Examens de fin d’année : BAC et BEM au temps de la Covid 19

Le nombre de candidats au Bac dans la wilaya d’Alger a atteint cette année 57.213 personnes, dont 37.245 scolarisés dans  l’enseignement public, 2070 dans le privé, 17.898 candidats libres, dont 69 détenus et 41 candidats aux besoins spécifiques. En termes de genre, ils sont 32.905 garçons et 24.308 filles.

 

Les épreuves ont commencé le 13 septembre 2020. Les candidats ont commencé par les épreuves de langue arabe et des sciences islamiques. Les candidats que nous avons rencontrés après la fin de la première journée, sont unanimes pour reconnaitre que les sujets étaient à la portée des élèves qu’on pourrait dire «moyens». Le sujet de langue arabe a porté sur un poème de Fadwa Tokane. Les candidats n’ont pas trouvé de difficulté pour traiter cette épreuve qui paraissait pourtant fastidieuse au début. Les sujets des sciences islamiques ont été traités sans problèmes, eux aussi. «Les épreuves littéraires ne sont pas difficiles», dit un candidat au Bac technique option mécanique. Les candidats au Bac lettres appréhendaient l’examen de cette année. «Je me suis bien préparée dans les matières littéraires. Les  sujets du premier jour n’étaient pas  difficiles, mais j’ai eu par la suite des difficultés pour traiter les sujets des mathématiques et de physique», dit une candidate au Bac lettres. Les candidats des filières scientifiques et techniques se sont plaint, quant à eux, de l’épreuve de physique qu’ils ont jugée difficile et longue.

Les mesures barrières contre la Covid 19 sont scrupuleusement respectées dans les centres d’examens et les candidats se plient volontiers à tout le protocole. La température des candidats est prise à l’entré des centres et des masques sont mis à leur disposition. «C’est vrai que les mesures barrières sont un peu gênantes, notamment le port du masque, mais il faut se protéger. Ce n’est pas facile par exemple de rester tout le temps de l’épreuve avec la bavette dans la salle d’examen», dit une candidate de la filière gestion.

Justement le nombre de centres d’examen a augmenté cette année, « pour arriver à faire  respecter les mesures barrières. Les candidats sont séparés de deux mètres les uns des autres, ce qui fait qu’il n’y a qu’une douzaine de candidats par salle d’examen», explique un responsable de l’Académie d’Alger. Il a fallu mobiliser aussi un nombre important d’encadreurs. « L’examen du Bac 2020 est exceptionnel et les candidas manquent un peu de concentration dans de telles conditions de travail», dit le père d’une candidate.

Les candidats qui ont passé le brevet d’enseignement moyens attendent, eux, les résultats. « Nous avons passé les épreuves du BEM dans des conditions difficiles. C’est vrai que les sujets étaient assez abordables, mais je ne peux rien dire avant la publication des résultats», dit une élève en quatrième année moyenne au CEM de Saoula.

L’année 2020 est à marquer d’une pierre noire pour les potaches  algériens et les élèves du monde entier. L’année scolaire a été perturbée et les examens, qui ont été décalés, se sont déroulées dans des conditions exceptionnelles. Même si dans des centres d’examen, des masques, des bonbons et des bouteilles d’eau ont été distribués gratuitement, il n’en demeure pas moins que les candidats ont concouru dans des conditions stressantes. «Passer le Bac ou n’importe quel autre examen est un grand événement, mais concourir sdans des conditions pareilles, astreints au respect des mesures barrières n’est pas facile», dit un professeur de mathématiques à Douéra.

 

Des tricheurs condamnés à de la prison 

Les tricheurs en ont été pour leurs frais lors de ces examens du BAC et du BEM. Il faut dire que des mesures draconiennes ont été prises pour déjouer toute tentative de «copiage». Les surveillants ont reçu des instructions strictes pour ne laisser passer aucun dérapage. Tout fraudeur est exclu de suite de la salle d’examen. Pis encore, s’il s’agit d’un candidat majeur, il est remis à la police qui assure son transfert directement à la justice pour une comparution immédiate. Ces mesures sont en effet sensées redonner aux examens leur véritable valeur. Les autorités ont voulu ainsi démontrer que l’Algérie est effectivement entrée dans une ère nouvelle, celle où seul le travail est récompensé. «J’ai souvent été étonnée de constater que parmi mes étudiants figuraient des jeunes hommes et jeunes filles qui étaient loin de posséder les compétences requises pour suivre des études de médecine. Ces étudiants finissaient le plus souvent par abandonner leur cursus.  J’ai mis du temps pour comprendre qu’il s’agissait de tricheurs lors des épreuves du bac», dit un professeur en cardiologie dans un grand hôpital d’Alger.

