Accidents de la circulation : L’hécatombe continue !

Postée le mardi 16 juin 2020 sur les réseaux sociaux d’Internet, une vidéo a fait le Buzz. Elle  montre un jeune automobiliste conduisant de manière dangereuse sur le tronçon d’autoroute entre Bir Mourad rais et Ben Aknoun. Il  s’en était pris à un autre usager de la route. Le chauffard n’était pas seul : ses deux passagers lançaient  des bouteilles en plastique et des cannettes sur l’autre voiture qu’ils semblaient même poursuivre.

 

 

En dépit de tous ces assauts, le conducteur de la petite voiture n’a  aucun moment paniqué, s’appliquant a tenir la même conduite prudente. Il a tenté à plusieurs reprises d’ignorer les provocations, évitant de provoquer un carambolage, car son antagoniste utilisait son véhicule comme bélier.

Le chauffard slalomait entre les voitures pour revenir à la  hauteur de la petite citadine qu’il réussit à envoyer dans les décors, la percutant légèrement sur le côté droit. La victime  perd alors le contrôle de son véhicule avant de faire un tonneau et  de se retrouver sur le bas côté. L’agresseur accélère alors et disparait dans le flot des voitures. Ce qu’il ignorait, c’est que toute la scène a été filmée par de jeunes automobilistes qui n’ont pas tardé à poster la vidéo sur Internet.

Cette vidéo a suscité un tel engouement que les réseaux la diffusant ont été presque bloqués. Un élan de civisme est né aussitôt. Une sorte de chasse à l’homme est entamée. Les internautes se sont donné le mot : il faut retrouver le fuyard  sans pour autant intervenir. «Comportons-nous en bons citoyens. Repérons le lieu ou se trouve le terroriste de la route et informons de suite les services de sécurité», explique celui qui a posté la vidéo.

Une véritable chaine de civisme est née alors. Comme sur la vidéo, le numéro d’immatriculation était visible, les services de la police ont mis moins d’une heure pour arrêter  le chauffard .Il s’agit d’un trentenaire qui conduisait sans permis, qui a été saisi par la police quelques jours auparavant pour mauvaise conduite. Il a été placé en détention provisoire. Les deux passagers qui l’accompagnaient ont été eux-aussi interpelés.

La victime s’en est sorti sain et sauf : pas la moindre égratignure. Les parents du chauffard sont  venus le voir pour lui demander de retirer sa plainte, mais il a refusé. «Les gens se trompent. Une fois que l’action civile est enclenché, impossible de l’arrêter. La victime ne peut faire qu’une chose : renoncer aux dommages et intérêts le jour du procès. Ce chauffard sera condamné car les faits qui lui sont reprochés sont graves. On peut même le poursuivre pour tentative d’assassinat», dit Ali Badaoui un avocat d’Alger.

 

Une hécatombe sur les routes

Les bilans demeurent lourds, quand bien même une légère baisse a été constatée en début de cette année. «Mille soixante cinq (1.065) personnes ont trouvé la mort et 9.708 autres ont été blessées dans 7.216 accidents de la route enregistrés au niveau national durant les cinq premiers mois de 2020» révèle le dernier bilan de la Délégation Nationale à la Sécurité Soutière(DNSR).

«Il ne faut pas prendre les chiffres des bilans à la légère.  Derrière chaque mort, il y a toute une famille. Les victimes des accidents de la route laissent derrière elles des orphelins et des veuves», dit Ali Rachedi, un psychologue clinicien qui prend en charge des membres de familles endeuillées par des accidents.

«Vingt-quatre (24) personnes ont trouvé la mort et 1094 autres ont été blessées dans 913  accidents de la circulation survenus à travers les différentes régions du pays durant la période allant du 7 au 13 juin 2020», a révélé un autre bilan de la DNSR.

C’est d’une véritable hécatombe dont il faut désormais parler. Les victimes des accidents de la route grèvent le budget de l’Etat. Il faut en effet prendre en charge les veuves et les orphelins en leur versant des pensions.

Par ailleurs, les blessés nécessitent souvent de coûteux soins que prend en charge la collectivité.

«Nous accueillons de plus en plus de blessés lors d’accidents de la route. Leur prise en charge est  longue et onéreuse. Malgré les efforts des médecins certains restent paralysées à vie», se plaint un orthopédiste au centre hospitalo-universitaire de Douéra.

