77e Mostra de Venise : «Nomadland» remporte le Lion d’Or

Le film «Nomadland» de Chloé Zhao a remporté samedi 12 septembre le Lion d’Or à Venise, décerné par le jury de la 77e Mostra présidé par l’actrice australienne Cate Blanchett.

 

La réalisatrice américaine d’origine chinoise, âgée de 38 ans, est la première femme à recevoir ce prestigieux prix depuis Sofia Coppola, une autre Américaine, en 2010 avec «Somewhere».

Le film, l’une des rares productions américaines présentées cette année à Venise, met en scène l’actrice aux deux Oscars Frances McDormand, dans le rôle d’une femme brisée qui plaque tout pour vivre sur la route.

Ce road trip mélancolique est une plongée dans l’univers des «van dwellers» (« habitants des caravanes »), ces Américains qui vivent dans leur véhicule aménagé, enchaînant les petits boulots. Ils se retrouvant en communauté, au hasard de leur route, ou sur les réseaux sociaux (#vanlife).

Le Grand Prix du jury a été attribué à « Nuevo Orden » de Michel Franco (Mexique), et le Lion d’argent du meilleur réalisateur est allé au Japonais Kiyoshi Kurosawa pour « Les amants sacrifiés ».

Côté interprètes, la Britannique Vanessa Kirby, qui s’est fait connaître pour son rôle de la princesse Margaret dans la série The Crown, est couronnée pour son premier rôle titre au cinéma dans Pieces of a woman du Hongrois Kornel Mundruczo. Elle y incarne une femme dont la vie est bouleversée lorsque son accouchement à domicile tourne mal.

L’acteur italien Pierfrancesco Favino a été récompensé pour son rôle d’un haut fonctionnaire italien ciblé par un attentat terroriste durant les «années de plomb» dans Padrenostro de Claudio Noce.

 

«La Nuit des Rois», hors-compétition

Par ailleurs, le deuxième long-métrage de Philippe Lacôte, «La Nuit des Rois», a été présenté hors-compétition à la 77e Mostra de Venise.

Le réalisateur franco-ivoirien nous envoie pour une nuit dans la MACA, la prison la plus surpeuplée d’Afrique de l’Ouest.

Barbe-Noire y règne en maître. Caïd vieillissant et sur le point de mourir, pour conserver son pouvoir, il renoue avec la tradition de «Roman»: un seul prisonnier, contraint de raconter des histoires pendant toute une nuit. Un jeune pick-pocket est désigné, et un seul récit le hante, celui du légendaire Zama King.

«Zama, c’est un personnage réel, c’est un chef de gang qui a existé à Abidjan qui a été lynché, qui a commis beaucoup de crimes, qui était chef des Microbes», explique le réalisateur, Philippe Lacôte.

«Les Microbes, c’est les gangs de 8 à 18 ans qui sèment la violence dans les quartiers populaires d’Abidjan, qui attaquent à la machette et au couteau. C’est montré dans le film et c’est une réalité. Aujourd’hui, ils sont utilisés par le pouvoir en place comme milice pour mater les oppositions».

La Nuit des Rois est une métaphore de la politique ivoirienne récente, mais aussi le reflet d’un pays toujours profondément ancre dans la tradition: la Cote d’Ivoire, qui reste hier comme aujourd’hui le théâtre de jeux de pouvoirs obscurs dont la jeunesse fait les frais.

«En fait ce qui m’intéresse, c’est toujours de montrer cette jeunesse qui est un peu prise dans un étau politique», dit Lacôte.

«La Côte d’Ivoire, depuis Houphouët-Boigny, est un pays qui est ‘sur-politisé’ avec des guerres de succession qui ressemble à celle qu’il y a dans la MACA qui ne s’arrête jamais».

«C’est à dire qu’on a beaucoup de leaders qui veulent le pouvoir. On a beaucoup de leaders qui sont liés à des groupes ethniques, donc c’est quelque chose d’assez difficile à démêler. Et aujourd’hui c’est la jeunesse qui est instrumentalisée dans ce conflit».

Construit comme un thriller, le film balance entre réalisme brut et effets spéciaux spectaculaires. Il plonge le spectateur dans un monde inquiétant, qui semble toujours au bord de l’implosion.