Annulation de la 5e et report du BEM et du Bac : Quand le Coronavirus bouleverse l’année scolaire

Fin de l’année scolaire pour les élèves du premier palier. Vacances prolongées pour les potaches du deuxième et troisième palier jusqu’au mois de septembre. Le dernier Conseil des ministres réuni sous  la présidence du chef d l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a levé le suspense sur  le sort de l’année scolaire en cours  et sur la tenue des examens de fin d’année, qui a régné depuis l’annonce de la fermeture de tous les établissements scolaires en raison de la pandémie due au coronavirus.

 

Pour les classes d’examen  les établissements scolaires ouvriront leurs portes, 15 jours avant le déroulement du BEM et du baccalauréat, pour assurer aux élèves une révision et une prise en charge psychologique. Le ministre de l’Education nationale, Mohamed Ouadjaout, a dévoilé par ailleurs  les mesures relatives aux moyennes de passage d’un niveau à un autre pour les trois cycles.  Mohamed Ouadjaout a précisé que pour le cycle primaire, le passage d’un niveau à un autre se fera sur la base du calcul de la moyenne du 1er et 2e trimestre avec une moyenne d’admission à 4,5/10 et l’annulation de l’examen de fin du cycle primaire. S’agissant du cycle moyen et secondaire, le ministre  a indiqué que le passage se fera également sur la base de calcul de la moyenne des deux trimestres, 1 et 2, et la moyenne d’admission sera réduite à 9/20.

Concernant le BEM et le Bac, le ministre a précisé que les épreuves se dérouleront respectivement au cours de la 2ème et de la 3ème semaine de septembre et seront basées uniquement sur les cours dispensés.  Mohamed Ouadjaout a fait savoir, à ce propos, que les établissements scolaires ouvriront leurs portes – pour une durée admissible – si les conditions le permettent avant le déroulement du BEM et du baccalauréat, pour assurer aux élèves une révision et une prise en charge psychologique de manière à les préparer aux deux examens, rappelant que la rentrée scolaire 2020-2021 est prévue début octobre prochain.

La majorité des syndicats du secteur de l’Education ainsi que les organisations des parents d’élèves ont applaudi  ces mesures. Pour Meziane Meriane, coordinateur du SNAPEST, la programmation du BEM en septembre est une décision ‘positive’ qui permet de donner la chance à tous les élèves de réussir leur passage au lycée quelle que soit la moyenne obtenue au collège.  Il explique  que «si on tient compte de la moyenne du passage même réduite à 9/20, des élèves avec 7,5/20 risquent l’exclusion si leurs âges dépassent 16 ans». «Mais, la question qui reste posée est comment meubler le vide pédagogique qui s’étale du 12 mars jusqu’à septembre ?», s’est-il interrogé.

Pour sa part, Zoubir Rouina du syndicat des lycées d’Algérie (CLA) a estimé que les décisions prises ont répondu à hauteur de 80% aux propositions formulées par la majorité des syndicats. Pour l’examen du BEM, M. Rouina a confié que c’était une des propositions de son syndicat. «On a voulu garder l’examen du BEM, parce que tout simplement nous n’avons pas un système dévaluation unifié». Et de poursuivre : «Le fait que l’élève soit évalué par des enseignants différents, cela lui donnera une chance d’être justement évalué. Il en va de la crédibilité de l’examen du BEM».

Pour le syndicaliste du CLA il faut  aborder néanmoins les questions relatives à l’aspect psychologique et pédagogique, notamment comment motiver les élèves pour qu’ils reprennent la révision et les cours, après six mois de coupure avec l’école, les examens étant maintenant programmés à partir de la mi-septembre. Pour cela il préconise qu’il y ait des réflexions sur comment rattraper les cours perdus du troisième trimestre durant l’année prochaine. Le syndicat des lycées d’Algérie propose d’ores et déjà deux semestres au lieu de trois trimestres.

Les organisations des parent d’élèves ont, elles aussi  applaudi les décisions prises par le Conseil des ministres concernant l’année scolaire, notamment celles relatives à l’annulation de l’examen de la 5ème année primaire mais  elles s’interrogent sur comment motiver l’élève ou l’accompagner psychologiquement pour conserver les connaissances sur une durée qui va s’étaler sur quasiment 6 mois.  Comment résoudre ces problèmes d’ordre psychologique et pédagogique nés d’une rallonge de six moins pleins de vacances forcées. Il y a eu l’annonce d’une TV éducative. Une idée intéressante pour peu que les moyens humains et matériels répondent aux standards. Cette TV éducative pourrait en être le relais idoine avec des émissions faisant intervenir des spécialistes en sciences psy.  Il ne s’agit plus de reprendre l’expérience ratée des cours dispensés par le ministère de l’Education nationale via Youtube sur la télévision nationale, auquel cas, les «élèves se détourneront de ce support et iront chercher les connaissances dans des garages ou dans une pièce d’un appartement  par la grâce de certains enseignants qui ont fait de l’école informelle un haut lieu du savoir. Il semble que d’ores et déjà ces enseignants ont repris le chemin de l’école et dispensent des cours  aux intéressés  dont les parents sont à l’aise  financièrement.  Ces cours ne sont pas à la portée des parents smicards. L’égalité des chances est perdue en cours de route. Les potaches malchanceux  auront été les victimes d’une situation inédite et indépendante de toute volonté. Il reste que «le point noir» à éclaircir est «comment meubler le vide pédagogique qui va du 12 mars jusqu’ à  septembre. Toute la question est là.

Mohand Ouarab