Les prix des viandes blanches s’envolent : Les spéculateurs reviennent à la charge

Après un début de Ramadhan « assez chaud », les consommateurs algériens se réjouissent de la baisse des prix des produits alimentaires. Les prix restent stables et surtout à des niveaux très raisonnables. Et les marchands, tout autant que les consommateurs, se frottent les mains car, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ils préfèrent la baisse des prix pour justement réaliser des chiffres d’affaires importants, ce qui est synonyme de bénéfices non négligeables.

 

Les étals sont très bien achalandés et les acheteurs n’ont que l’embarras du choix. Il n’y a que l’oignon sec qui coute cher pour le moment : 140 dinars le kilogramme. «L’oignon vert est déjà sur le marché et il ne coûte que 40 dinars le kilogramme. Il est plus gouteux pour les puristes. Ceux qui veulent l’oignon sec, ils doivent payer le prix», dit un vendeur de légumes au marché communal de Saoula.

Les viandes rouges et le poisson demeurent hors de portée des bourses moyennes. La viande ovine a atteint les 100 dinars le kilogramme. Les poissons sont inabordables. Le prix de la sardine qui a toujours été le poisson du pauvre ne descend plus sous la barre des 600 dinars le kilogramme. Pour consommer des protéines animales les Algériens se rabattent sur les viandes blanches. La dinde est passée de mode, et c’est le poulet qui caracole au hit-parade des ventes.  Depuis l’automne dernier, les prix de la volaille sont restés stables. Alors que la demande a fortement augmenté durant le mois du Ramadhan, les prix du poulet n’ont pas dépassé les 250 dinars le kilogramme durant les 15 premiers jours du mois sacré.

La filière avicole connait un regain d’activité. Les éleveurs de poulet sont très nombreux. Les prix des aliments ont connu une baisse significative. Les pouvoirs publics mettent à la disposition des aviculteurs tous les moyens dont ils ont besoin.  Tous les avantages dont ils bénéficient encouragent les éleveurs à investisseur dans un créneau rentable. «Le secteur avicole connait un grand engouement. Comme les prix du poulet sont bas, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à opter pour cette viande diététique et pas chère », dit un éleveur de Tablat.

Eu égard à l’importance de ce secteur, les  pouvoirs publics ne cessent d’accorder de nouveaux avantages aux investisseurs dans cette filière. Les spécialistes estiment que les prix sont relativement élevés, eu égard aux facilités dont bénéficient les producteurs. Ils réclament alors une organisation de ce secteur important pour l’économie du pays. En effet, les producteurs du poulet de chair ou de ponte continuent à exercer dans l’informel. « 80% des professionnels du domaine  exercent de façon informelle », révèle Boulenouar El Hadj Tahar.

Le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA) est catégorique : les prix des fruits et légumes sont de retour à la normale. Pourtant sur le terrain, la réalité est tout autre. Ces produits continuent à afficher des prix exagérés.

Comparant à la même période de l’année précédente, soit à la troisième semaine du mois de Ramadhan 2019, «ces prix ont baissé de 15 à 20 dinars par kilo surtout pour les produits de saison», assure-t-il.

A l’exemple poursuit-il, des produits les plus consommés telles que la tomate, la carotte, la pomme de terre, la betterave, la laitue et la courgette dont les prix sont actuellement moins élevés à ceux exercés durant la même période de l’année 2019. «Aujourd’hui, la courgette est donnée. Elle est tellement accessible qu’elle est presque gratuite», dit-il.

Il cite également la pomme de terre cédée l’année dernière entre 60 à 70 dinars dont le prix est désormais descendu à moins de 35 dinars.

Pour Hadj Tahar Boulenouar, cette baisse de prix est due d’abord à une récolte «abondante» à travers différentes régions du pays notamment Ain Timouchent, Tlemcen, Mascara, Relizane, Skikda, Taref, Jijel, Setif, Ain Defla, Blida et Boumedes. Il assure que même les régions du sud sont en train d’alimenter les marchés de gros de fruits et légumes du pays. «Aujourd’hui, la tomate, la carotte, la laitue et la pomme de terre proviennent d’El Oued, de Biskra et de Ghardaia», ajoute-t-il.

Outre une importante production, il évoque aussi la fermeture des restaurants, cantines, fast-food et autres commerces de restauration durant le confinement sanitaire de la population. «En temps normal, tous ces établissement et commerces consomment de grandes quantités en fruits et légumes», explique-t-il.

Le président de l’Association nationale des commerçants et artisans souligne toutefois, que seuls les produits hors saison continuent à afficher des prix élevés. «Ces marchandises sont automatiquement chères puisque ce sont des produits hors saison. Idem pour ceux qui commencent à peine à arriver sur le marché», note-t-il.

