Réchauffement climatique : Les espèces marines et terrestres fuient vers les pôles

Alors que certains effets du réchauffement climatique sont bien visibles d’autres, pourtant tout aussi spectaculaires, ne se reflètent que dans l’analyse de données. C’est le cas des déplacements d’espèces animales qui, fuyant le réchauffement de la Terre et la destruction de leur habitat, migrent vers les pôles.

 

Les espèces marines se déplaceraient également vers les pôles six fois plus vite que leurs congénères terrestres. C’est la conclusion d’une étude, menée en collaboration par des universités françaises et américaines et publiée dans Nature Ecology & Evolution.

Certains déplacements d’espèces, de l’ordre de quelques kilomètres par an, sont tellement lents qu’on ne les remarque pas, à moins de les retracer sur une carte. Pourtant, lorsqu’ils impliquent des milliers d’espèces, ces déplacements portent une signification dramatique, conduisant celles-ci droit vers l’extinction. Afin de répertorier ces changements, une équipe de chercheurs a créé une base de données, appelée BioShifts, qui reprend 30.534 déplacements des zones d’implantation d’espèces animales. Ils apportent ainsi des preuves de la redistribution des espèces, due au réchauffement climatique.

 

Pourquoi les espèces migrent-elles vers les pôles?

Selon le groupe de chercheurs, les animaux changent de zones d’habitat en suivant le déplacement des lignes isothermes. Les isothermes sont des lignes tracées sur une carte qui connectent les différentes régions du globe ayant la même température constante. Ces lignes se déplacent selon les saisons mais également, de manière plus permanente, à cause du réchauffement climatique. Alors que les températures augmentent, les animaux fuient donc vers les pôles, suivant les mouvements des isothermes.

Les amphibiens, par exemple, progressent à une vitesse de 12 mètres par an, tandis que les insectes, qui transportent de nombreuses maladies, remontent de 18,5 kilomètres par an. Des chiffres qui répercutent déjà des conséquences dramatiques, alors que cette migration est d’autant plus importante chez les espèces marines.

 

Pourquoi une telle différence ?

Les espèces marines suivent les changements d’isothermes de plus près que les espèces terrestres. Ainsi, les premières fuient vers les pôles à une vitesse moyenne de 6 kilomètres par an alors que pour les secondes, la vitesse s’élève à 1,8 kilomètre par an. Certaines espèces terrestres, comme les reptiles, se dirigent, elles, à l’opposé des mouvements isothermes, vers l’équateur. Il y aurait plusieurs explications à cette dispersion.

Les espèces marines ressentiraient plus fort les augmentations de températures, car l’eau conduit 25 fois plus la chaleur que l’air. De plus, elles ne peuvent pas facilement réguler leur température corporelle comme leurs voisines terrestres. Faire de longues distances sous l’eau est également plus aisé que sur la terre, où les déplacements des espèces sont entravés par les activités humaines. Ce serait aussi pour cette raison que certains animaux auraient des difficultés à localiser les isothermes et se dirigeraient en sens opposé.

 

Des conséquences dramatiques

Que ce soit sur la terre ou sous les mers, ces migrations vers les pôles pourraient aboutir à la disparition de milliers d’espèces. Celles-ci se retrouvent dans des zones d’habitats plus petites avec une plus grande concentration d’individus. Se déroule alors une compétition entre espèces pour leur survie, sur des zones toujours plus limitées.

 

Les limites de la base de données

Les chercheurs présentent eux-mêmes les limites de leur modèle actuel. La base de données ne couvre, pour le moment, que 0,6% de la vie connue sur la Terre et les espèces répertoriées sont les plus charismatiques. BioShifts se concentre également principalement sur l’hémisphère Nord. Ces limites ne remettent cependant pas en cause les conclusions apportées sur les déplacements des espèces.

In 7sur7