquée, qui n’offre que peu de perspectives d’intégration sociale et de réalisation de soi».

Il soutient également que la «harga», phénomène «surtout masculin», est porteuse d’un «message de transgression, de recherche de nouveaux ancrages géographiques et identitaires», apparaissant de la sorte comme «une alternative  de reconstruction identitaire et de contournement des sentiments de perte et de désaffiliation».

Sur un autre plan, l’enseignant-chercheur révèle que les conditions de vie (espace habitable vétuste et exigu), la misère économique et le mal-être social (chômage, insuffisance du revenu familial, manque de loisirs, manque de liberté, manque de perspective…) sont les principales causes de l’émigration illégale.

Dans sa conclusion, M. Khaled insiste sur le fait que la «harga» est «une réaction extrême, non seulement aumanque de perspectives en Algérie, mais aussi aux difficultés, voire à l’impossibilité d’obtenir des visas de voyage».

L’Algérie a voté en 2009 une loi visant à «combattre l’émigration clandestine» qui prévoit des peines allant jusqu’à six mois d’emprisonnement pour les clandestins, mais cela n’a pas réduit les départs. Bien au contraire, le phénomène ne cesse de s’amplifier.

Mais il n’est pas dit que les «débarqués» en terres espagnoles et italiennes ont acquis le droit de «résidents» dans ces pays. Lors d’une récente visite de la ministre italienne de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, les autorités algériennes ont réaffirmé que le pays «assume ses responsabilités et prend les décisions qui s’imposent à ce sujet. En langage plus simple et moins diplomatique, l’Algérie rapatriera ses ressortissants qui ont échoués sur les rivages en Espagne et en Italie.

Mohand Ouarab