Pandemie de COVID-19 : «L’humanité entière» menacée, l’ONU lance un plan

La pandémie de COVID-19 «menace l’humanité entière», a affirmé mercredi 25 mars le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en lançant un «Plan de réponse humanitaire mondial» s’étendant jusqu’à décembre, assorti d’un appel à des dons à hauteur de 2 milliards de dollars.

 

Face à cette menace,  «l’ensemble de l’humanité doit riposter. Une action et une solidarité mondiales sont cruciales», a-t-il ajouté, lors de la présentation via vidéo du plan de l’ONU.

« Les réponses individuelles des pays ne vont pas être suffisantes », a fait valoir l’ancien premier ministre portugais qui avait évoqué la semaine dernière la perspective de « millions» de morts à défaut de solidarité.

L’objectif du plan « vise à nous permettre de combattre le virus dans les pays les plus pauvres au monde et répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, les personnes âgées, les handicapés et les malades chroniques », a précisé le chef de l’ONU.

La pandémie a fait au moins 19 246 morts dans le monde depuis son apparition en décembre, selon un bilan établi par l’AFP avec plus de 427 000 cas positifs recensés. Elle touche désormais des pays en crise humanitaire à cause de guerres, de catastrophes naturelles ou du changement climatique.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre les acquis obtenus via les investissements dans l’action humanitaire et les Objectifs de développement durable », a insisté Antonio Guterres.

 

Deux scénarios

L’appel aux fonds – modeste au vu des 2000 milliards débloqués par Washington pour l’économie américaine -, lancé mercredi par l’ONU, est destiné à couvrir la période entre avril et décembre 2020, laissant présager une crise majeure qui s’installe dans la durée.

Le montant total recherché est de 2,012 milliards de dollars, intégrant les appels aux dons déjà lancés par différentes agences de l’ONU (Organisation mondiale de la santé, Programme alimentaire mondial, Commissariat aux réfugiés, agence pour l’enfance UNICEF…). L’OMS devrait bénéficier de 450 millions de dollars, l’UNICEF de 405 millions et le Pam de 350 millions.

Antonio Guterres a aussi réclamé que l’argent fourni par les 193 membres de l’ONU pour l’aide humanitaire déjà dispensée, qui bénéficie chaque année à 100 millions de personnes dans le monde, se poursuive. A défaut de quoi, la pandémie pourrait entraîner d’autres épidémies (choléra, rougeole…), met en garde l’Organisation.

Détaillé dans un livret de 80 pages, le plan humanitaire sera mis en œuvre par les différentes agences de l’ONU avec un « rôle direct » pour les ONG. Il est coordonné par le secrétaire général adjoint des Nations unies pour les Affaires humanitaires, le Britannique Mark Lowcock.

Les fonds recueillis permettront d’acheter de l’équipement médical pour tester et soigner les malades, d’installer des points de lavage de mains dans les camps de réfugiés, de lancer des campagnes d’information et d’établir des ponts aériens humanitaires avec l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine, a précisé l’ONU.

Les besoins précis de plusieurs pays sont toujours en cours d’élaboration. Le livret cible notamment une vingtaine de pays prioritaires pour une aide, dont plusieurs en conflits – Afghanistan, Libye, Syrie, Centrafrique, Soudan du Sud, Yémen, Venezuela, Ukraine… –, mais d’autres États comme l’Iran ou la Corée du Nord font aussi l’objet d’une analyse dans le document.

Tout en relevant la difficulté de faire des prédictions sur l’évolution de la pandémie, l’ONU retient deux scénarios.

Le premier est une mise sous contrôle rapide de la maladie avec un ralentissement de sa progression dans les «trois à quatre mois» permettant «une récupération relativement rapide» tant sur le plan de la santé publique que sur la situation économique.

Le deuxième inclut une «progression rapide de la pandémie dans les pays fragiles et en développement», notamment en Afrique, en Asie et dans certaines parties du continent américain. Cela veut dire des frontières fermées plus longtemps comme la poursuite de restrictions aux libertés de mouvements, « contribuant encore davantage à un ralentissement mondial qui est déjà en cours».

 

COVID-19 et pollution atmosphérique pourraient être liés

Par ailleurs, d’après des chercheurs italiens, il pourrait exister un lien entre la pollution atmosphérique et la propagation de la COVID-19.

Selon l’hypothèse formulée par la Société italienne de médecine environnementale et des scientifiques des universités de Bari, de Bologne et de Trieste, les particules dans l’air ambiant pourraient être un véhicule de transport du virus.

Ils ont noté une forte concentration de particules fines dans l’atmosphère là où l’épidémie s’est propagée très rapidement, environ deux semaines avant que le virus ne commence à se répandre.

L’hypothèse reste encore à vérifier, mais le virus pourrait être en suspension dans l’air ambiant là où il y a le plus de particules, et donc être plus facile à contracter.

« C’est hypothétique, mais ce n’est pas farfelu », a commenté la professeure Audrey Smargiassi, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Ainsi, poursuit-elle, une étude publiée en 2010 établissait une association entre les tempêtes de sable et la propagation du virus H5N1.

« S’il y a des particules, et plus il y aura de particules, théoriquement il est possible que les virus se condensent sur ces particules-là et voyagent ou demeurent en suspension dans l’air plus longtemps, et voyagent sur de plus grandes distances », a dit Mme Smargiassi.

Les experts croient actuellement que les gouttelettes chargées de SRAS-CoV-2 retombent au sol après une trentaine de minutes. Mais il n’y a pas que les gouttelettes, prévient Mme Smargiassi.

« Il n’est pas dit qu’il n’y aura pas plus petit que des gouttelettes quand une personne éternue, a-t-elle dit. S’il y avait effectivement du virus dans des aérosols, alors là oui, effectivement, ces aérosols-là pourraient rester en suspension plus longtemps, notamment s’il y a plus de particules dans l’air. Mais tout ça demeure très théorique. On n’a pas de preuves scientifiques fortes à part quelques exemples (comme le H5N1)».

Au-delà des particules qui pourraient, ou non, transporter le coronavirus, il est très bien documenté que les gens qui sont exposés régulièrement à des niveaux élevés de pollution atmosphérique sont plus à risque de problèmes respiratoires, qu’il s’agisse de la COVID-19 ou d’autre chose.

« Il faut se rappeler que la pollution rend les gens plus à risque, pas nécessairement à cause du transport du virus, mais parce que les gens sont plus à risque d’infections parce qu’ils sont exposés à la pollution », a rappelé Mme Smargiassi.

R.S.