Les Algériens et le confinement sanitaire : Le temps de la débrouille

Confinés depuis plus de deux mois pour parer à la propagation du coronavirus Covid-19, les Algériens tentent bien que mal d’occuper leur temps. Pour certains, c’est l’ennui : les journées se suivent et se ressemblent. Mais pour d’autres, le moment est propice pour se découvrir de nouveaux hobbys. A leur manière, ils se réinventent leur vie au quotidien. Perfectionner son savoir-faire en cuisine,  se convertir en couture et créer des masques, oser la coiffure avec de vrais modèles, se mettre au jardinage, … autant d’activités qui garnissent leurs longues journées de confinement. 

 

Cloîtrés chez eux, beaucoup d’Algériens ont du temps à revendre. D’autres par contre, profitent pleinement de ce confinement pour régler les travaux restés en stand-by. Ils se tournent ainsi vers des taches ménagères repoussées à chaque fois. Il est grand temps de faire le nettoyage de printemps, de ranger les placards, de faire le tri dans les papiers et de s’occuper du jardin ou du balcon. Il y a toujours de petites choses à faire à droite à gauche dans son appartement ou sa maison.

Certains n’hésitent pas s’initier à de nouvelles occupations. Pour eux, c’est le moment d’en profiter pour faire un tas d’activités différentes chaque jour. Une manière de réinventer leur vie quotidienne réduite aujourd’hui, au confinement.

«Démobilisée» depuis le début de la pandémie du coronavirus, Samia, standardiste dans une entreprise privée, ne se roulent pas les pouces. Elle consacre son temps à de multiples taches ménagères : nettoyage, lessive, repassage et rangement mais la cuisine reste son occupation préférée. Elle profite ainsi de son temps libre pour expérimenter de différentes recettes cuisines et découvrir de nouvelles saveurs. Se référant tantôt à des recettes échangées avec ses amies, tantôt à celles partagées sur les réseaux sociaux, la quinquagénaire enchaîne préparation après préparation. «J’occupe mon temps à essayer de nouvelles recettes : des tadjines, des pizzas, des tartes, des gâteaux. Le bonheur de réussir ces préparations et de les faire déguster à ma famille est indescriptible», confie-t-elle.

Samia n’est pas la seule à avoir révisé ses bases de cuisine. Souhila, elle aussi, s’est découvert une réelle passion pour l’art culinaire. Pour égayer son confinement, cette jeune comptable dans une entreprise publique, a transformé sa cuisine en un atelier. Aidée par sa belle-sœur, elle passe son temps à tester de nouvelles recettes : glaces, sorbets, confitures, pâtisseries, … toutes les recettes sont bonnes à essayer. Poussant l’expérience un peu plus haut, Souhila a profité du Ramadhan pour se mettre à la préparation du kalbelouz, des baqlawa, des qattayef et des zlabia, des friandises typiques du mois de jeûne. «J’ai réussi à préparer du kalbelouz que tout le monde a apprécié. La preuve : ils ont raclé le fond du plat», assure-t-elle fièrement.

L’engouement pour le fait maison a également touché Djazia. Sa passion à elle, est la préparation du pain. Grâce à un robot de cuisine, sa tache s’est beaucoup allégée. Renonçant définitivement aux produits boulangers, Djazia prépare depuis le début du confinement, elle-même, différents pains mais aussi la brioche et d’autres viennoiseries. «Le robot à pain a complètement changé ma vie. On n’achète plus de pain. J’utilise de la farine de seigle, d’orge, et de la farine sans gluten pour préparer toute sorte de pain. Même la brioche est un succès», témoigne-t-elle.

 

Confection des bavettes en tissu, une nouvelle tendance

La couture vit un grand retour durant la période de confinement. Beaucoup de femmes se sont converties en couturières. Afin de surmonter la pénurie de masques en ces temps de pandémie du coronavirus, elles se sont mises à confectionner des bavettes en tissu Il suffit de quelques chutes de tissu ou de morceaux restant et le tour est joué. Pour tuer le temps mais surtout pour se rendre utile, Samira, employée dans une entreprise privée, s’occupe à fabriquer des masques artisanaux. S’inspirant de nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux, la trentenaire laisse libre cours à sa créativité. Une panoplie de masques en tissu sont exposés dans sa chambre transformée en mini-atelier de confection. Unis, en couleur ou à motifs, ici le choix est grand. «J’ai fabriqué des masques pour moi, pour mes proches et même pour mes collègues», dit-elle.

 

Jamais sans leur coupe de cheveux

Fermés depuis le début du confinement, les salons de coiffure ont laissé leurs clients dans le désarroi. Les habitués ont du mal à se défaire de leur rendez-vous mensuel chez le coiffeur. Alors que les femmes se plaignent des repousses de plus en plus visibles, les hommes, eux, ne supportent plus de voir leur coupe devenir informe. Un lent dépérissement du style capillaire qui incite la plupart d’entre eux, les jeunes surtout, à sauter le cap et à tenter une coupe soi-même.

Habitué à une coupe rase, Rafik, la trentaine, ne supporte plus les quelques millimètres de cheveux sur sa tête. Pour éviter que sa «coupe maison» ne tourne au drame, le jeune homme a décidé de tout raser. Muni de sa tondeuse, il passe à l’acte. «C’est la seule coupe pour ne pas avoir des irrégularités», dit-il.

Evitant de laisser leurs cheveux en friche jusqu’à la fin du confinement, certains n’hésitent pas à confier leur tête à leur femme ou sœur. Mustapha, lui, se réjouit d’avoir une épouse coiffeuse de formation. «C’est ma femme qui me coupe les cheveux depuis le début du confinement. Elle ne me fait pas certes, une coupe comme chez mon coiffeur mais c’est mieux que de garder une grande touffe sur la tête», raconte-t-il.

La cinquantaine bien entamée, Mustapha précise que même ses trois garçons se font couper les cheveux par leur mère. «Ce virus m’a permis de faire de grandes économies sur les dépenses du coiffeur», plaisante-t-il.

Katia Sari