Respect des mesures sanitaires dans les commerces et marchés : L’impossible discipline !

Depuis le début du mois de juillet 2020, le nombre de cas de personnes atteintes de la Covid 19 ne cesse d’augmenter. Mais le 24  juillet 2020,  l’Algérie a connu le plus grand nombre de contaminations en vingt-quatre (24) heures : 679 cas. Les gens commencèrent alors à «faire plus attention» après avoir été, malgré les avertissements et les mises en garde des autorités, plus qu’insouciants.

Les personnes âgées ont été les premières à prendre des mesures pour se prémunir. Les retraités ne sortent plus pratiquement et ceux qui doivent faire leurs commissions, se lèvent tôt pour éviter la foule. Les vendeurs des marchés de fruits et légumes redoublent de vigilance, portent désormais des bavettes et ne se séparent pas des solutions hydro-alcooliques. « Nous avons passé plus de 22 jours sans travail. Tous les marchés ont été fermés par décision de la wilaya. Depuis que notre marché à rouvert, les vendeurs ont compris qu’ils doivent respecter les mesures barrières», dit un vendeur de fruits et légumes au marché de Saoula.

Les médecins admettent l’existence d’une importante augmentation du nombre de malades atteints du Covid 19. Nous constatons une augmentation sensible des cas de contamination dans plusieurs wilayas, cependant, on ne peut parler de seconde vague.  Cette expression n’est pas en phase avec la réalité de l’évolution des virus et des pandémies », affirme  le professeur Bengounia, épidémiologiste et chercheur en sciences médicales. Il ajoute : «En l’absence d’immunité collective le virus continuera à circuler activement et à contaminer». Il se montre ensuite pédagogue : «Ce n’est qu’avec la conjugaison de tous les efforts que l’on pourra combattre le virus. La prévention ne doit pas être une opération ponctuelle mais constante».

D’un autre côté, les gens se demandent pourquoi les autorités n’ont jamais opté pour un confinement total. «Je ne comprends pas pourquoi on nous oblige de rentrer chez nous à 20 heures. Les contaminations sont nombreuses dans les magasins et les moyens de transport», répond un jeune homme à un policier qui lui demandait de porter une bavette. Les mesures prises par les autorités ont été préconisées par des médecins. Le Professeur Bengounia est très clair à ce sujet : «La majorité des infections se passent en milieu intrafamilial».

Les spécialistes en épidémiologie se montrent rassurants et promettent un retournement de situation et un retour à la normal dans 1 ou 2 mois.

 

Une mobilisation sans faille

Les médecins exerçant dans les établissements de santé publique, font face à de multiples problèmes. Ils sont obligés de rester mobilisés jour et nuit et ils sont des milliers à avoir abandonné leurs familles pour prendre en charge un nombre de plus en plus important de malades atteints du coronavirus.

De plus, l’été 2020 est caractérisé par une augmentation significative de la  température. Depuis le 15 juillet, le mercure de descend pas sous la barre des 30 degrés dans les villes côtières. Le thermomètre affiche allégrement les 40 degrés, voire plus dans les régions des hauts plateaux et du Grand Sud. Alors que la chaleur est étouffante, le personnel soignant doit porter des bavettes et des tenues protectrices. «Ce n’est pas facile de porter la tenue de bloc, la bavette et la visière à longueur de journée. Je n’arrive pas à bien respirer, mais je dois continuer à travailler», dit une infirmière du pavillon des urgences du centre hospitalo-universitaire Mustapha Bacha à Alger. Cette dame travaille normalement en brigade et assure une garde de 24 heures et se repose ensuite durant 48 heures. Depuis le début de l’épidémie, elle est mobilisée tous les jours

Pour faire face  à l’augmentation du nombre de contaminés, des  directeurs d’hôpitaux ont dû improviser des solutions dans l’urgence.  Si  dans les grandes agglomérations disposant de nombreux hôpitaux, les médecins arrivent à hospitaliser les nouveaux malades, dans les établissements de santé situés dans les zones reculées ou enclavées, les lits d’hospitalisation de font rares.  Dans certaines wilayas, les chambres d’hébergement des écoles paramédicales ont été transformées en services hospitaliers destinés à la prise en charge des malades du Covid 19.

Au manque de place dans les services, vient s’ajouter la contamination du personnel soignant. Le nombre des praticiens et des infirmiers actifs diminue ainsi. «Dans mon service, il y-a plus de 5 médecins et de 3 infirmiers qui sont encore actifs. Tout le monde met alors la main à la pâte. Le professeur chef de service, est mobilisé tous les jours. Il n’est pas facile de soigner les malades avec un effectif amoindri», dit un maitre-assistant en infectiologie à l’hôpital El Hadi Flici (ex El Katar).   Le même praticien revient à la charge : «je ne parle pas des services où des médecins sont décédés pour sauvé autrui, mais des structures ou des praticiens sont touchés par le Covid 19». Selon, les dernières statistiques, plus de 32 médecins et infirmiers sont décédés depuis le début de l’épidémie.

Malgré toutes ces contraintes, le personnel médical et paramédical continue à s’acquitter tous les jours des missions qui lui sont dévolues. Les praticiens n’espèrent qu’une chose pour le moment : que les Algériens finissent par comprendre que la situation est grave et qu’ils se mettent à respecter sérieusement les mesures barrières.

