Covid-19 : Etape II De la difficulté du déconfinement

Le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a dévoilé, samedi 13 juin, la feuille de route, établie avec les autorités sanitaires. Dans un communiqué rendu public, il est indiqué que  le gouvernement a décidé de maintenir le confinement partiel dans certaines régions du pays. La durée n’est pas précisée. La raison : le nombre des contaminations au Covid-19 est encore élevé.  Le confinement partiel à domicile reste ainsi obligatoire dans 29 des 48 wilayas.

 

En revanche, le couvre-feu imposé dans ces wilayas est allégé de plusieurs heures: il sera en vigueur de 20h00 à 05h00 locales. Le confinement est totalement levé dans les 19 autres, précise le communiqué. Certaines activités économiques et commerciales ont repris le 7 juin dernier. Une deuxième phase du déconfinement « progressif »  a débuté le dimanche 14 juin. Elle ne touchera pas la totalité des secteurs.  La réouverture complète des cafés et restaurants est  pour l’instant exclue pour  les wilayas  fortement contaminées Les établissements scolaires et universitaires, stades, mosquées et salles des fêtes restent fermés. Les transports entre les wilayas sont toujours interdits.

La levée du confinement est ainsi effective à compter du 14 juin. Cependant, les entreprises, les commerces et aussi les citoyens doivent composer avec  les  lourdes contraintes que génère la situation sanitaire. Les termes du communiqué du premier ministère ont été plus que clairs.  « Les mesures de sortie du confinement ne doivent en aucune manière signifier un retour à la vie normale, mais au contraire inciter à la prudence et la vigilance car la menace de l’épidémie demeure omniprésente », souligne le communiqué du 4 juin. Une menace qui se confirme ces derniers jours. Le bilan quotidien dévoilé par le  Dr Djamel Fourar, le porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus ne laisse aucun doute. Plus d’une centaine de cas sont enregistré depuis plus d’une semaine. L ‘Algérie a enregistré durant les dernières 24 heures cent-seize (116) nouveaux cas confirmés de coronavirus (Covid-19), 107 guérisons, 42 en réanimation et 11 décès, a indiqué mardi 16 juin, à Alger, la voix du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie du Coronavirus. Des chiffres qui font peur.

 

Persistance de la pandémie

Que faire devant la persistance de la pandémie ? Appliquer un protocole de santé strict ? Plus facile à dire qu’à le faire. Un exemple édifiant nous vient du secteur des transports. « Après consultation de Monsieur le Président de la République, j’ai décidé d’engager un certain nombre de mesures complémentaires, au titre de la deuxième phase de la feuille de route de sortie progressive et flexible du confinement, et ce, à travers le communiqué de presse du samedi 13 juin 2020 », a indiqué M. Djerad dans l’instruction n 02 du 13 juin 2020. Il a été décidé, la reprise, à travers l’ensemble des wilayas du pays, des activités de transport urbain et interurbain de voyageurs par bus et par Tramway, sous réserve du respect des règles de prévention suivantes. S’en suit une longue liste de règles ou mesures barrières tout aussi contraignantes les unes que les autres.  Pour les taxieurs, la wilaya d’Alger énonce dans un communiqué ce qui suit : Étant donné que cette activité est un vecteur d’infection non négligeable, ce mode de transport doit être soumis à un protocole de santé strict, qui peut prévenir le risque possible d’infection par le Covid-19, tant pour le client que pour le chauffeur de taxi lui-même ». Les taxis autorisés à reprendre le 15 juin devront respecter tous les mesures sanitaires imposées par le gouvernement à savoir : Mise en place d’une vitre de protection « plexy-glace » entre le conducteur et le client; Mise à disposition du client de la solution hydroalcoolique;  Port du masque de protection obligatoire pour le conducteur et le client  Interdiction de transporter plus d’un passager ;Le client doit s’installer sur le siège arrière du véhicule  Les sièges doivent être recouverts d’un film plastique qui doit être nettoyé après chaque course.- interdire strictement l’accès des voyageurs sans le port du masque de protection,- la désinfection régulière des sièges. Il est ainsi aussi pour les autres activités de commerce et de service autorisés pour la reprise, notamment, les salons de coiffure femme, la vente d’effets vestimentaires et de chaussures, les auto-écoles, la location de véhicules. Les membres du gouvernement ainsi que les walis sont instruits à l’effet de « s’impliquer fortement dans la mise en œuvre de ces mesures auxquelles ils doivent réunir toutes les conditions pour garantir la réussite de cette feuille de route de sortie progressive du confinement », stipule l’instruction du Premier ministre.

 

Reprise « clandestine » des activités

Sur le terrain, bon nombre de taxieurs et d’autres négociants s’estiment non concernés par le plan de reprise progressif des activités économiques et commerciales. Depuis des semaines, certains d’entre-eux ont continué à travailler « normalement ». Pour les taxieurs, c’est le hors service. Le « taxi » caché par un bout de tissu noir et pour les autres commerçant, c’est les rideaux demi-fermé ou fermé pour ceux astreint à la fermeture, le client (s) ou attend son tour devant le magasin ou aucune mesure de distanciation sociale et de port de masque n’est respectée et cela au vu et su de tout le monde. Un  service de contrôle existe-t-il pour faire respecter l’instruction du Premier ministre, s’interroge les citoyens ? Pourquoi cette « tricherie » ? Pour les taxieurs qui devaient renouer avec le travail depuis dimanche 14 juin, la faute incombe aux pouvoirs publics qui ont imposé des mesures « drastiques » pour la reprise de l’activité. Les conditions très strictes imposées par les autorités ont suscité le mécontentement de chauffeurs de taxi inquiets pour leur budget. Près de 500 chauffeurs de taxi, réunis à la station de taxi du Caroubier à l’Est d’Alger,  ont dénoncé vivement ces mesures telles qu’elles ont été édictées, les jugeant « impossible » d’être appliquées à la lettre. Le président de la Fédération nationale des chauffeurs de taxi, Hocine Aït Braham explique les raisons de la colère des taxieurs. «Avec un seul client par course, l’activité n’est pas du tout rentable. Supposons que je transporte un client d’Alger au Golf. Le coût de cette course ne dépassera pas les 80 dinars. Que va-t-il couvrir ? Le carburant consommé ? Les produits désinfectants utilisés, ou alors les bavettes ?», s’interroge-t-il, tout outré. Il rappelle, à cet effet, les rites des familles algériennes qui sortent souvent en groupe. «Les familles se déplacent toujours à deux, trois ou quatre personnes. Faut-il maintenant un cortège de taxi pour transporter les membres d’une seule famille ?», dit-il avec ironie. Quant à la mise en place de plexiglas à l’intérieur du taxi afin de séparer entre les différents passagers, Aït Braham est catégorique. «Pas question, puisque non seulement il abîme l’intérieur du véhicule mais, en plus, il est hors de prix. Des opérateurs commencent déjà à spéculer en proposant le plexiglas entre 5 000 et 8 000 dinars», explique-t-il, fortement courroucé également par  la «concurrence illégale» des clandestins à laquelle ils font face, notamment avec la prolifération des «taxi clandestins et des applications de taxi sur internet». Un bras de fer en perspective pour le gouvernement qui devra mettre de l’ordre dans toute l’activité économique et commerciale qui souvent n’obéie à aucune logique.

Mohand Ouarab