Comportement : Est-il vrai qu’il existe des «peaux à moustique» ?

Les «peaux à moustique» n’existent pas à proprement parler. Cependant, plusieurs études ont mis en évidence divers facteurs jouant sur la manière dont les moustiques choisissent leurs proies. Et il n’est pas question pour ces insectes de détecter le taux de sucre dans le sang, comme on peut parfois l’entendre.

 

La plupart des moustiques disposent d’un double mécanisme de détection, un à longue portée, et l’autre pour le «combat rapproché». Ce qui attire le moustique en priorité, c’est le CO2 (dioxyde de carbone). Il est capable de détecter les molécules de CO2 à des distances très importantes (50 mètres environ, ndlr). Ainsi, les personnes qui ont un dégagement de CO2 plus important (lié à la respiration et/ou la transpiration) que les autres attirent davantage les moustiques. De plus, les femmes enceintes, qui émettent 21% de CO2 de plus, se feraient piquer plus fréquemment, selon une étude publiée en 2000.

Pour certains, «dès que les moustiques sont là, ils ne piquent que moi». Mais est-ce pour autant vrai ? Selon les chercheurs, il y a un biais important à prendre en compte lorsque l’on aborde la question des cibles préférentielles des moustiques, à savoir que la réponse dépend beaucoup du ressenti individuel de chacun. Certaines personnes peu sensibles aux piqûres ou chez qui la piqûre n’occasionne que très peu de réaction au niveau de l’épiderme peuvent avoir l’impression d’être assez peu piquées. Au contraire, pour d’autres, chaque piqûre occasionne une gêne et des démangeaisons importantes qui les poussent à croire qu’elles sont des proies privilégiées.

 

Les odeurs qu’on émet…

Mais, une fois que l’insecte est arrivé à portée de la source de CO2, il va se fixer sur un autre déterminant qui le décidera à piquer, ou pas. Cela peut être la forme de la proie ou même la chaleur qu’elle dégage. Ainsi, les personnes en surpoids, celles qui viennent de faire du sport, ou encore celles qui boivent de l’alcool (notamment de la bière) seraient aussi des cibles privilégiées car tous ces facteurs favorisent la hausse du rythme cardiaque et de la chaleur corporelle, provoquant également une augmentation du CO2 émis… Mais plus fréquemment, ce sont les odeurs qui attirent le moustique, son odorat étant très puissant. En effet, il peut en détecter près de 150 différentes issues du corps humain. Ainsi, une personne qui transpire beaucoup dégagera plus d’odeurs détectables par le moustique, et sera donc plus susceptible de se faire piquer.

 

… et celles émises par les bactéries !

Mais étant donné que chaque individu émet son propre cocktail d’odeurs, il est très difficile de savoir quelles combinaisons sont les plus attractives ou les plus répulsives. Il ne s’agit pas d’odeurs perceptibles par l’Homme. Cela peut être des odeurs émises par l’hôte mais également des odeurs dues aux bactéries qui vivent sur la peau.  En effet, on ne partage les uns avec les autres qu’une petite fraction d’espèces microbiennes. Pour le reste, notre empreinte microbienne est unique : tout comme les moustiques, si certains microbes préfèrent coexister avec nous, d’autres vont s’installer ailleurs. Et certaines compositions bactériennes sont plus à même d’attirer les moustiques que d’autres : par exemple, l’espèce Anopheles gambiae, présente en Afrique, préfère les personnes dont la peau porte une quantité importante de bactéries mais de faible diversité.

Pour compliquer un peu les choses, les odeurs qu’on dégage dépendraient aussi des gènes. Des scientifiques ont confronté des jumeaux à des moustiques de type Aedes aegypti. Et les vrais jumeaux ayant en commun la totalité de leurs gènes ont eu de façon constante des scores plus ressemblants que ceux des faux jumeaux mettant ainsi en lumière un composant génétique évident. Selon cette comparaison, 67% des différences entre les personnes sont dues à leurs gènes. »

 

La lumière et la hauteur : une influence ?

Souvent, les soirs d’été, fenêtres grandes ouvertes chez soi, l’on éteint pour espérer échapper aux piqûres. Mais en réalité, cela ne fonctionne pas avec tous les moustiques. Seules quelques espèces sont attirées par la lumière. Les moustiques tigres (Aedes albopictus), qui piquent plutôt le jour avec un pic d’agressivité à l’aube et au crépuscule, y sont totalement insensibles.

De même que la lumière, la hauteur n’est pas un facteur complètement fiable. Même si en général, les moustiques qui piquent les humains préfèrent voler à des altitudes de moins de sept mètres, dans les faits, ces insectes ont déjà été retrouvés aux 21e étage d’appartements de Singapour, jusqu’à 2 500 mètres dans l’Himalaya et 600 mètres sous terre dans les mines en Inde…

 

Les moustiques s’adaptent à leurs «proies»

On a des exemples localisés où les moustiques se sont adaptés aux comportements de leurs proies potentielles. En Afrique, lors d’études sur la dengue, on s’est rendu compte que l’espèce Anophèle anthropophile qui avait l’habitude de piquer au coucher du soleil a modifié son comportement pour s’adapter à sa population cible. En effet, lorsque ces populations se sont mises à utiliser des moustiquaires imprégnées – redoutables pour les moustiques, on a constaté que les insectes se sont mis à venir piquer plus tôt, avant le coucher du soleil, au moment où les gens ne dorment pas encore et ne sont donc pas abrités sous les moustiquaires.

Pareillement, il a été constaté qu’entre une personne saine et une personne infectée par la dengue, le moustique lui-même infecté allait se tourner plus volontiers vers la personne saine. On peut soupçonner que ce choix est guidé par le virus qui va chercher un hôte sain à contaminer. A l’inverse, le moustique sain préfère piquer la personne infectée !