Medecine : Pourquoi vieillit-on?

On ne peut pas changer son âge chronologique mais on peut changer son âge biologique. Cette affirmation choc est celle du directeur de la division du vieillissement biologique de l’Institut américain du vieillissement (NIA), l’un des Instituts nationaux de la santé (NIH) des États-Unis.

 

Qu’on se le dise, «le vieillissement est le facteur de risque majeur des maladies chroniques (cardiopathies, cancers, diabète, affections psychiatriques ou neurodégénératives…). Aussi souhaitons-nous retarder le vieillissement en général afin de prévenir ces maladies en particulier». Ce qui pourrait se révéler déterminant au moment où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit un doublement de la population mondiale de plus de 60 ans qui passera à 22 % d’ici à 2050.

 

Des atteintes portées à l’ADN

Selon les chercheurs, il serait donc possible de ralentir le processus physiologique à l’origine du vieillissement avec son cortège de maladies. Cette nouvelle approche a un nom : la géroscience. Pour comprendre cette révolution, il importe de déterminer ce qu’est le vieillissement biologique. C’est le résultat d’une accumulation de dommages moléculaires et cellulaires et du ralentissement de la réparation de ces dommages avec l’âge.

Une des théories du vieillissement énonce que tout commence par des atteintes portées à l’ADN, support de l’information génétique au cœur des cellules, soumis à des agressions extérieures (UV, molécules chimiques) ou intrinsèques (erreurs de réplication lors de divisions cellulaires). Avec les années, ces dommages entraînent des réactions en cascade : modifications dites épigénétiques (systèmes de régulation des gènes) ; dérégulation des protéines produites à partir de l’ADN; raréfaction des cellules souches; accumulation de cellules sénescentes émettrices de molécules inflammatoires; dysfonctionnement dans l’assimilation des nutriments. À 30 ans, l’organisme sait réparer ces anomalies beaucoup mieux qu’à 60 ans. Les dommages s’accumulent et engendrent des dégâts visibles – comme l’apparence physique – et un affaiblissement de certaines fonctions. L’étude de ces phénomènes commence d’ailleurs à porter ses fruits.

Les scientifiques savent désormais dater l’horloge biologique – et peuvent espérer la retarder – grâce à quatre leviers principaux testés avec succès sur les animaux : régénérer les protéines du sang, éliminer les cellules sénescentes, mettre en œuvre une restriction alimentaire et reprogrammer l’épigénétique

Des essais chez l’humain sont déjà en cours. Pas question cependant pour les chercheurs de se lancer dans une quête de l’immortalité chère aux transhumanistes ! «L’augmentation de la longévité sera un effet secondaire, sans être le but recherché». En attendant d’éventuels traitements, il est possible dès aujourd’hui de prendre soin de son corps et surtout de son cerveau qui, selon les scientifiques, «est central pour bien vieillir»

 

Le responsable, c’est le cerveau

Alors, seul le vieillissement du cerveau compte ? On peut avoir de l’arthrose, de la constipation ou des cheveux blancs, ce n’est pas cela qui donne l’air vieux ! On trouve une personne «vieille» parce qu’elle marche à petits pas, que sa voix s’affaiblit, qu’elle perd un peu la mémoire ou devient morose… C’est le cerveau qui est responsable de tous ces signes ! Le vieillissement cérébral global est la somme de millions de «microvieillissements» au sein du cerveau. Si la marche est ralentie, c’est que les neurones commandant la motricité sont affaiblis. Si la mémoire défaille, c’est que les zones importantes pour l’encodage (hippocampe) ou le stockage des informations (cortex cérébral) sont touchées. Ce vieillissement, en pièces détachées, est propre à chacun. Selon l’ampleur et la localisation des circuits altérés, on peut avoir l’air de vieillards cacochymes dès 70 ans… ou courir le marathon à 100 ans !

Le poids du cerveau diminue d’environ 2 % tous les dix ans dès 40-50 ans, car il y a une réduction du volume de la substance grise (corps cellulaires et connexions des neurones) et surtout du volume de la matière blanche (axones entourés de myéline). Pour autant, on ne perd pas de neurones dans le vieillissement strictement normal. Le déclin cognitif vient de ce que le métabolisme des neurones diminue, affaiblissant leur force et réduisant le nombre de leurs terminaisons nerveuses et de leurs connexions avec les autres neurones : la communication d’informations s’effectue moins bien. Au-delà d’un certain nombre de neurones touchés, les signes extérieurs apparaissent. Mais, avant cela, on a tous un mécanisme de compensation qui, grâce à la plasticité cérébrale, permet de résister au déclin. Jusqu’à un certain point, du moins… D’où l’importance de la recherche dans ce domaine.