Reprise des activités depuis le 14 juin : Nombre d’activités encore à l’arrêt

Si sur le plan sanitaire, le confinement est une bonne mesure pour limiter la propagation du virus, sinon l’arrêter, la vie économique et même sociale, elles, souffrent énormément de cette situation. Des secteurs entiers sont encore à l’arrêt, réduisant des milliers de travailleurs au chômage.

Un soutien de 10 000 dinars a été accordé aux chômeurs et aux travailleurs journaliers, mais ce subside reste très insuffisant. «Que voulez-vous que je fasse avec 10 000 dinars ? Je les ai dépensés en moins d’une heure au marché», se plaint un carreleur dans une entreprise privée. «Le patron ne nous paye pas quand nous ne travaillons pas et je trouve qu’il a raison et pourtant c’est un homme généreux qui nous accorde des aides plus importantes que celle de l’Etat», ajoute le même interlocuteur.

Les artisans souffrent énormément en cette période de confinement. Ils interviennent encore chez les gens pour des réparations diverses, mais c’est devenu de plus en plus rare. «Je ne travaille plus depuis deux mois. Je suis installateur de paraboles et réparateur de démodulateurs et de téléviseurs, mais maintenant quand les gens ont des pannes, ils achètent des cartes pour accéder à la télévision via Internet, pour ne pas avoir a briser leur confinement», dit Halim, un très populaire réparateur de parabole à Birkhadem.  «J’ai 50 ans et je n’ai pas connu d’autre métier. Si tout le monde se met à la télévision par Internet, je ne pourrai plus gagner ma vie ».

Smail est un jardinier que tout le monde s’arrache, ou du moins, « s’arrachait ». Il intervient chez les propriétaires de villas. Il a des mains en or et arrive à faire des merveilles avec des rosiers et des arbres malades.  «Cela fait plus de 20 ans que je fais appel à Smail pour l’entretien de mon jardin, mais avec cette pandémie, on prend nos précautions et on laisse un peu les choses telles qu’elles sont et on fait de moins en moins appel à lui», dit un habitant de Saoula. Smail ne sait lus comment s’en sortir : «Les travaux d’entretien des jardins se font durant le printemps et au début de l’été. Je n’ai rien gagné cette année, comment vais-je faire pour tenir le coup», se plaint le jardinier.

 

Une reprise sans moyens de transports.

Dimanche. 14 juin 2020. Il est 8 heures du matin. Alger se réveille. La grande majorité des magasins sont ouverts. Les vendeurs de vêtements et de chaussures sont très sollicités en ce premier jour d’ouverture après plus de trois mois de fermeture. Des mesures barrières sont de vigueur dans toutes les boutiques : les clients sont tenus d’entrer par petits groupes. Ceux qui ne portent pas de masques ne sont pas autorisés à entrer. «J’ai intérêt à respecter les mesures barrières. Je ne vais pas refaire l’erreur du mois d’avril», dit le vendeur de chaussures à la Place des Prois horloges à Bab El Oued.

Les clientes sont plus nombreuses et elles se plaignent toutes de la période de confinement. «Durant prés de trois mois, nous avons vécu hors du temps. Nous étions tout le temps à la maison avec les enfants qui n’avaient nulle part où aller. En trois mois, même leurs habits et leurs souliers ne leur allaient plus», dit une maman.

Les vendeurs de vêtements pour enfants sont obligés de redoubler de vigilance pour gérer un nombre important de clientes. Ces dernières qui ont toutes laissé leurs enfants à la maison, sont pressées de rentrer chez elles. Dans un magasin mitoyen, le vendeur trouve des difficultés pour organiser la longue chaine qui s’étend devant son magasin. « Pourquoi vous vous  bousculez. Respectez la distance de protection», ne cesse t-il de répéter.

Au niveau de la station de taxis de Basta Ali, toujours à Bab El Oued. Il y a foule mais pas le moindre taxi en vue pour transporter tous ces usagers dont de nombreux travailleurs. «Je vais surement arriver en retard au bureau. Je ne veux pas reprendre avec une absence ou un retard et je ne peux me rendre à Ben Aknoun que par taxi», dit un fonctionnaire au ministère de la Formation professionnelle. Des  usagers finissent pas perdre tout espoir et rentrent chez eux.

