Cinéma : Ces films décriés qu’on réhabilite plus tard

Récemment, le documentaire You Don’t Nomi faisait écho à la réhabilitation du film Showgirls, très décrié dans les années 90, qui fait maintenant l’objet d’un culte auprès de fervents admirateurs. L’histoire du cinéma est jalonnée d’œuvres mal accueillies ou mal comprises au moment de leur sortie, dont la réputation s’est pourtant améliorée au fil du temps. En voici cinq exemples.

 

La dolce vita (1960) – Federico Fellini

Il est difficile de croire qu’un film ayant aujourd’hui le statut de pur chef-d’œuvre ait pu être traîné dans la boue au moment de sa sortie. Ce fut pourtant le cas de La dolce vita, un film de transition qui allait annoncer la richesse de l’univers des films que Federico Fellini allait réaliser après sa période néoréaliste. Il y a 60 ans, La dolce vita a fait scandale lors de sa première mondiale à Milan, des spectateurs outrés quittant même la salle avant la fin. L’attribution, quelques mois plus tard, de la Palme d’or du Festival de Cannes fut aussi contestée, notamment par une presse mondiale qui, lors de la projection qui lui était réservée, avait manifesté son mécontentement en huant. On a traité à l’époque le film de « décadent » et d’« immoral » en Italie, alors que la presse française avait du mal à saisir la pertinence d’un film construit autour des errances d’un journaliste mondain (Marcello Mastroianni) dans la bourgeoisie romaine. Mais il y a eu la fontaine de Trevi, Anita Ekberg dedans, et son célèbre appel « Marcello ! »…

 

The Shining (1980) – Stanley Kubrick

Il est de notoriété publique que l’écrivain Stephen King n’a pas du tout aimé le film que Stanley Kubrick, un géant du cinéma, a tiré de son roman. Au moment de la sortie du film, il y a 40 ans, plusieurs critiques étaient d’accord avec le romancier. Aux Razzie Awards, qui célèbre le pire du cinéma, on a même cité Shelley Duvall dans la catégorie de la pire actrice et Stanley Kubrick – est-ce possible ? – dans la catégorie de la pire réalisation ! The Shining est pourtant considéré aujourd’hui comme l’un des grands classiques d’horreur et plusieurs des scènes du film se sont inscrites dans l’imaginaire collectif mondial. La suite du roman, intitulée Doctor Sleep, a été portée à l’écran l’an dernier par Mike Flanagan. Ce dernier a tenté de réconcilier les visions de Stanley Kubrick et de Stephen King (l’auteur a déclaré être très satisfait de cette adaptation), mais, ironiquement, son film n’est pas passé à l’histoire. Plus tard, peut-être ?

 

Blade Runner (1982) -Ridley Scott

Considéré aujourd’hui comme l’un des grands classiques du cinéma de science-fiction, Blade Runner a quand même mis quelques années à être reconnu à sa juste valeur. À la sortie du film de Ridley Scott, en 1982, plusieurs critiques ont reproché au film sa lenteur, et les spectateurs se sont présentés dans les salles en moins grand nombre que prévu pour une production de cette envergure. Au moment de la sortie de Blade Runner 2049, la suite que Denis Villeneuve a proposée en 2017, Harrison Ford a déclaré lors d’une rencontre de presse avoir déjà eu le sentiment à l’époque de jouer dans une œuvre importante, qui allait s’inscrire à sa façon dans l’histoire du cinéma de science-fiction. « Plusieurs cinéastes se sont ensuite inspirés de ce film, a-t-il dit. Dans sa façon d’envisager le futur, Ridley Scott a proposé un nouveau type de narration, maintes fois emprunté par la suite. L’influence de ce film est immense dans notre culture et dans ma vie. On ne cesse jamais de me parler de Rick Deckard ! »

 

Ding et Dong, le film (1990) -Alain Chartrand

Voilà l’exemple d’un film généralement massacré par la critique (il est coté (6) — pauvre — par Médiafilm) qui a néanmoins connu un beau succès populaire. « On ne s’attendait pas à un tel clivage entre le public et la critique », a déclaré le producteur Roger Frappier, il y a trois ans, lors du lancement de la version restaurée du film. « Je sais que Claude [Meunier] a eu très mal. Le succès populaire du film n’a pas épongé sa douleur. » Il se trouve qu’aujourd’hui, le public ayant découvert très jeune cette comédie en a fait l’une de ses favorites, au point que certains connaissent par cœur toutes les répliques. « Les gens de cinéma m’attendaient avec une brique et un fanal autant que les gens de théâtre quand je me suis mis à écrire des pièces parce que j’étais considéré comme un gars de variétés, a déjà analysé Claude Meunier en entrevue à La Presse. Cela dit, le film n’est pas parfait non plus, mais il y a des scènes très drôles. De jeunes humoristes ont fait une relecture des dialogues à la Cinémathèque québécoise et c’était vraiment hilarant ! »

 

Showgirls (1995) – Paul Verhoeven

Dans You Don’t Nomi, un documentaire de Jeffrey McHale consacré au « phénomène » Showgirls, l’auteur David Schmader, en faisant allusion à Basic Instinct, que le tandem Joe Eszterhas (scénario) et Paul Verhoeven (réalisation) avait proposé trois ans plus tôt, déclare que « ces deux hommes ont fait beaucoup de coke et se sont retrouvés ivres de pouvoir après avoir fait un film de merde avec une tueuse lesbienne et son pic à glace ». À l’époque de la sortie de Showgirls, en 1995, le film de Paul Verhoeven s’est d’emblée inscrit parmi les pires de l’année, raflant l’année suivante pas moins de sept trophées Razzies (le pire du cinéma), que le réalisateur d’Elle était d’ailleurs allé réclamer lui-même. Il fut d’ailleurs l’un des premiers à le faire. Vingt-cinq ans plus tard, Showgirls reste toujours un très mauvais film, mais il peut s’apprécier sur un autre plan, celui de l’outrance à tous points de vue, un peu comme des classiques du cinéma kitsch comme Valley of the Dolls ou Mommie Dearest.

In La Presse