Comportement : Pourquoi trouve-t-on les bébés mignons ?

Quelques instants passés à côté d’un bébé dans une poussette et voilà qu’on est transformé en clown, tirant la langue et esquissant quelques sourires. Le bébé sourit en retour ? On est comblés ! On pourrait croire qu’il s’agit là d’une véritable manipulation de ces bambins en couche-culotte.

 

Finalement, pourquoi trouve-t-on les bébés mignons ? Est-ce une sécrétion de dopamine ou autre substance dans le cerveau qui oblige à faire un sourire ou des grimaces quand on est en face d’un bébé ?  Les chercheurs se sont aperçus depuis longtemps que certains traits physiques sont considérés comme mignons. En effet, dès 1943, le chercheur autrichien Konrad Lorenz a développé l’idée selon laquelle les proportions du visage peuvent ou non attendrir. Il a appelé cela le «Kindchenschema» ou «schéma du bébé». Des grands yeux ronds, une tête «trop large» pour le corps, des sourcils hauts, des joues rebondies, un petit menton et une petite bouche : voici l’équation parfaite pour déclencher l’envie de prendre soin du chérubin et de le protéger.

L’intuition de Lorenz n’a été testée qu’en 2009 par des scientifiques américains et allemands. Pour cela, ils ont modifié des photographies d’enfants en optimisant ou au contraire en altérant le «schéma du bébé». Ensuite, ils ont demandé à des bénévoles d’évaluer à quel point ils les trouvaient mignons et leur motivation à s’occuper de chacun d’entre eux. Lorsque le visage de l’enfant avait été retouché pour correspondre à un «Kindchenschema» parfait, il était considéré plus mignon qu’au naturel. Ainsi la propension à trouver un bébé adorable serait largement due aux traits de son visage.

 

Attention à l’agressivité mignonne !

Parfois, le cerveau surchauffe face à un trop-plein d’amour : qui ne serait pas tenté de pincer les joues d’un adorable bébé ? Les chercheurs appellent ce phénomène «l’agressivité mignonne» et elle peut se voir dans le cerveau. C’est ce qu’a démontré la scientifique américaine Katherine Stavropoulos. Avec l’aide d’une collègue de l’université de Californie, cette psychologue a placé des électrodes sur la tête des participants de l’expérience et leur a montré des images de bébés très mignons (retouchés) ou normaux, d’animaux adultes ou bébés. Elle a ainsi pu mesurer l’activité électrique de leurs neurones devant ces images et constater qu’ils devenaient «agressifs», notamment lors de l’observation de chiots. Submergés par la tendresse, le système de récompense du cerveau – lié à la motivation et au plaisir – et le système contrôlant les émotions ont été particulièrement actifs. En d’autres termes, quand une émotion positive devient très intense, une émotion «négative» se déclare parfois comme une espèce de valve de sécurité pour faire face au trop-plein d’émotion !

En plus d’être attendris par les traits de leur bébé, les parents de l’enfant produisent aussi de l’ocytocine, «une hormone extrêmement importante, impliquée dans l’interaction sociale et la liaison chez les mammifères, y compris les humains», rappelait l’Institut Max Planck, en Allemagne, dans un communiqué. Ainsi, «les niveaux d’ocytocine d’une nouvelle mère peuvent influencer son comportement et, par conséquent, le lien qu’elle établit avec son bébé». Les hommes peuvent également subir des changements hormonaux lorsqu’ils deviennent pères, y compris une augmentation de l’ocytocine. «Les preuves montrent que, chez les pères, l’ocytocine facilite (…) leur capacité à synchroniser leurs émotions avec leur enfant», notaient en 2017 des chercheurs de l’Université Emory. «Les pères, et pas seulement les mères, subissent des changements hormonaux qui sont susceptibles de favoriser une empathie et une motivation accrues pour prendre soin de leurs enfants», expliquait alors le chercheur James Rilling.