Animaux : Les oiseaux voient mieux les éoliennes peintes en noir

L’hypothèse date de 2003, mais elle n’avait jamais été vérifiée in situ. Des chercheurs américains du National Renewable Research Laboratory (Etats-Unis) avaient prouvé en laboratoire que des pâles d’éoliennes peintes en noir étaient plus visibles par les oiseaux.

 

La grande majorité d’entre eux ont en effet une vision latérale développée pour détecter les prédateurs et/ou trouver des proies mais une étroite vision frontale si bien qu’ils ne perçoivent pas, ou mal ou en retard un obstacle en mouvement devant eux. La perception par la rétine des oiseaux d’un objet bougeant aussi vite s’apparente à un «flou» qui fait penser à un espace sûr, expliquaient ces chercheurs.

En ajoutant un contraste de couleur sur les pâles, ils avaient estimé à l’époque qu’une différence de lumière pouvait constituer pour les oiseaux un bon signal d’un danger imminent. Le NREL avait ainsi testé différents motifs (rayures, bandes verticales, peinture totale des trois pâles, etc.) pour conclure que le plus efficace était de peindre une pâle sur les trois d’une éolienne. Depuis, aucune expérience de terrain n’avait été tentée. Cette lacune vient d’être comblée par le Norwegian Institute for Nature research (NINA) de Trondheim.

Au centre de la Norvège où est exploité un parc de 48 éoliennes, un tiers d’entre elles ont reçu un coup de peinture noire sur l’une des pâles. De 2006 à 2016, les chercheurs ont effectué près de 10 000 visites au pied des éoliennes à la recherche de cadavres d’oiseaux. Sur ces dix années, 464 carcasses ont été répertoriées avec l’aide de chiens spécialement entraînés pour les retrouver et grâce aux observations des techniciens du parc et des visiteurs. Les chercheurs se sont particulièrement intéressés aux espèces qui étaient déjà victimes des pâles avant l’expérimentation : le pygargue à queue blanche (un aigle protégé en Norvège), la bécassine des marais, la corneille, le pipit farlouse. Un traitement particulier a été réservé au lagopède des saules, un membre de la famille des perdrix qui a la particularité de se fracasser non pas sur les pâles mais sur les mâts des éoliennes. Pour elles, des bases de certaines machines ont été repeintes en noir.

Les résultats de ces dix ans d’observation sont sans appel : les collisions avec les éoliennes peintes ont diminué en moyenne de 70% par rapport à une éolienne voisine restée totalement blanche. Les destructions d’oiseaux ont particulièrement diminué au printemps et en été, saisons où le plus grand nombre de cadavres était enregistré. Au fil des dix années d’expérience, les chercheurs n’ont pas constaté de phénomène d’habituation des oiseaux qui aurait provoqué de leur part une baisse de vigilance.