Les blouses blanches saluées

Le corps médical est en train de séduire tous les Algériens qui  reconnaissent désormais que le praticien remplit une mission noble. Fini le temps où le corps médical était pointé du doigt et accusé de tous les maux qui rongent le secteur de la santé. Des citoyens se mobilisent même pour leur venir en aide. C’est le cas de Rédha qui gère un restaurant à la Rue Ferhat Boussad. Tous les jours que Dieu fait, depuis le début de l’épidémie, il prépare une soixantaine de repas qu’il livre gratuitement au centre hospitalo-universitaire Mustapha Bacha. «Comme les restaurants sont fermés, les praticiens n’arrivent pas à trouver où déjeuner. Aussi, je fais ce que je peux pour leur venir en aide», dit-il.

Zoulikha, elle, est une mère de famille qui Habite à la rue Didouche Mourad. Retraitée de l’Education, elle se sent inutile d’autant que ses enfants sont tous adultes. Elle a décidé de rejoindre un groupe de femmes bénévoles. « Nous confectionnons des masques et des blouses de bloc opératoire. Nous les remettant ensuite au Croissant Rouge Algérien qui les distribue aux établissements de santé», explique-t-elle. Elle ajoute : «Les médecins m’ont sauvée d’un cancer du sein. Jamais je n’oublierai l’abnégation de mon médecin traitant».

Quant à Rachid, c’est un jeune homme qui habite dans la commune de Birtouta, dans la wilaya de Blida. Il met sa voiture à la disposition de tout praticien qui veut se rendre à son lieu de travail. «Une petite aide que j’apporte», dit-il.

Les médecins ont payé un lourd tribut. Plus de 45 médecins, infirmiers, administrateurs des hôpitaux et brancardiers sont décédés de la Covid 19. Des dizaines de travailleurs dans le secteur de la santé ont été infectés et certains sont encore  hospitalisés. Djamel, infirmier à l’hôpital de Boufarik, a passé 22 jours en soins intensifs. Une semaine après sa sortie, il a repris le travail.

 

Contrôle des marchés

Les services d’hygiène continuent à activer sur le terrain. Constitués de médecins et de vétérinaires, les bureaux d’hygiène communaux veillent sur la santé des Algériens. Ils contrôlent les espaces de vente, donnent des conseils aux commerçants pour être en conformités avec la loi. En cas de dépassements flagrants, de récidive, ils sont habilités à sévir, pouvant aller jusqu’à la fermeture pure et simple.

Ils portent par ailleurs, une attention particulière aux boucheries, les poissonneries et les magasins où sont vendues les volailles.

Les grandes surfaces, les marchés des fruits et légumes et les bazars sont soumis au même règlement. Le wali d’Alger a pris la décision de fermer à partir du samedi 25 juillet 2020, le marché Ferhat Boussad (ex Meissonnier).  Cet espace de vente est très important pour les habitants du quartier et des alentours. Situé à proximité du centre hospitalo-universitaire Mustapha Bacha, il est très fréquenté. Cette fermeture met dans l’embarras de nombreux riverains qui sont obligés d’aller faire leurs commissions au marché Clausel ou à la place du 1er mai. Les responsables de la wilaya d’Alger, comprennent les contraintes des riverains, mais expliquent que : «Nous avons relevé plusieurs cas de vendeurs atteints par le Coronavirus. Nous n’allons pas laisser cette source de contamination sans réagir».

Pour rappel, ce marché compte 94 espaces de vente, entre étals et boutiques.

Les forces de sécurité (police et gendarmerie) sont aussi mises à contribution en matière d’application des mesures barrière. Des policiers et des gendarmes redoublent de vigilance. Ils interviennent dans les marchés et les magasins pour mettre un terme aux dépassements. «Nous avons fait beaucoup de pédagogie. Certains commerçants font fi de toutes les mesures prises en cette période d’épidémie», dit un policier qui intervenait au marché de Saoula.

Mais, de plus en plus, tout le monde commence à comprendre que le temps du laisser-aller est maintenant révolu. Désormais, l’entrée dans les magasins n’est permise qu’aux personnes portant une bavette, tous les gérants ayant affichés la note indiquant l’obligation du port du masque.

Les bureaux d’hygiène des cinquante-trois (53) communes de la wilaya d’Alger, ne chôment pas ces derniers temps. Ils doivent veiller au grain et agir de telle sorte à convaincre les gens à respecter les mesures barrières. «Le citoyen n’est pas discipliné. Il pense que les virus  ne contaminent que  les autres. Lui, comme par miracle est prémuni», dit un médecin au service d’hygiène de la wilaya d’Alger. «En pleine période d’épidémie, des hommes et des femmes font fi des mesures arrêtées par le département de la santé. Certains vont jusqu’à accuser les pouvoirs publics de mentir sur l’épidémie», dit-il.

Convaincus ou obligés, les commerçants appliquent désormais de plus en plus les mesures barrières. «Celui qui hésite, n’a qu’à voir tous ces magasins fermés par décisions administratives», dit un commerçant au centre ville de Saoula.

En effet, dans cette commune, comme dans les autres municipalités de la wilaya d’Alger, plusieurs rideaux de magasins sont fermés. «Le temps de la pédagogie et de la tolérance est terminé. Nous avons reçu des instructions fermes pour appliquer la loi dans toute a vigueur.  Nous avons fermés des dizaines de magasins car leurs gérants n’ont pas respectés les mesures barrières», dit un médecin du bureau d’hygiène de la commune de Bab El Oued.

Djafar Amrane

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