Pour justifier les accidents qu’ils provoquent ou dans lesquels ils sont impliqués, ils sont nombreux à incriminer souvent l’incivilité des autres ou l’état des routes.

Mais les raisons principales de cette hécatombe ne sont pas tellement à chercher dans l’état du parc automobile national ou dans celui du réseau routier, que dans la banalisation d’une conduite suicidaire qui ignore tout respect du code de la route. Nombre de conducteurs, d’automobilistes ne respectent le code de la route et n’en prennent «grand soin» que lors de la formation pour l’obtention du permis de conduire ou quand il y a un policier dans les parages.

Sinon, sur les routes, tout le monde est le roi du volant et c’est a qui multipliera les manœuvres dangereuses. Slalomer entre les voitures et mettre en danger sa vie et celle d’autrui, non respect des plaques de signalisation qui ne sont là que comme décor, sont monnaie courante. Et les jeunes conducteurs sont de loin les plus dangereux. Ils font fi de tous les dangers et se lancent des défis sur l’autoroute. Chaque jour que Dieu fait apporte son lot d’accidents, de victimes, de blessés et de dégats matériel.

 

Tolérance zéro ?

Les conséquences des accidents de la route sont multiples, onéreuses et douloureuses. Les drames se «nouent» au quotidien. Chaque année, des milliards de dinars sont dépensés pour traiter  les victimes qui sont en majorité des jeunes.

«C’est triste de voir des jeunes qui étaient bien portants et sains devenir des loques humaines, car ils ont dans un moment de folie oublié les règles élémentaires de conduite», dit une responsable au service des urgences de l’hôpital de Blida.

«Je ne peux plus supporter les cris et les pleurs des femmes quand elles apprennent le décès d’un membre de leur famille. La voiture est faite pour faciliter nos déplacements, pas pour devenir une machine infernale», ajoute-t-il.

Durant des décennies, les pouvoirs publics ont mené des campagnes de sensibilisation, a force de spots publicitaires aux heures de grande écoute sur les chaines de télévisions, de campagnes d’affichage dans les espaces publics.

Les services de sécurité ont joué le rôle d’éducateurs au niveau des barrages routiers. Tous ces efforts semblent avoir été vains.

Des études psychologiques ont été même initiées pour comprendre le comportement de l’Algérien au volant. Et il en ressort qu’une fois dans sa voiture ou son camion, le conducteur  se transforme en un zombie dénué de tout esprit civique. «Il sait conduire et possède un véhicule, donc il existe. Cette existence, ce chauffeur doit l’assumer. Il n’accepte pas la hogra, mais au volant, l’Algérien oublie que c’est souvent lui qui agresse les autres usagers de la route», dit Halima Rachedi, une psychologue clinicienne.

«Si un conducteur se fait dépasser par une autre voiture, c’est un défit qui lui est lancé, même si l’autre conducteur ne fait même pas attention à lui», ajoute-t-elle.

Après la carotte, qui ne semble pas avoir «séduit», les pouvoirs publics ont décidé de sévir. Le problème est si préoccupant que le président de la République a abordé ce sujet lors du Conseil des ministres qui s’est tenu le 2 février dernier.

«Compte tenu de la gravité de la problématique de la sécurité routière et son impact bouleversant sur le quotidien du citoyen et suite à l’instruction du président de la République Monsieur Abdelmadjid Tebboune, lors du Conseil des ministres du dimanche 2 Février 2020 visant à mobiliser tous les moyens techniques, humains, matériels, juridiques, informationnels devant réduire la fréquence des accidents sur nos routes, il a été décidé, dans la même perspective de gestion de l’hécatombe routière suite à la réunion du Gouvernement Mercredi 5 Février 2020, de mettre en avant une action corrective contenant des mesures avec effets immédiats. D’autres mesures seront inscrites dans la durée afin de cerner davantage les facteurs qui sont à l’origine des accidents routiers et d’en réduire d’autres dans le cadre d’une approche d’intervention multisectorielle», est-il révélé dans un communiqué du ministère de l’Intérieur.

La criminalisation de tous les comportements irresponsables et imprudents ainsi que  le retrait du permis de conduire, sont les premières mesures retenues contre les chauffards. De fortes  amendes sont aussi prévues pour sanctionner les comportements dangereux sur les routes. Mais, tout cet arsenal juridique sera-t-il suffisant pour changer l’attitude des conducteurs algériens ?

Djafar Amrane

 

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