Entre persistance de la pandémie et relachement des règles sanitaires : Une rentrée sociale « prudente »

L’Algérie se prépare pour une rentrée sociale inédite. Intervenant en plein crise sanitaire de Covid-19, le retour au travail a déjà commencé dans plusieurs secteurs d’activité. La rentrée universitaire ne saura tarder et la prise du chemin de l’école aura lieu début octobre.

 

Mais face à un relâchement des mesures sanitaires par une grande partie de la population, les professionnels de la santé craignent de voir le virus se diffuser davantage. Pour eux, seul le recours à des mesures coercitives pourrait dissuader les «entêtés».

Les vacances sont terminées pour la plupart des Algériens. La reprise du travail se fait graduellement malgré la persistance de la pandémie du nouveau coronavirus. En effet, la vie active a déjà repris son rythme dans de nombreuses entreprises économiques et administrations. La plupart des transports ont également repris le service.

Idem pour les élèves des classes d’examens qui doivent prochainement passer le BEM (Brevet de l’enseignement moyen) ou le BAC (Baccalauréat), qui ont eux aussi, repris le chemin de leurs établissements scolaires le 25 août dernier. La rentrée scolaire 2020/2021 est prévue le 4 octobre prochain. Quant aux étudiants, ils reprendront les cours un peu plutôt, soit le 19 septembre.

Cette rentrée sociale suscite pourtant de grandes inquiétudes et d’appréhensions. Les règles sanitaires nécessaires pour endiguer la propagation du virus SARS-COV-2, censées encadrer cette reprise, ne sont plus respectées. Depuis quelques semaines, c’est le relâchement total des gestes barrières dans la rue, les lieux publics, les commerces et les transports. Très peu de visages sont masqués. La plupart des Algériens circulent sans bavettes. D’autres, la portent de manière aléatoire. Parfois, elle pendouille au menton et parfois, elle est enfilée au bras.

La distanciation physique elle aussi, est bafouée. La ruée sur les étals des marchés de fruits et légumes et les bousculades dans les rayons des superettes, épiceries et boucheries en témoignent. Hommes, femmes, enfants, jeunes et moins jeunes, tout le monde se comportent comme si la pandémie de la Covid-19 a entièrement disparu. La plus grande partie de la population semble ainsi dans le déni total de cette pandémie.

Les multiples campagnes de sensibilisation sur le respect des règles sanitaires élémentaires pour se protéger du nouveau coronavirus n’ont pas apparemment porté leurs fruits. Aujourd’hui, ce relâchement ne fait que renforcer la crainte des professionnels de la santé. Ils appréhendent une recrudescence des cas de Covid-19 et s’attendent au pire. D’ailleurs, ils n’écartent pas une aggravation de la situation sanitaire dans notre pays.

 

Les appréhensions du corps médical  

Le président du Syndicat nationale des praticiens de la santé publique (SNPSP), Dr Lyes Merabet, refuse de parler de protocole sanitaire puisqu’il est «ni respecté», «ni appliqué». «Sur le terrain, tout va à l’inverse de toutes les recommandations proposées depuis des mois. La distanciation physique n’est pas respectée en tous lieux. Idem pour le port de bavette. Ni les citoyens, ni les commerces ne respectent ces consignes. Cela donne l’impression qu’ils ne sont pas concernés», déplore-t-il.

Une situation «désolante» qu’il incombe au «laisser-aller» et à «l’absence totale» des autorités chargées de veiller à faire respecter ces mesures et à appliquer les lois de la République. «Lorsque la situation se gâte, elle se répercute sur les structures de santé publiques et privées. La propagation de ce virus engendre des contaminations et des décès parmi les professionnels de la santé», souligne-t-il.

La rentrée sociale est pour lui, synonyme de promiscuité et de contacts directs donc de risque de contamination. «Avec la reprise des élèves, des étudiants et des travailleurs, il sera difficile de cerner et de canaliser le flux de la population et de son mouvement», dit-il.

Mais comment reprendre sereinement le travail en entreprise ou le chemin de l’école ? Pour le Dr Merabet, l’unique solution est le respect des gestes barrières par chacun. Il insiste également sur la nécessité du dépistage massif de la population afin d’éviter la formation de nouveaux foyers et de contenir cette pandémie. Cette mesure estime-t-il, demeure le seul moyen pour mieux gérer cette crise sanitaire et barrer la route à la propagation du virus de la Covid-19.

«Le dépistage massif est recommandé pour avoir une meilleure vision d’ensemble de la circulation du virus et tenter de localiser où il se diffuse pour freiner l’épidémie. Il permettra de dépister et d’identifier les cas confirmés positifs notamment les porteurs saints et de les suivre», précise-t-il.

Rappelant les prévisions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui espère une accalmie de la pandémie dans pas moins de 24 mois, le praticien ne cache pas ses appréhensions. «Avec la reprise des échanges avec les autres pays et la libération des déplacements des personnes, l’Algérie connaitra un flux de voyageurs venants des différents continents. Et si jamais cette pandémie persiste, nous risquons alors d’être frappés de plein fouet. Une autre flambée de cas de contamination risque de survenir et pourrait faire des dégâts», avertit-il.

En attendant un remède miraculeux, les professionnels de la santé tout comme les citoyens, s’en remettent en définitif à la fatalité. «Notre salut est dans la clémence de la nature et que Dieu nous préserve d’une flambée de la pandémie qui pourrait faire des dégâts», dira le président du SNPSP.

 

Le recours aux mesures coercitives s’impose

Le non respect du port du masque et d’autres mesures barrières dans les lieux publics, afin d’endiguer la propagation du virus de la Covid-19, a provoqué l’indignation des professionnels de la santé. Pourtant, ces gestes, actuellement seul moyen efficace pour freiner cette infection, sont très accessibles. L’ancien chef de service de la clinique des maladies respiratoires au CHU Mustapha Pacha, le professeur Salim Nafti, qualifie l’entêtement d’une grande partie de la population et le relâchement constaté de «dramatique». Pourtant, précise-t-il, «Beaucoup le payent lourdement», dit-il.

Pour lui, il est incontournable de s’adapter à cette crise sanitaire qui risque de perdurer. «Selon l’OMS, la pandémie du coronavirus persistera durant pas moins de deux ans avant qu’elle ne disparaisse. Il faudra donc que l’on s’y adapte, que l’on s’accommode et que l’on puisse vivre avec ce virus sans que ça puisse nuire à la santé de la population et à l’économie du pays», dit-il.

Le spécialiste en pneumo-phtisiologie affirme que cette cohabitation ne peut être équilibrée sans le respect absolu de toutes les mesures barrières. Pour ce faire, il estime qu’un certain nombre de lois et des mesures coercitives doivent être mis en place. «Nul n’est au dessus de la loi. Il faut donc les appliquer et pénaliser tous ceux qui ne respectent pas le port de masque et les gestes barrières. D’ailleurs, la seule manière de faire respecter la loi est d’imposer des amendes», insiste-t-il.

Katia Sari