Documentaire : Journal de Bolivie : le Che, la pomme et le pommier

Cinquante après la mort de Che Guevara, deux cinéastes québécois retournent en Bolivie et suivent le même chemin que le guérillero et ses hommes ont suivi à l’époque.

 

La pomme ne tombe jamais loin du pommier. Jules Falardeau serait le premier à l’admettre.

Le documentariste de 35 ans n’est peut-être pas aussi polémique, offensif ou virulent que son défunt père, le cinéaste Pierre Falardeau. Mais on trouve chez lui la même fibre politique de gauche et le même sens de l’engagement qui habitaient le réalisateur d’Elvis Gratton ou du Temps des bouffons.

Plutôt que de s’attarder au nationalisme québécois, Jules Falardeau braque cependant sa caméra sur l’Amérique du Sud. Avec son coréalisateur Jean-Philippe Nadeau Marcoux, il est parti sur les traces de Che Guevara en Bolivie, où le révolutionnaire a été tué en octobre 1967.

Cet épisode tragique a souvent été raconté : la traque du Che, sa capture par l’armée bolivienne, son exécution, l’exposition de son corps et sa dépouille, introuvable pendant des années…

Mais les deux cinéastes ont eu l’intelligence de ne pas tomber dans le documentaire historique. Journal de Bolivie met plutôt en scène un groupe de jeunes « guévaristes » boliviens, qui décident de marcher sur les traces du Che, 50 ans après sa mort, en empruntant la même route que le guérillero et ses hommes, à l’époque.

Leur pèlerinage est prétexte à de nombreux échanges sur la vision et l’héritage politique du Che en Bolivie, où l’on ressent encore la cicatrice de sa mort. Les scènes sont ponctuées d’extraits du journal de bord que tenait le Che en 1967, d’où le titre…

Réalisé avec peu de moyens, Journal de Bolivie ne fait pas dans le feu d’artifice. C’est un documentaire classique, voire brut, qui brille d’abord par son honnêteté et sa sincérité. On aurait peut-être aimé une narration moins monocorde. Mais cette voix grave balance des mots qui portent. Et qui résonnent. Où l’on comprend pourquoi le mythe du Che perdure, plus d’un demi-siècle après sa mort. Ses idéaux et son sens du sacrifice feraient figure de modèle, dans le monde mal barré qui est le nôtre.

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