Cinéma : Le petit indien Yakari débarque

Une success story discrète : avec son univers bienveillant et ses animaux qui parlent, Yakari, petit Indien d’Amérique dessiné en Suisse, a vendu cinq millions d’albums de BD ces 50 dernières années, et a fait, mercredi 12 août, ses premiers pas au cinéma.

 

Le Sioux et son mustang Petit Tonnerre, dont les aventures à travers des paysages typiques de l’Ouest américain se déroulent dans de grandes cases aérées, avec des dialogues simples, accompagne chaque année des milliers d’enfants dans leurs premiers pas de lecteurs. Il a été traduit en 19 langues.

Un succès qui remonte à 50 ans, sous la plume de deux Suisses, figures de la BD classique francophone, Derib au dessin et Job au scénario. Ce dernier, nonagénaire, a récemment passé le flambeau.

«Yakari et le Bison blanc», «Yakari chez les Castors», «Au pays des Loups»… dans chacun de leurs albums, souvent mâtinés de magie, le petit Indien découvre un nouvel animal, reflet de leurs préoccupations écologistes.

Et à 75 ans, Derib (Claude de Ribaupierre), installé en pleine nature dans sa maison natale de La-Tour de-Peilz, au bord du Lac Léman, continue de veiller sur son bébé : il a gardé un oeil vigilant sur l’adaptation en dessin animé pour le grand écran, et dessiné le 41e album, prévu en fin d’année.

«Ce monde m’accompagne depuis 50 ans», explique à l’AFP ce «fanatique de la BD», qui confesse ne pas être un grand voyageur… et n’a jamais mis les pieds aux Etats-Unis ! Amateur de westerns, il est tombé amoureux des Amérindiens, dont il continue de s’inspirer pour dessiner, de chez lui, six à huit heures par jour.

Admirateur de Franquin (Spirou, Gaston Lagaffe…), qui deviendra son ami, il a fait ses premières armes aux côtés de Peyo, auteur des Schtroumpfs et maître exigeant dont il sera une petite main pendant deux ans à Bruxelles.

«J’ai été intégré dans la famille BD très tôt», explique ce représentant suisse de la BD francophone, qui a toujours voulu dessiner la nature. Ce fan de chevaux, qui en a eu pendant une trentaine d’années, reconnaît «un vertige» par rapport au succès de Yakari, ses cinq millions d’albums vendus, et sa «chance d’avoir un lectorat qui (le) suit».

 

Valeurs humanistes

En librairie, ce classique, dont les amateurs de BD contemporaine pourraient regretter le côté sage, se rachète de génération en génération, analyse le libraire spécialisé Marc Szyjowicz, patron des librairies BDNet – réseau Canal BD.

Lui-même n’hésite pas à la recommander : «Les enfants rentrent dedans, ils y croient complètement, c’est bourré de culture amérindienne». «C’est une BD de qualité qu’il est important d’avoir dans son fonds, et qui, chose étonnante, a réussi à ne pas vieillir».

En effet, le succès ne se dément pas, avec 100.000 albums écoulés chaque année, selon son éditeur, tandis qu’en Allemagne, le dessin animé diffusé à la télé en a fait une star, peut-être plus connue que dans le monde francophone.

Déjà responsable de l’adaptation télé, Xavier Giacometti, scénariste du 41e tome, a pris les commandes du film «Yakari la grande aventure», en veillant à conserver «les grandes valeurs humanistes» du petit héros à la plume d’aigle sur la tête, dont «l’harmonie entre l’homme et la nature».

Le dessin animé, long-métrage tout en douceur loin des productions survitaminées des grands studios, respecte scrupuleusement l’univers du petit Indien. «Toute l’astuce de Yakari, c’est qu’il n’y a pas de vrai méchants. Il y a des pumas, des prédateurs… mais ils agissent soit par bêtise, soit par ignorance», explique le réalisateur.

«C’est l’ADN de Yakari : on laisse la place à l’imaginaire des enfants, on ne les prend pas pour des idiots».

Derib, lui, espère qu’avec les crises sanitaires et climatiques, «les valeurs de Yakari vont revenir : il faut oublier de réussir sa vie, de gagner de l’argent, et retourner vers l’essentiel».

In 7sur7