Pandémie de covid-19 : Tension sur les masques respiratoires

Le personnel de la santé se plaint du manque de consommables, notamment les masques de protection respiratoire de type FFP2. Indispensables pour se prémunir du Coronavirus (Covid-19), ces produits sont aujourd’hui disponibles en toutes petites quantités dans certaines structures de santé et font carrément défaut dans d’autres. Une «pénurie» que le président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), Dr Lyes Merabet, incombe à la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) qui tarde à les distribuer.

 

La contamination au Coronavirus est un risque permanent pour le personnel de la santé. Médecins, infirmiers, ambulanciers, auxiliaires de la santé publique etc, ils sont tous en première ligne dans la lutte contre ce virus. Protéger donc le personnel de la santé de la contamination par le Covid-19 s’impose afin de préserver le système de santé. Pour leur permettre de faire face à cette épidémie et d’exercer dans la sérénité, le port des masques est indispensable. Pourtant, ces fameuses protections se font de plus en plus rares dans les structures de soins publiques.

Le président du SNPSP dénonce justement un manque flagrant de consommables tels que les masques de type FFP2, les bavettes chirurgicales, les gants jetables, les lunettes de protection, les produits désinfectants, les surblouses et autres tenues de protection pour les personnels chargés de traiter les malades.

Selon lui, les établissements hospitaliers et les structures de santé de proximité sont les premiers à en souffrir notamment pour les masques de type FFP2, recommandés par l’OMS (Organisation mondiale de la santé) pour les professionnels de la santé. «Au début de la propagation du Coronavirus, les structures de santé publiques ont reçu en urgence une quantité limitée de masques qui a été vite épuisée. Aujourd’hui, ils sont indisponibles dans nombre d’entre elles, ou le sont en toutes petites quantités», dit-il.

Le Dr Lyes Merabet cite l’exemple de la wilaya de Blida, foyer de l’épidémie du Coronavirus, où, affirme-t-il, le personnel de la santé est exposé à ce virus sans masques. «Si le personnel de santé est infecté, il va automatiquement propager le virus», a-t-il averti.

D’un doigt accusateur, il montre la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH) comme responsable de cette «pénurie». «La PCH n’a pas encore distribué les masques FFP2. Elle attend depuis maintenant plusieurs jours, la directive du ministère de la Santé pour la répartition des masques», déplore-t-il.

Soulignant l’absence d’informations sur les stocks disponibles auprès de la PCH, il rappelle à cet effet que l’Algérie a déjà eu à gérer, il y a quelques années, la grippe H1N1 à travers la mise en place d’un plan d’action d’urgence. «Douze ans plus tard, nous sommes en train de ramer sans moyens, avec un manque de coordination pour la gestion de cette crise», dit-il.

Pourtant, le Chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, assure que l’Algérie dispose d’un stock de 15,5 millions de masques de protection. Un chiffre que les professionnels jugent d’ailleurs insuffisant pour faire face à cette conjoncture exceptionnelle. «Le masque a une durée de vie de trois à quatre heures. Chaque professionnel de la santé consommera entre trois et quatre masques par brigade de travail. A vous de faire le calcul !», fait remarquer le président SNPSP.

 

Production des masques au point mort

La production nationale des masques et bavettes est, actuellement, complètement à l’arrêt. Aucun masque n’a été produit depuis plus d’un mois. Selon le ministre délégué à l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Djamel Benbahmed, l’Algérie compte, quatre producteurs qui fabriquent chacun environ 50 000 masques par jour. Aujourd’hui, leur production a été interrompue en raison d’une rupture de la matière première: le filtre composante essentielle du masque.

L’arrêt de cette industrie a engendré une pénurie de ce produit dans les pharmacies. Face à la forte demande enregistrée ces dernières semaines, les pharmacies ont vite vu leurs stocks en masques s’envoler.

En attendant l’arrivée de la matière première, les quatre producteurs chôment. Pourtant leur commande précise-t-on, a été effectuée depuis maintenant, deux mois.

Finalement, ce n’est qu’à partir du début avril que la première production des masques de protection respiratoire et les bavettes chirurgicales, sera disponible. «Nous recevrons en principe, la matière première dès la semaine prochaine et nous reprendrons la production tout de suite après. En cette période exceptionnelle que nous vivons, la presque-totalité de la production sera destinée à la Pharmacie centrale des hôpitaux. Seule une toute petite partie sera réservée à nos fidèles clients», assure un fabricant.

 

Les masques chirurgicaux sont-ils efficaces contre le Covid-19 ?

Nombre d’Algériens se sont rabattus sur les masques chirurgicaux. Ces bavettes sont les plus courantes dans la rue comme dans les structures de santé publiques. Seulement, sont-elles vraiment efficaces ? Les professionnels expliquent que les masques chirurgicaux sont utiles uniquement lorsque la personne est elle-même malade. «C’est pour éviter de contaminer les autres», précise un pneumologue. Selon lui, ces masques en papier laissent passer de l’air non filtré et donc n’offrent pas suffisamment de protection dans le cas de contact prolongé avec une personne contaminée.

Pour protéger les voies respiratoires contre les particules fines et toxiques, les virus grippaux et les poussières, l’OMS recommande les masques de protection respiratoire de type FFP2. Equipés d’un dispositif de filtration des poussières et des agents pathogènes, ces masques sont destinés essentiellement au personnel médical (infirmiers et médecins) en contact des personnes malades.

Katia Sari