 

Les spéculateurs flambent les prix du poulet

Mais à l’approche de l’Aïd, les spéculateurs ont décidé de tirer leurs épingles du jeu et démontrer une fois encore leurs capacités de « nuire » au niveau des prix des produits alimentaires. Ce sont des personnes qui ne reculent devant rien pour engranger le plus de bénéfices possibles. Ils savent quels produits alimentaires sont demandés, jettent leur dévolus sur ces produits et commencent par provoquer une pénurie avant de passer à la deuxième phase : l’augmentation des prix. Du jour au lendemain, les prix de la volaille ont connu une hausse vertigineuse que rien n’expliquait sinon la spéculation. Les quantités de volaille ont diminué dans les marchés de gros et les prix sont partis automatiquement à la hausse. Le prix du poulet est passé de 220 dinars le kilogramme à 330 voire 350 dinars le kilogramme.

Pour une fois, le consommateur ne semble pas vouloir se laisser faire et  boude désormais les viandes blanches. Les ménagères ont décidé de renoncer à la chorba blanche au poulet et concoctent de succulentes soupes de légumes. «Depuis que les prix des viandes rouges ou blanches ont augmenté, nous n’en consommons plus. Nous découvrons la cuisine végétarienne à la maison. Elle est saine et diététique. Vive la soupe de légumes», dit une mère de famille que nous avons rencontré au marché communal de saoula.

Pour remédier à la situation de manière pérenne, le ministre du commerce, Kamel  Rezig  a demandé un diagnostic précis. Il a adressé une instruction aux 48 directeurs du commerce à travers le territoire national, leur demandant d’étudier en profondeur les raisons de la dernière augmentation des prix de la volaille.  Pour sa part, le ministre de l’Agriculture et du développement rural, Chérif Omari a décidé d’organiser la filière  avicole en Algérie. Plusieurs mesures seront adoptées après consultations de tous les intervenants dans ce secteur.

Marchés étrangers : 4 huiles algériennes primées

Les responsables des ministères du Commerce et de l’Agriculture ne prêtent pas une grande attention au «baroud d’honneur des spéculateurs». Le Président de l’association des commerçants et artisans algériens est très confiant même. En effet, Boulenouar El hadj Tahar se veut complètement rassurant : «Vous aller voir, comme ils ont baissé les prix des fruits et légumes, ils sauront organiser le secteur de l’aviculture. Ils pensent à exporter à présent».

L’information est presque passée inaperçue. En effet, quatre huiles d’olive  algériennes ont été primées dans deux catégories : « Mûr intense» et «Mûr léger». Dans la catégorie «Mûr intense», la marque «Azemmour» a obtenu la médaille d’or à l’issue d’un concours en France. La marque «Baghlia» obtient la distinction Gourmet dans la même catégorie. Dans la catégorie «Mûr léger», l’huile «l’Arbolive» obtient la médaille d’argent tandis que «Acbali Ath Ghobri» produite par l’huilerie Amazit-Ifigha a obtenu la distinction Gourmet.

Ces distinctions ont été obtenues par des producteurs oléicoles qui ont participé au concours international «huiles du monde» organisé à Paris par l’Agence pour la Valorisation des Produits Agricoles (APVA). Les résultats annoncés jeudi 14 mai, n’ont nullement étonnés les participants algériens, les organisateurs et les spécialistes du domaine.

Il s’agit là d’une nouvelle preuve quant à la qualité des produits agricoles algériens. Pour  la  17e édition, ce sont 700 huiles issues de 20 pays qui ont été goutées par les membres du  jury composés spécialistes de la filière de l’oléiculture. Les organisateurs remarquent un engouement des consommateurs pour l’huile d’olive. «Les gens ont en marre de la malbouffe. Ils sont de plus en plus nombreux à opter pour les produits naturels. L’Huile d’olive existe depuis des millénaires. Elle continue à séduire de plus en plus d’adeptes», affirme un des organisateurs sur les réseaux sociaux d’internet.

L’Algérie a toujours été un pays dont l’agriculture donne des fruits, des légumes et des céréales de très haute qualité. Les spécialistes reconnaissent le génie des anciens algériens qui ont toujours trouvé le meilleur terroir pour chaque produit. « Nos ancêtres étaient de grands agriculteurs. Ils avaient su comment trouver les meilleurs endroits où cultiver leurs produits. Ce n’est pas par hasard qu’ils ont planté des millions de palmiers à Tolga dans la wilaya de Biskra. Ce terroir permet de cultiver le meilleur palmier du monde, celui qui donne Deglet Nour, la meilleure datte du monde», dit un ingénieur en agronomie.  Il ajoute : «Pour élever les meilleurs moutons du monde, les anciens avaient opté pour les pâturages des hauts plateaux».

Quant à l’huile d’olive, elle est produite presque dans toutes les wilayas, y compris dans le grand sud où les nouvelles techniques d’irrigation le permettent désormais. Les efforts consentis par les pouvoirs publics sont entrain d’être couronner de succès. La production de produits agricoles ne cesse d’augmenter, faisant diminuer les importations de fruits et légumes.

Djafar Amrane et Katia Sari