Il y a pourtant des taxis stationnés juste à coté, mais ils sont tous hors service et les chauffeurs de taxis sont très remontés contre les autorités.  «Je ne comprends rien. Ils nous autorisent à ouvrir mais nous devons avoir une séparation en plexiglas entre l’avant et l’arrière de la voiture. Cela coûte cher et on ne peut pas faire cette séparation du jour au lendemain», s’emporte un chauffeur de taxi.

 

Professions libérales : une reprise pour la forme.

Les professionnels installés à leur compte ont repris le travail aussi le 14 juin 2020. Ils ont été informés sur la date du déconfinement une semaine à l’avance et ils ont mis à profit ce temps pour nettoyer de leurs espaces de travail. C’est ainsi qu’à la date indiquée, les salons de coiffure, les bureaux d’études et d’architectes ou les centre de reprographie ont ouvert.

Mais si elles ont tout fait pour être au rendez-vous, les gérantes des salons de coiffures pour dames se plaignent d’une baisse significative de la fréquentation. « Nous sommes lundi. Il est 11h30 comme vous le constatez, eh bien croyez-moi, je n’ai encore reçu aucune cliente depuis hier. J’ai d’ailleurs demandé à mes collaboratrices de ne pas venir», se plaint une coiffeuse à la rue Larbi Ben M’Hidi à Alger. Elle ajoute : «Tous les salons de coiffure sont dans la même situation. Les femmes font très attention et respectent à la lettre les consignes des mesures barrières. Les affaires ne reprendront pas de sitôt».

Par contre un semblant d’activité est constaté dans les salons de coiffures pour hommes. « N’allez pas croire que les clients se bousculent au portillon. Je ne peux recevoir plus d’un client dans le salon et je dois aussi prendre moult précautions. Quand je fais 5 clients par jour, je m’estime heureux. En temps normal, j’ai dix clients au moins chaque jour», dit un coiffeur de Saoula.

Dans les cabinets de comptabilité, l’ambiance n’est pas à la joie non plus. «C’est vrai que nous étions obligés de fermer nos cabinets, mais nous avons continué à travailler chez nous. En réalité, nous ne faisons que vivoter ces derniers temps. Personnellement je ne sais plus comment faire. Je ne peux demander à mes clients de me payer pour les trois derniers mois car ils n’ont pas travaillé et je n’ai pas tenu leur comptabilité à jour. Ce n’est pas la faillite, mais ce n’est pas loin si cette situation de pandémie perdure», dit un commissaire aux comptes installé à Alger-centre. Il ajoute : «Je suis bien obligé de payer mes cinq collaborateurs et la masse salariale est lourde quand il n’y a aucune entrée d’argent».

Une gynécologue de Bab El Oued se plaint elle aussi de la situation qu’on vit. «Il m’est arrivé d’ouvrir mon cabinet toute la journée sans avoir à faire une seule consultation. Je sais que les activités ne reprendront qu’après l’été, mais je suis obligé d’ouvrir mon cabinet», dit-elle. Les pédiatres sont les plus touchés par le confinement, leur travail se faisant, comme leur nom l’indique, avec des enfants. «Les visites de contrôle et de suivi des jeunes malades n’ont pas lieu car les parents refusent de faire sortir leurs enfants et ils se contentent  renouveler les ordonnances», explique un pédiatre de Draria.

Le secteur du bâtiment lui aussi est frappé de plein fouet. Les chantiers sont pratiquement à l’arrêt et cette situation se répercute sur les activités des laboratoires de contrôle, des bureaux d’études et d’architecture. «Les grands travaux de construction ont lieu surtout au printemps. Le Béton coulé durant la belle saison tient mieux et résiste beaucoup plus aux éléments naturels. Cette année, comme les chantiers sont à l’arrêt, nous n’avons pas travaillé nous aussi», dit un ingénieur qui gère un bureau d’études et un laboratoire d’analyses de béton.

Djafar Amrane