Pour les sessions 2020 du BEM et du Bac, les autorités ont frappé un grand coup. Comme chaque année depuis maintenant 5 ans, Internet a été coupé lors des épreuves. Cette solution décriée par tout le monde a pourtant donné des résultats probants. Les jeunes génies des appareils électroniques modernes, ne peuvent communiquer avec l’extérieur alors qu’ils sont en salle d’examen. Mais cette mesure radicale n’est pas faite pour satisfaire tout le monde. Ainsi, les travailleurs qui utilisent Internet sont montés au créneau pour dénoncer cette solution qui «met carrément tout un pays à l’arrêt». «Je comprends bien que le Bac doit se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Il suffit de placer un brouilleur, qui ne coûtent vraiment pas cher, dans chaque centre d’examen», dit le gérant d’un cybercafé à Bab El Oued. Il y a aussi ceux qui proposent l’utilisation de solutions informatiques pour protéger des fuites et des transferts les sujets des examens.

Malgré les mises en garde et les précautions prises par le ministère de l’Education nationale, cinquante candidats ont été pris en flagrant délit de triche et ont été présentés devant la justice qui les a condamnés à des peines allant d’une année à deux ans de prison ferme en première instance.  En plus de la prison, les fraudeurs ont été condamnés à des amendes allant de 10 000 à 50 000 dinars.  Une dizaine de jeunes ont été condamnés aux mêmes peines mais pour avoir tenté de tricher lors des épreuves du BEM.

 

L’attente des résultats

Durant les cinq jours qu’a duré la session du Bac 2020 (4 jours pour toutes les filières, mais 5 pour les filières techniques), les candidats ont été confrontés à des situations peu ordinaires, allant jusqu’à dire qu’ils sont «les victimes collatérales du Covid 19». «Les élèves des classes  terminales n’ont pas mené leur scolarité et leur programme à terme. Ils ont tout arrêté le 15 mars 2020 et n’ont repris attache avec leurs établissements qu’en août. Ce n’est pas suffisant pour bien réviser et se préparer correctement à un examen», dit le père de deux candidats au Bac.

Il a aidé ses enfants à se préparer comme il a pu : «Je sais qu’ils ne vont pas réussir leur examen. Ils sont tous les deux de brillants élèves pourtant, mais le Bac technique est très difficile à obtenir». C’est aussi  l’avis de la maman d’une candidate : «Je ne reconnais plus ma fille qui a complètement changée. Elle est découragée et ne s’est pas du tout  préparée pour affronter l’examen. Son père et moi avons essayé de lui redonner confiance, mais en vain». Quasiment tous les candidats sont dans la même situation et admettent un certain relâchement. «Cela fait 12 ans que je suis scolarisé et jamais je n’ai été confronté à une telle situation. Les lycées ont fermé leurs portes et il n’y avait même pas ou s’inscrire pour des cours particuliers. Il ne restait que la solution de réviser chez soi, mais ce n’est pas évident quand on a des lacunes dans telle ou telle matière», dit un candidat au Bac sciences.

Durant plus de 5 mois, les élèves sont restés chez eux. Les sorties sont rares et le confinement à domicile est de rigueur. Comme ils ne font pas d’exercice, cela s’est répercuté sur leur santé. Les rares médecins nutritionnistes qu’on peut trouver sont submergés par l’augmentation du nombre de consultants. « Nous avons observé une augmentation du nombre de consultants. Les femmes sont certes plus nombreuses que les hommes, mais nous constatons que les élèves scolarisés développent un surpoids induit par la sédentarité», dit une infirmière qui travaille dans le cabinet d’une nutritionniste à Alger.

Le surpoids génère des complexes chez les adolescents qui ont tendance à faire preuve de moins d’assiduité aux études, car ils ont peur des regards des autres. «J’ai effectivement constaté que beaucoup de candidats au Bac étaient en surpoids. Je ne me suis donc pas trompé, car je n’arrivais pas à lier la sédentarité à la prise de poids», dit un encadreur dans un centre d’examen à Bab El Oued. «Les candidats au Bac qui sont en surpoids ne pourront jamais se concentrer à 100% sur les sujets d’examen. Le moindre regard d’un autre candidat ou du surveillant peu déclencher une réaction négative», dit Saida Toubani, une spécialiste en psychopédagogie.

En attendant l’annonce des résultats, les candidats vivent la peur au ventre. «A la peur d’être recalés, vient s’ajouter les soucis quant à  leur avenir.  Et s’ils réussissent, quand s’inscriront-ils à l’université ? Ils feront quoi dans ce nouveau monde des études supérieures. Et si jamais ils étaient recalés, pourront-ils refaire l’année ou devront-ils repasser le Bac en candidats libres ? «Cela fait trop de questions pour des adolescents», dit un inspecteur de mathématiques dans le secondaire.

Djafar Amrane