Covid-19 : L’importance du port du masque généralisé

Les masques sont-ils réellement efficaces dans la prévention contre le coronavirus ? C’est la question que se sont posés des chercheurs de l’université Cambridge, au Royaume-Uni, qui ont mené plusieurs simulations modélisant l’évolution de l’épidémie lorsque différentes proportions de la population portent un masque.

 

L’utilité du masque est très simple, mais doit être précisée. «Il existe une perception commune selon laquelle le port d’un masque facial signifie que vous considérez les autres comme un danger», déclare le professeur John Colvin, co-auteur de l’étude publiée dans The Royal Society Publishing. Mais l’on ne se protège pas des autres lorsque l’on porte masque, au contraire : «En fait, en portant un masque, vous protégez principalement les autres de vous-même».

Le masque permet de considérablement réduire la quantité de gouttelettes qui s’échappent des individus infectieux en en capturant une partie à l’intérieur. Le masque protège donc les autres de la personne qui le porte, bien que le porteur puisse également être protégé, à moindre degré des gouttelettes provenant de l’extérieur du masque. En effet, la face extérieure du masque capture proportionnellement mois de gouttelettes que la face intérieure, comme c’est le cas pour les masques chirurgicaux. Les opportunités de contaminer autrui par le biais de gouttelettes sont multiples, incluant chez les personnes symptomatiques la toux et les éternuements, mais l’infection peut également passer par la parole, avec ou sans symptômes, lorsque deux interlocuteurs se trouvent à une distance suffisamment faible pour que des postillons porteurs du SARS-CoV-2 «sautent» d’une personne à l’autre. L’intérêt pour chacun de porter un masque en milieu public paraît donc évident pour John Colvin : «Des questions culturelles et même politiques peuvent empêcher les gens de porter un masque, le message doit donc être clair : mon masque vous protège, votre masque me protège».

Les scientifiques ont effectué plusieurs simulations afin de déterminer l’évolution du taux de reproduction (R, le nombre moyen de personnes infectées par un individu atteint du virus dans la population) du virus en fonction de la proportion de port du masque dans une population. Deux scénarios distincts sont plus précisément étudiés : dans le premier, seuls les individus infectés portent leur masque, et ne le font qu’après l’apparition des symptômes, ce qui exclut l’adoption du masque par les patients asymptomatiques ; dans le second scénario, les masques sont portés par tous, symptômes ou non, dans tous les lieux publics. Chaque modèle inclut un paramètre “négatif” : la possibilité que le port d’un masque puisse augmenter le risque de transmission notamment car les porteurs se touchent davantage le visage.

La réduction la plus drastique du taux de reproduction R se produit lorsque les masques sont portés publiquement en tous temps, et par une forte proportion de la population. Il est également possible que le R puisse atteindre une valeur inférieure à 1, ce qui entraînerait un étouffement de l’épidémie, si la population portait des masques sans même avoir présenté le moindre symptôme. « Nos analyses soutiennent l’adoption immédiate et universelle des masques par le public », explique l’auteur principal, le Dr Richard Stutt, qui fait partie d’une équipe qui modélise habituellement la propagation des maladies dans les plantations au sein du département des sciences végétales de Cambridge.

Dans une autre simulation, les chercheurs ont entrepris d’identifier la proportion de masques nécessaires pour limiter les effets des vagues suivantes. Le scénario sur lequel ils se sont basés comprenait trois phases de confinement : “L’épidémie prend un essor exponentiel et n’est ralentie que par l’imposition de la première période de confinement, qui, nous le supposons, réduit la transmission globale du virus. Une deuxième vague commence après la levée du premier confinement, qui est supprimée par la deuxième période de confinement. Dans ce scénario, à la fin de la troisième période de confinement, tout le monde est infecté et l’épidémie s’arrête. Cela suppose que les personnes infectées/récupérées sont devenues immunes/résistantes” peut-on lire dans la publication. Si les masques sont adoptés par 25% de la population, la puissance du pic de la première vague est atténué, mais la deuxième vague est plus prononcée. Avec une adoption de 50 %, les pics de maladie des deuxième et troisième vague deviennent progressivement moins forts. Lorsque 100 % du public porte un masque facial, la propagation de la maladie est considérablement réduite et toute nouvelle résurgence de la maladie est prévenue pendant les 18 mois requis pour le développement d’un éventuel vaccin.

Avec un R initial de 2,2 et pour les scénarios où les masques ne sont portés qu’après l’apparition des symptômes, le R peut être réduit à une valeur inférieure à 1 si au moins 95 % de la population porte un masque. Cependant, si le R initial est plus élevé (4,0), le port du masque après l’apparition des symptômes fait baisser le R à un peu moins de 2, mais n’éteint pas l’épidémie. Avec une politique selon laquelle tous les individus doivent porter un masque facial en lieu public, avec ou sans symptôme, le R peut descendre en dessous de 1 même avec une efficacité du masque de 50% (pour un R initial de 2,2) ou une efficacité du masque facial de 75% (pour un R initial de 4).

Ce degré d’efficacité n’est pas difficile à atteindre. En effet, de précédentes recherches ont montré que même les masques faits maison, fabriqués à partir de t-shirts ou de torchons en coton, peuvent s’avérer efficaces à 90 % pour prévenir la transmission. «Si l’utilisation généralisée des masques par le public est associée à une distanciation physique et à un certain degré de confinement, elle pourrait offrir un moyen acceptable de gérer la pandémie et de relancer l’activité économique bien avant qu’il y ait un vaccin efficace», affirme Richard Stutt.