Comportement : Lire les scènes de ménages dans le cerveau

L’imagerie cérébrale de 36 couples, avant et après une dispute, est différente selon qu’ils aient ou pas bénéficié d’une médiation pendant l’orage, montre une étude suisse publiée dans la revue Cortex.

 

En cas de scène de ménage, mieux vaut l’intervention d’une personne extérieure pour arrondir les angles. Une médiation qui se lit dans le cerveau des amoureux après la dispute, selon cette étude réalisée à l’UNIGE, l’Université de Genève. Pour les besoins de ce travail de recherche, les partenaires de 36 couples sont passés (les uns après les autres !) dans un dispositif de neuro-imagerie médicale, avant et après une séance de dispute provoquée dans le laboratoire suisse. Une approche originale puisque «malheureusement, l’amour est pour l’instant assez peu investigué en neurosciences, surtout en imagerie fonctionnelle chez les êtres humains», expliquent les chercheurs.

 

Une liste de sujets de dispute

Avant d’arriver devant les scientifiques, les participants à cette étude avaient rempli un questionnaire donnant les pistes explosives, celles des sujets de conversations aptes à déraper en crêpage de chignon : le temps passé ensemble, les finances, la sexualité, les relations avec les beaux-parents… Bref, les chercheurs pouvaient appuyer là où ça démange et comment envenimer les débats. «En général, les dix premières minutes sont un peu embarrassante, mais ensuite les choses s’enchaînent avec un naturel impressionnant et débouchent immanquablement sur un conflit».

La discussion électrique durait une heure, sous l’œil d’un médiateur professionnel. Un observateur totalement passif dans une moitié des cas, ou qui au contraire intervenait dans l’échange pour l’autre moitié des rencontres. Une différence de traitement qui se lit dans le cerveau, ainsi qu’il a pu être constaté en faisant ensuite passer les participants de l’étude dans un IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) : chez les couples ayant bénéficié d’une médiation active pendant le conflit, une certaine zone du cerveau s’est révélée être bien plus activée. Il s’agit du noyau accumbens, une région clé du circuit de la récompense.

 

Amour et noyau accumbens

«En général, le noyau accumbens est activé lors de la récompense. Par exemple quand on reçoit un aliment qu’on aime beaucoup, comme le chocolat, ou même de l’argent. Ce peut être aussi quand les mères regardent une photo de leur propre enfant ou dans les études d’amour romantique quand on voit le visage du partenaire».

Par ailleurs, les travaux d’imagerie ont aussi été effectués avant le conflit. De quoi montrer un schéma d’activation dans les régions du cerveau comme le striatum et le cortex orbitofrontal associées à l’amour romantique (le noyau accumbens est une partie spécifique du striatum). «Après le conflit, nous avons observé assez logiquement une désactivation générale chez les deux groupes dans ces régions du cerveau», expliquent les chercheurs. Logique effectivement, puisqu’après la prise de bec, «il nous semble logique que la signature neuronale de l’amour baisse car le ressenti change», commentent-ils.